Le syndicat renforce sa base
Quelque 400 personnes de confiance d'Unia se sont réunies à Olten pour développer les réseaux militants du syndicat

Comment s'y prendre pour motiver d'autres employés à s'engager et renforcer les réseaux existants d'Unia? Une question cruciale posée à quelque 400 militants (appelés aussi personnes de confiance) réunis à Olten le 18 septembre. Un syndicat fort est une organisation dans laquelle ses membres sont actifs.

Lieu symbolique s'il en est, c'est à partir d'Olten qu'avait débuté la grève générale de 1918. C'est avec ce souvenir en tête que 400 militants d'Unia de tout le pays se sont réunis dans cette ville de Suisse centrale le 18 septembre dernier. But de la rencontre, baptisée «Unia forte», développer les réseaux de militants, «qui font la force du syndicat», a rappelé Vania Alleva, membre du comité directeur. L'enthousiasme était au rendez-vous, d'autant que la participation a été deux fois plus conséquente que prévu. C'est donc dans une salle pleine à craquer qu'une trentaine de personnes de confiance se sont succédé à la tribune en session plénière, en prélude à une vingtaine d'ateliers thématiques. A l'image de Giovanni Giarrana, militant et jeune retraité: «Lors du dernier congrès d'Unia, il a été décidé de faire plus de place à la base. Cela devient une réalité. Je n'avais jamais vu jusqu'à aujourd'hui une assemblée présidée par des militants. Une page se tourne.»

Aller vers les jeunes
Dans la matinée, au sein de l'atelier «tisser des réseaux de militants», les discussions sont allées bon train. Certains membres actifs d'Unia insistant sur la nécessité d'adapter davantage la communication et le langage selon le public visé, d'autres de renforcer la visibilité du syndicat, en particulier auprès des jeunes: «Unia devrait être plus présent lors d'événements publics, de concerts, de fêtes en plein air. Le syndicat donne souvent une image vieillotte, limité à la défense du secteur de la construction. On devrait mieux présenter ce qu'il est réellement», a proposé François, ex-agent de sécurité, actuellement sans emploi. Plusieurs personnes ont souligné la difficulté pour les salariés de s'exprimer librement à l'intérieur de leur entreprise, par peur de perdre leur poste de travail ou d'être évincé d'une promotion, d'où l'importance d'une présence syndicale à l'extérieur. «Unia pourrait aussi étendre ses visites auprès des écoles professionnelles, et ceci pour tous les métiers», a suggéré un participant.

Accent sur la formation
Autre thème récurrent: la nécessité pour l'appareil syndical d'informer dès le début les nouveaux membres sur le travail du syndicat et son rôle historique dans la constitution du système social en Suisse. «Je suis syndiqué depuis trois mois, et c'est toujours à moi d'aller vers l'information, rarement le contraire», a déploré un nouveau militant. En revanche, Myriam Ecoffey, membre de la commission du personnel de l'horloger Longines, a salué la réactivité du syndicat lorsqu'il était sollicité: «Nous avons demandé de l'aide à Unia pour développer notre commission. Des secrétaires syndicaux sont venus nous donner quelques cours initiaux. Maintenant, certains d'entre nous suivent les cours de l'institut Movendo. Il faut oser demander au syndicat des offres de formation!»

Protéger les militants
De retour en plénière, chaque groupe a présenté ses revendications pour le futur. Allant presque toutes dans la même direction: conquête de la protection contre les licenciements des délégués syndicaux, obtention de congés syndicaux dans les entreprises, accent mis sur la communication, l'information et la formation, organisation d'événements publics. Idée originale: la création d'un fonds de solidarité constitué pour des militants syndicaux arrivés en fin de droit de chômage. Une sorte de filet de sécurité pour ces derniers. Et un gage de confiance du syndicat...


Christophe Koessler

 


Ce qu'ils en pensent ...

Julien Teutschmann, 21 ans, apprenti menuisier, Delémont
«Je suis venu à cette rencontre à la suite d'un voyage au Burkina Faso organisé par Unia avec l'ONG Nouvelle Planète. Ce séjour m'a fait prendre conscience de ce que signifie la misère là-bas, mais il m'a aussi permis de mieux comprendre ce qui se passe ici. De ce que vivent les migrants par exemple. Il faut faire davantage d'efforts pour mieux les intégrer. Lors de cette rencontre, j'ai appris à connaître le syndicat. Je ne pensais pas que c'était aussi fort! Les gens ici sont si dévoués, il y a tant d'émotion partagée, cela donne envie d'aider. On se rend compte qu'existent en Suisse des situations dramatiques, comme le fait que des grandes entreprises exploitent des travailleurs en ne respectant pas les lois du travail. Tout cela parce qu'elles ne pensent qu'au profit... J'ai appris ce matin qu'il n'existait pas de salaire minimum légal pour les apprentis. Cela m'a choqué. J'ai d'autant plus envie de m'investir dans Unia maintenant!»

Anny Favre, 52 ans, vendeuse à la Coop, Bienne, membre du groupe professionnel Coop d'Unia

«Mes collègues et moi avons dû nous mobiliser car Coop faisait un usage excessif des contrats d'auxiliaires. C'est après avoir lu un article sur ce thème dans L'Evénement syndical que j'ai contacté Unia. Je me suis battue pour un contrat fixe et je l'ai obtenu. Aujourd'hui, il est difficile de convaincre mes collègues de s'engager syndicalement. Ils trouvent toujours une raison pour ne pas le faire. Mais quand il y a des problèmes, on se tourne vers moi comme si je pouvais les résoudre seule. C'est difficile de s'organiser. Le personnel ne va plus guère en salle de pause. Nous n'avons pas beaucoup de contacts avec les secrétaires syndicaux. Ils peuvent apporter des tracts, mais n'ont pas vraiment la possibilité de s'entretenir directement avec le personnel. La rencontre des militants d'Olten nous permet d'envisager des solutions ensemble pour améliorer le travail du syndicat. Je crois qu'il faut adapter davantage son langage pour atteindre plus de jeunes. Et renforcer la formation des militants. Unia commence à prendre des cheveux blancs, comme moi (rires)! Le syndicat devrait aussi davantage écouter sa base. En assemblée, il s'avère parfois peu adéquat de nous assommer avec des chiffres alors que les employés assistant aux réunions ont souvent un problème concret avec leur travail. S'ils ne sont pas écoutés, ils ne s'investiront pas. Du côté des travailleurs, il faut dire aussi que certains prennent le syndicat uniquement comme une sorte d'assurance individuelle. Or, une fois qu'on a lutté soi-même, on peut prendre goût à la mobilisation collective!»

Guillaume Racloz, 29 ans, charpentier, Chavornay
«Il est crucial pour Unia de développer son réseau de militants. Le syndicat devrait absolument se dédier à la formation des membres engagés. Les secrétaires devraient dès le départ prendre du temps pour discuter avec les nouveaux, leur expliquer ce qu'ils attendent des personnes de confiance et en retour les questionner sur ce qu'ils espèrent d'Unia. Si on veut des membres qui s'investissent davantage, il ne suffit pas de leur expliquer le contenu de la CCT, il faut aussi leur enseigner l'histoire du syndicat et du système social suisse. Leur montrer que les acquis sociaux proviennent de la lutte. Les secrétaires syndicaux doivent aussi être plus présents sur les lieux de travail. Forger une véritable relation de confiance!»


Propos recueillis par CK

 


 

Edition n° 39 du 29 septembre 2010

 
Imprimer l'article
 
Haut de la page