Pas d'heures supplémentaires pour du beurre
Dans la restauration, les heures de travail doivent être comptabilisées, comme le prévoit la CCT 2010. Unia informe

Le syndicat mène campagne dans les restaurants et les hôtels pour informer le personnel sur les améliorations de la convention collective nationale de la branche. L'accueil s'avère chaleureux dans certains établissements, glacial dans d'autres. Unia doit souvent relever le défi du droit syndical d'accès aux lieux de travail face à certains employeurs peu amènes...

Noter les heures de travail effectuées par le personnel devrait aller de soi. Et pourtant... Maints hôtels et restaurants «oublient» systématiquement des heures supplémentaires sur la fiche de paie de leurs employés. Pour remédier à ce problème, Unia a obtenu que soit inscrite dans la convention nationale de l'hôtellerie restauration de 2010 l'obligation pour l'employeur de consigner les horaires réellement accomplis. L'entreprise doit aussi communiquer chaque mois et par écrit le solde d'heures supplémentaires. Si un contrôle intervient et que l'employeur manque à son devoir, l'entreprise sera amendée. En cas de litige, le décompte établit par le salarié est admis comme moyen de preuve! Pour informer les travailleurs au sujet de cette principale amélioration de la CCT, les secrétaires syndicaux d'Unia se rendent actuellement dans la majeure partie des établissements du pays.

Présence sur le terrain
A Unia Vaud, la campagne a déjà bien démarré. Mercredi dernier, Maria Rodrigues, secrétaire syndicale à Lausanne, rendait visite aux serveurs d'hôtels et restaurants autour de la gare, ainsi qu'à Ouchy. A commencer par un hôtel haut de gamme. Pas de chance, le responsable répond aux abonnés absents. La jeune syndicaliste ne peut s'entretenir avec les employés. Il faudra repasser. Mais la réceptionniste promet de laisser les dépliants du syndicat en salle de pause... «On ne sait jamais quand la direction les met vraiment à disposition du personnel où quand ils terminent directement à la corbeille à papier», confie Maria.
Même topo, plus loin, du côté du restaurant d'une grande chaîne de fast-food. Une employée demande malgré tout un exemplaire du carnet «décompte-horaire» distribué par Unia. Constatant son intérêt, Maria Rodrigues lui remet sa carte de visite, l'invitant à l'appeler pour toute question. «A force de revenir dans les établissements, on établit le contact avec le personnel», explique-t-elle. Lorsque l'accès aux travailleurs de certains grands hôtels et chaînes de restaurants s'avère un casse-tête, le syndicat trouve d'autres moyens, en venant tôt le matin, à l'arrivée des salariés ou durant leurs pauses.

Accueil mitigé
A Ouchy, l'accueil se révèle plus chaleureux dans une pizzeria à l'ambiance familiale. Le serveur, prénommé Frasher, est un membre d'Unia qui participe à des assemblées du syndicat. La FTMH l'avait aidé dans ses démarches de permis de travail il y a une dizaine d'années. «Ici, je n'ai pas de problème avec les horaires. Les conditions sont même exemplaires. Lorsque j'accomplis des heures supplémentaires, je les écris parfois moi-même sur le tableau affiché en cuisine. Si je finis avant l'heure prévue faute de clients, la patronne me paie même l'heure négative!», explique-t-il. Une situation plutôt rare dans la branche, où les salariés sont généralement mis sous pression.
Au restaurant d'à côté, en plein service, une serveuse déclare ne pas avoir le temps de discuter. Maria Rodrigues lui remet tout de même quelques dépliants qu'elle fera suivre aux collègues. «Certains employés craignent d'être vus en notre compagnie», commente la syndicaliste. Plus loin, dans un autre établissement luxueux, quelques serveurs mettent le couvert. Rapidement, le directeur vient s'enquérir de l'objet de la visite. «Mes employés sont occupés», rétorque-t-il sèchement. Et devant l'insistance polie de la syndicaliste: «On n'a pas le temps. Au revoir.» Cet employeur aurait-il quelque chose à se reprocher? Il faudra vérifier à l'occasion d'une pause... Un dernier restaurant se montre nettement plus accueillant. Une serveuse écoute avec attention les informations et indique que ses horaires sont correctement comptabilisés: «On a une pointeuse.» A la bonne heure!


Christophe Koessler

 


 

Edition n° 36 du 8 septembre 2010

 
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