Malte, atmosphère plurielle
Avec ses paysages de caractère, ses sites préservés et sa culture originale, l'archipel maltais compose une attrayante mosaïque

Situé entre la Sicile et la Tunisie, grand comme un mouchoir de poche ou presque, l'archipel maltais affiche une forte identité. Une personnalité forgée par une histoire omniprésente, des paysages farouches, un catholicisme bien implanté et une langue qui lui est propre. Incursion dans cette ancienne colonie anglaise qui a adopté l'euro en 2008, affronté, à l'instar de l'Union européenne, la crise, et misé sur le développement du tourisme.

Avec ses paysages de caractère, ses sites préservés et sa culture originale, l'archipel maltais compose une singulière et attrayante mosaïque

Impossible de dissocier l'archipel maltais de son histoire. Une histoire tourmentée qui, à l'image d'un palimpseste, n'a cessé d'être réécrite, modelant constamment son profil et sa culture. Situé au cœur de la Méditerranée, à moins de 100 kilomètres de la Sicile et à 290 kilomètres de la côte nord-africaine, l'Etat insulaire, de par sa position stratégique, suscita moult convoitises. Et passa tour à tour aux mains des Phéniciens, des Carthaginois, des Romains, des Byzantins, des Arabes, des Normands, des Siciliens et des Aragonais, des Chevaliers de Saint-Jean, des Français et enfin des Britanniques. Parmi les vestiges les plus visibles, ceux des chevaliers, arrivés à Malte en 1530.

Musée à ciel ouvert
Avec ses fortifications, ses palais, places et églises, La Valette, inscrite au patrimoine de l'Unesco, invite à un voyage dans le temps. Musée à ciel ouvert surplombant fièrement la mer, la capitale couleur de miel a été construite par les chevaliers. Architecture grandiose et parfois un rien austère, ponctuée de ruelles rectilignes plongeant sur la Méditerranée et de jardins panoramiques. «Nous aimons à dire que La Valette a été érigée par des gentilshommes pour des gentilshommes», relève Trudy Grech, guide touristique. De prime abord sobre et sévère, la cathédrale Saint-Jean ment quant à elle sur la richesse de son intérieur, d'un baroque flamboyant... Un édifice qui abrite par ailleurs deux œuvres de Le Caravage. Face à la Valette, les Trois Cités portent elles aussi les traces de l'Ordre militaire et religieux, rendu célèbre pour avoir repoussé les Ottomans en 1565. Alors que la paisible ville médiévale de Mdina, perdît, sous leur autorité, son statut de capitale.
En 1798 Napoléon Bonaparte bouta les soldats de la foi hors de l'île. Conquête de brève haleine, les troupes françaises ayant à leur tour, deux ans plus tard, été chassées par les Britanniques appelés à la rescousse. Nouveaux occupants qui firent alors de l'Etat insulaire une de leur colonie jusqu'en 1964.

Identité méditerranéenne
Autant d'épisodes qui ont contribué à l'atmosphère plurielle dont s'imprègne toujours cette terre d'inspiration chrétienne, présentant une densité de population parmi les plus élevées au monde avec 1250 habitants au km2 (400'000 personnes au total). Empreinte des chevaliers figée dans la pierre... Influences arabe et sicilienne, perceptible dans la langue maltaise, truffée de mots de ces origines, dans une cuisine goûteuse... Souvenirs d'Albion, avec l'anglais comme deuxième langue officielle, des cabines téléphoniques et boîtes aux lettres rouges typiquement londoniennes, la conduite à gauche ou encore une forte présence de touristes de cette nationalité... «Je dirai que nous sommes méditerranéens, avec de fortes influences de l'Europe. Du point de vue du tempérament, nous sommes aussi davantage proches des Italiens et des Espagnols que des Anglais. On parle fort, avec les mains. On est très sociable» affirme Catherine Zammit, responsable de l'Office du Tourisme de Malte.

Conjurer le mauvais sort
Riche de son passé - dont les racines, très profondes, s'expriment déjà dans de mystérieux monuments mégalithiques - l'archipel l'exploite largement dans son offre touristique. Mais la carte postale ne se limite pas au patrimoine historique. Y concourent aussi ses paysages de caractère, ses petites stations balnéaires et ses pittoresques villages de pêcheurs, à l'image de Marsaxlokk. Principal port réputé pour son marché traditionnel avec ses étals chargés de poissons et de produits du terroir. Et, ses luzzus, barques bariolées caractéristiques, souvent ornées d'un œil supposé conjurer le mauvais sort. Au gré des promenades, on pourra également découvrir nombre de galarias, balcons fermés en bois typiquement maltais, ou encore de heurtoirs en forme de poisson, d'hippocampe, et bien sûr, de la fameuse croix de Malte, emblème des chevaliers...

 

Détente ou double jobs ...

Petite sœur de Malte, l'île de Gozo vante la beauté et la quiétude de ses lieux... toute relative pour ses habitants dont la plupart ont deux jobs

Le ferry fend tranquillement l'eau. Véritable cordon ombilical entre Malte et l'île de Gozo (30000 habitants), le transporteur assure plusieurs fois par jour la traversée. Une vingtaine de minutes plus tard, les côtes se rapprochent. Confetti sur la mer, Gozo s'étire sur 14 kilomètres de long et 7 kilomètres de large et compte 14 villages. Par beau temps, on peut d'ici apercevoir la Sicile.

Arche sur la mer
Le soleil, ce jour, n'a pas failli au rendez-vous. Mais aussi un vent violent, propre à décorner un bœuf. Balayée par les embruns, la «Fenêtre azur» superbe arche de pierre sur la côte ouest de l'île, se dresse fièrement au-dessus de la mer. Non loin de ce chef-d'œuvre de la nature, une ancienne tour de guet permettait aux chevaliers de Saint-Jean de surveiller les alentours. Dans ce décor magistral, aux vertigineuses falaises, plusieurs scènes du film Monte-Cristo, version 2000, et tiré de l'histoire d'Alexandre Dumas, ont été tournées.
Paysages de caractère, criques baignant dans une mer d'un bleu cobalt, possibilités de balades et de randonnées à vélo dans une nature plus verte que Malte... Outre de l'agriculture et d'un peu de pêche, Gozo lorgne fortement vers les touristes pour élargir ses revenus. Et, pour faire mouche, mise sur la quiétude des lieux et un cadre préservé. Comme celui de la Citadelle de Victoria, au cœur de l'île. Un site médiéval panoramique s'ouvrant sur une terre rurale ocre et verte, sinuée de routes tortueuses et hérissées de coupoles et d'églises.

Plus d'un job, la norme
Joseph Spiteri, agriculteur, a aussi décidé de jouer à fond la carte touristique. Il a consacré une partie de son domaine à la construction de gîtes et propose à ses hôtes des produits maison. Huile d'olive extra vierge, pâte de tomate, confitures, vin... le truculent Gozitain de 51 ans, fait l'article des fruits et légumes cultivés sur ses 27 hectares de terre. «Ces derniers mois, la conjoncture toutefois est mauvaise. Je vends moins de produits, mais heureusement l'introduction de l'euro dans notre pays a été bien contrôlée», affirme cet agriculteur qui porte trois autres casquettes. Joseph Spiteri travaille ainsi aussi dans la construction, la fourniture de bois et les sanitaires. «Si je suis riche ? Bien sûr que non. Je réinvestis tout dans mon projet. A Gozo, on survit, on fait tout ce qu'on peut pour. Mes journées comptent 16 heures, six jours par semaine.» Ce cumul d'activités n'est pas une exception sur l'île. La plupart des habitants ont deux jobs. Payés environ 800 euros par mois, les 23 ouvriers de Joseph Spiteri n'échappent pas à la «règle». «Ils partagent leur temps entre un travail au domaine et celui de sommelier, maçon, etc.»
Maryanne Portanier, de l'Office du tourisme de Gozo, justifie non seulement cette situation par une nécessité financière mais par un goût des Gozitains pour le travail. «L'île est très tranquille. Les habitants ont de l'énergie à dépenser...»

Textes & photos Sonya Mermoud

 


 

Edition n° 32/33 du 11 août 2010

 
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