Avec la pression de la rue...
Suite à l'annonce de fermeture de la Brasserie du Cardinal, les travailleurs et Unia explorent des pistes pour sauver l'emploi

Le 31 août dernier, Feldschlösschen, propriété du groupe Carlsberg, a annoncé sa décision de fermer la Brasserie du Cardinal en juin prochain. Sur les 75 personnes qui travaillent à l'usine, 18 bénéficieront d'une retraite anticipée, les autres se verront proposer d'autres postes en Suisse. Ayant obtenu un délai de consultation courant jusqu'au 23 septembre, Unia et les travailleurs planchent sur des alternatives pour sauver l'emploi à Fribourg. Une ville très attachée à sa tradition brassicole comme l'a prouvé la manifestation de soutien réunissant samedi passé quelque 3000 personnes solidaires avec le personnel.

«L'emploi, l'expérience à Fribourg! Soutenons Cardinal!» Scandant différents slogans, quelque 3000 personnes ont, samedi passé, manifesté devant l'usine Cardinal à Fribourg, témoignant de leur solidarité avec le personnel. Et de leur attachement à une brasserie vieille de plus de deux cent ans. Ils l'ont d'ailleurs déjà prouvé lorsqu'en 1996, Feldschlösschen, le nouveau propriétaire, avait décidé de délocaliser la production de Cardinal sur son site de Rheinfelden, en Argovie. Répétition à l'identique de l'histoire? Pas vraiment. Depuis, d'innombrables litres de bière, étrangère aussi, ont coulé sous les ponts suisses; Feldschlösschen est devenu une filiale du groupe danois Carlsberg et les postes de travail du site fribourgeois n'ont cessé de s'évaporer comme la mousse dans les chopes. Pas de quoi tarir la sympathie de la population à l'égard de «sa brasserie», ni la détermination de ses salariés, soutenus par Unia. «Cette mobilisation a été extraordinaire d'autant plus que l'appel n'a été lancé que 24 heures à l'avance» relève Armand Jaquier, secrétaire régional d'Unia Fribourg. Elle s'est en outre déroulée en présence de plusieurs personnalités politiques dont Christian Levrat, président du parti socialiste suisse qui devait déclarer: «Cardinal c'est Fribourg, au même titre que la bénichon, le Ranz des vaches ou Gottéron.» Tout un symbole... Et pour les salariés du site, un travail qu'ils ne veulent pas perdre sans tenter de trouver des alternatives.

Sous le choc
Dès l'annonce de fermeture de l'usine faite par la direction le 31 août dernier, les collaborateurs de Cardinal se réunissent en assemblée. «Une séance tendue, raconte Armand Jacquier. Tous étaient sous le choc.» Pour le syndicat, la surprise est moindre même s'il ne s'attendait pas à une décision aussi brutale. Plusieurs fois Unia s'est en effet inquiété de voir des places libérées non repourvues, suite à des départs en retraite, et des budgets publicitaires de moins en moins axés sur les produits Cardinal. «Nous avions alors exprimé nos craintes à la direction qui s'en était offusquée» déclare le syndicaliste... Quoi qu'il en soit, la nouvelle digérée, les travailleurs réagissent. Première démarche: demander aux dirigeants un délai de consultation. Armand Jaquier relaie la requête. Acceptée. «La rencontre avec les responsables s'est déroulée sur un ton positif. Nous avons jusqu'au 23 septembre pour proposer des alternatives aux licenciements.»

Pistes creusées
Sauver les postes de travail de Fribourg et le savoir-faire des ouvriers: toutes les discussions tournent désormais autour de cet axe. Et déjà des ébauches de solution se dessinent. D'abord, la poursuite de la production de spécialités et boissons particulières. Les réflexions portent aussi sur le renforcement du centre de distribution et de logistique pour la Suisse romande. Le site de Fribourg pourrait par ailleurs faire office de dépôt et de distribution pour le matériel publicitaire. L'idée de confier à la brasserie la fabrication de produits pour des tiers (sous-traitance) ou encore celle d'accueillir sur le site un tiers producteur de bière sont également creusées.

Soif inextinguible de profit?
De son côté, avant d'entrer en matière sur un délai de consultation, Feldschlösschen s'est engagé à offrir des solutions à tous les collaborateurs de Fribourg: 18 personnes bénéficieront de la retraite anticipée, les 57 autres se verront proposer d'autres postes en Suisse (à Givisiez, dans la périphérie de Fribourg, à Bienne, Sion, Berne ou encore Rheinfelden). Les responsables ont justifié la fermeture du site par le transfert d'une commande de Carlsberg à une filiale française, générant une perte de plus de 20% du volume global de production. Unia n'a pour sa part pas manqué de blâmer le groupe danois qui, «malgré des bénéfices en constante augmentation - plus de 12% pour les six premiers mois de l'année - détruit 75 emplois et une longue tradition du brassage de la bière à Fribourg». «Mépris des salariés et du savoir-faire, de leur famille et de toute une région... dans le seul but d'optimiser le profit» a dénoncé à la tribune de la manifestation Armand Jaquier. Mais les travailleurs, forts de premières alternatives et d'un extraordinaire soutien populaire, n'ont pas dit leur dernier mot. Ni bu leur dernière chope fribourgeoise. Ils n'appellent d'ailleurs pas, pour l'heure, au boycott des produits Feldschlösschen / Cardinal. Attitude jugée en l'état contre-productive... 


Sonya Mermoud

 


 

 

 

 

 

 


 

Edition n° 36 du 8 septembre 2010

 
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