Empêcher le coup de force contre l'assurance chômage
Il suffirait que les riches cotisent le même pourcentage que le reste de la population pour équilibrer les comptes du chômage

Les syndicats, Unia en tête, se mobilisent pour faire échec à la volonté de la droite fédérale de réviser l'assurance chômage (Laci) sur le dos des chômeurs et des simples salariés. Plus de 600 millions d'économies sont prévues en coupant dans les prestations alors qu'il suffirait, pour réunir cette somme, d'abandonner la scandaleuse exemption de cotisation dont bénéficient les grands millionnaires. Une raison majeure de dire NON à ce coup de force dans la votation du 26 septembre prochain.

Une fois de plus la droite politique et ultralibérale s'attaque frontalement à la cohésion sociale de ce pays. Son cuisant échec dans la votation sur le «vol des rentes» n'a pas réduit son appétit de dérégulation et de démantèlement. Cette fois, c'est l'assurance chômage (Laci) qui se trouve dans son collimateur. Personne ne nie que cette dernière soit déficitaire et qu'il faille trouver des solutions pour assurer son avenir et la consolider. Mais encore faut-il que ces solutions soient équitables, justifiées et efficaces. Or, la révision qu'on voudrait nous faire avaler ne réunit aucune de ces conditions. Pire, elle pénalise lourdement les victimes de la crise alors qu'elle épargne de manière éhontée les milieux qui en sont les responsables. «C'est injuste et absurde» s'insurge Paul Rechsteiner, président de l'Union syndicale suisse. «La crise économique n'a pas été causée par ses victimes mais par ceux qui portent la responsabilité des abus commis dans le secteur financier et qui, malgré les programmes de sauvetage mis en œuvre par les pouvoirs publics, continuent à encaisser des bonus plus excessifs que jamais.»

Les mauvais payeurs
Accepter la révision de la Laci le 26 septembre prochain reviendrait à couper dans les prestations en péjorant gravement la situation des chômeurs, en particulier des jeunes, des plus de 55 ans ainsi que des demandeurs d'emploi des régions les plus touchées par le chômage. Tout cela pourquoi? Pour réaliser une économie annuelle d'environ 622 millions de francs. Or, pour réunir cette somme, nul besoin de faire les poches des chômeurs. Il suffit pour cela de demander aux couches les plus riches de la population de consentir le même effort que celui demandé à tout un chacun. Explication: avec la révision de la loi, les cotisations de la Laci passeraient de 2% à 2,2%. Mais cette contribution est plafonnée. La part de salaire dépassant 126000 francs ne serait plus ponctionnée que de 1% et celle franchissant la barre des 315000 francs serait purement et simplement libérée de toute cotisation. «Par conséquent, la conseillère fédérale Doris Leuthard ne paierait que 1%, la patronne Magdalena Martullo-Blocher 0,65% et le directeur du Crédit Suisse, Brady Dougan, 0,004%» s'insurge Vania Alleva, membre du comité directeur d'Unia.

Aberration...
Ainsi, 25 milliards de francs échappent totalement à la cotisation. Si cette somme était taxée au taux de 2,2%, comme pour les simples salariés, l'assurance chômage disposerait de plus de 600 millions supplémentaires par année... Autrement dit, il n'y aurait plus besoin du tout de couper dans les prestations, plus besoin de faire payer les victimes de la crise. Et ce calcul n'a rien d'arbitraire. Il a été confirmé par les travaux d'Andreas Frick, du Centre de recherches conjoncturelles de l'EPF de Zurich.
A cela s'ajoute une autre aberration. Les chômeurs en situation de précarité qui seront frappés d'exclusion par une assurance chômage exsangue se retrouveront à la charge des services sociaux, grevant ainsi les collectivités publiques.
Le slogan «A eux les bonus, à nous les malus» n'a rien d'une ritournelle sans fondement. Le cœur du problème est simple, très simple: on s'en prend aux chômeurs au lieu de s'en prendre au chômage.



Une loi antisociale

L'acceptation de la révision de la Laci mènerait à une dégradation de la condition des chômeurs. Voici le pire

Une partie des chômeurs n'aurait plus droit aux indemnités journalières que pendant 12 mois au lieu de 18. D'autres ne toucheront que 4 mois d'indemnités au lieu de 12, par exemple les jeunes sortant de formation ou les femmes recherchant un emploi après le décès de leur conjoint ou après un divorce.

Les jeunes gens qui ne trouvent pas de place de travail après leurs études devraient subir un délai d'attente de six mois avant de pouvoir percevoir 90 indemnités journalières seulement. Ils seraient contraints d'accepter à peu près n'importe quel emploi, sous-qualifié et sous-payé. Une prime à la déqualification. On pénalise «les jeunes par des interruptions de carrière et on dévalorise la formation de base tout entière», déplore Mario Fehr, président de la Société suisse des employés de commerce.

Les travailleurs âgés subiraient une lourde précarisation de leur emploi. Hypothèse concrète citée par Vania Alleva: «Un ouvrier de l'industrie ayant travaillé dur pendant plus de 35 ans et ayant cotisé plus de 35 ans à l'assurance chômage se retrouve pour la première fois à la rue à 62 ans, parce que son entreprise a fait faillite. Il s'efforce de retrouver rapidement du travail et décroche au bout de sept mois un emploi temporaire qu'il perd après un an et demi. Il n'aura donc été que sept mois au chômage durant toute sa vie professionnelle. Or selon le projet de révision, il ne recevrait plus que 400 indemnités journalières au lieu de 520. Et comme ses perspectives de retrouver du travail seront quasiment nulles, il devra solliciter l'aide sociale peu avant sa retraite. C'est tout simplement indigne!»

Les salariés des régions fortement touchées par le chômage ne bénéficieraient plus de la possibilité de se voir accorder une prolongation de la durée d'indemnisation. Une aberration sociale et économique.



Les cadeaux aux plus riches

Voici chiffrés les cadeaux qui sont faits aux plus riches, exemptés de cotisation à l'assurance chômage: selon une brochure publiée par Unia, si le directeur du Crédit Suisse Brady Dougan (salaire annuel et bonus de plus de 90 millions) devait cotiser 2,2% à l'assurance chômage sur l'entier de son salaire, comme tous les salariés gagnant moins de 126000 francs par année, il devrait verser 1,997 million par an. Daniel Vasella, président du conseil d'administration de Novartis devrait pour sa part s'acquitter de 913000 francs et Oswald Grübel, CEO de l'UBS 349000 francs.


Pierre Noverraz

 


 

Edition n° 34 du 25 août 2010

 
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