Convention du nettoyage : les grévistes d'ISS balaient la proposition
Soutenus par le Syndicat des services publics, les grévistes d'ISS Aviation veulent une convention de travail spécifique

Le 9 juillet dernier, soutenus par le Syndicat des services publics, une quinzaine de travailleurs d'ISS Aviation ont entamé une grève, réclamant le maintien et le respect de leurs conventions collectives de travail, dénoncées à la fin juin. Près d'un mois plus tard, le canton a réagi, annonçant qu'il fera appliquer soit la convention collective étendue du nettoyage soit les usages professionnels relevant de ce secteur d'activité. Les grévistes ne veulent pas de la première alternative et réservent leur jugement sur la seconde. Ce jeudi, le SSP, va donner une conférence de presse à Berne. Evolution de l'affaire et témoignages.

Nouveau rebondissement dans le conflit opposant des grévistes d'ISS Aviation, soutenus par le Syndicat des services publics (SSP), et leur employeur (voir l'Evénement syndical du 28 juillet). Au terme de près d'un mois de grève, et après plusieurs manifestations devant l'Hôtel de Ville, le président du Conseil d'Etat François Longchamp, chef du département de la solidarité et de l'emploi et aussi président du Conseil d'administration de l'Aéroport international de Genève (AIG) est sorti de son silence. Il a décidé de saisir le Conseil de surveillance du marché de l'emploi (CSME) - entité tripartite regroupant l'Etat et les partenaires patronaux et syndicaux faîtiers - pour déterminer si la convention collective étendue du nettoyage est applicable à ISS Aviation. Si cette solution n'aboutit pas, François Longchamp entend solliciter l'intervention de l'Office cantonal de l'inspection et des relations du travail (OCIRT). But de la démarche ? «Evaluer les salaires pratiqués dans le secteur, édicter des normes et vérifier alors qu'ISS les applique» a précisé le conseiller d'Etat. Qui, interrogé sur les attaques du SSP lui reprochant son laxisme en matière de sous-enchère salariale, a relevé: «mon rôle est d'exiger que les CCT s'appliquent, non pas de les signer».

Métiers différents
Le lendemain de cette annonce, le 5 août, sous une pluie battante, le SSP a organisé une conférence de presse à Cointrin pour préciser sa position sur les propositions du Conseil d'Etat. L'idée de soumettre le personnel d'ISS à la convention collective étendue du nettoyage a été balayée. «Nous saluons l'intervention du gouvernement, mais cette solution n'est pas satisfaisante. Cette convention s'applique aux personnes nettoyant des bâtiments ou bureaux. Rien à voir avec le travail effectué par les employés d'ISS. Ce sont des métiers différents», a déclaré Yves Mugny, secrétaire syndical du SSP (voir aussi les témoignages). De son côté, Alessandro Pelizzari, président de la Communauté genevoise d'action syndicale (CGAS) et secrétaire régional d'Unia Genève, a précisé que le CSME n'avait pas pour rôle de décider du champ d'application de la CCT sauf si les partenaires sociaux le demandaient. Requête qui ne sera en l'occurrence pas formulée, les réalités étant trop éloignées.
Le secrétaire central du SSP, Stefan Giger, a réaffirmé la volonté du syndicat de négocier, mais pas à n'importe quel prix. «Nous souhaitons rencontrer le Conseil d'Etat et voulons ouvrir la discussion sur la base de conditions de la branche usuelles prévalant à l'aéroport», a-t-il précisé, se référant en particulier à la convention de Swissport, l'entreprise qui sous-traite le nettoyage des avions à ISS. Le SSP donnera par ailleurs une conférence de presse ce jeudi à Berne. « L'accent sera mis sur le lien entre ce conflit et les risques pour les bilatérales avec le dumping salarial...»

Remparts contre la précarité
La rencontre avec les médias était aussi l'occasion de présenter un Comité de soutien aux grévistes, présidé par Hans Oppliger, militant de Comedia, avec notamment la participation d'Yvan Rochat, président des Verts genevois, de René Longet, président du Parti socialiste genevois et d'Alessandro Pelizzari. Ce dernier a relevé le caractère exceptionnel du mouvement, de par sa durée, et souligné l'importance de son enjeu. «Les CTT sont les seuls remparts contre la précarité. Ce combat est mené en faveur de l'ensemble des salariés, à Genève et dans tout le pays.» René Longet a pour sa part salué le courage des grévistes et précisé que son parti avait déposé une motion contre la sous-enchère salariale dans les établissements publics, en particulier dans les cas de sous-traitance. «Nous exigeons un même traitement pour tous. Le back office ne peut-être la honte sociale de l'aéroport.»


Sonya Mermoud

 

Témoignages

Prêts à se battre jusqu'au bout

Concentration. Pénibilité de l'ouvrage. Stress... Pour les grévistes, le nettoyage d'avions ne peut pas être comparé à celui de bureaux. Dans ce sens, ils estiment que la convention collective de travail (CCT) qui couvre le secteur du nettoyage, jugée mauvaise, n'est pas adaptée à leur situation. «Nous, on ne se trouve pas dans des bureaux climatisés mais constamment sur le tarmac, passant d'une cabine d'avion à une autre, par tous les temps...» relève Lise, 54 ans, employée depuis quatre ans et demi à ISS Aviation et qui évalue sa perte de salaire de 800 francs avec la dénonciation de la CCT. Acquiescement de sa collègue Josepha dont le revenu est aussi amputé avec les changements opérés. «Il s'agit par ailleurs de notre activité principale, pas d'un travail d'appoint, comme c'est souvent le cas pour les nettoyeurs de bâtiments», renchérit Françoise (prénom fictif), et de préciser : «dans notre job, il faut avoir le physique. On ne cesse de monter et de descendre les escaliers des avions que l'on nettoie en dix minutes, à 4 ou six personnes, selon leur taille. On conduit des petits fourgons pour aller d'un avion à l'autre, respectant des codes de sécurité très stricts. On n'a même pas le temps de se rendre aux toilettes.» Des horaires particuliers, le travail de nuit, la rareté des week-end de libre - un par mois précise une gréviste - le bruit, la pollution, le stress lié à la conduite de véhicules sur ce type de site... sont pour eux autant de raisons de refuser les nouveaux contrats individuels d'ISS ou la CTT du nettoyage, synonymes de conditions de travail péjorées.
«Après un mois de grève, notre motivation reste intacte. On s'accroche. On le fait aussi pour tous les travailleurs» déclare Françoise même si elle regrette que le mouvement ne soit pas davantage soutenu - 14 personnes sur les quelque 120 employés d'ISS. «La raison? Ils ont peur de perdre leur job. Mais du travail, il y en a et si nous remportons la bataille, tous en profiteront» poursuit-elle, persuadée de l'issue positive de la démarche. Clément, 27 ans, trois ans d'activité à ISS, affiche aussi un moral d'acier. «Même si c'est usant de faire la grève - on fait acte de présence 12 heures par jour - on peut encore continuer un mois si nécessaire, car c'est pour la bonne cause.» Et de relever, tous d'une même voix, que si c'est aujourd'hui leur convention qui a été dénoncée, d'autres collaborateurs de l'aéroport pourraient, demain, voir les leur passer à la trappe...


SM


 

Edition n° 32/33 du 11 août 2010

 
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