Les salariés de l'horlogerie veulent améliorer leur convention
La Conférence horlogère Unia a adopté un cahier de revendications pour le renouvellement de la CCT

Relèvement des salaires d'embauche, meilleure protection contre les licenciements, mesures contre le stress au travail, davantage de congés et élargissement de la retraite anticipée: tels sont les principales revendications adoptées samedi à Neuchâtel par la Conférence nationale de l'horlogerie. Ces mesures s'inscriront dans le cadre de la négociation qui va s'ouvrir bientôt en vue du renouvellement de la Convention collective de travail en 2012.

L'adoption du cahier de revendications des délégués à la Conférence horlogère Unia, samedi à Neuchâtel, a prêté flanc à un débat nourri et constructif qui s'est révélé à la hauteur des défis à relever en vue du renouvellement de la convention collective de travail (CCT) qui entrera en vigueur le 1er janvier 2012. L'assemblée, animée par Jean-Claude Rennwald, du comité directeur d'Unia et présidée par Catherine Laubscher, secrétaire régionale d'Unia Région Neuchâtel, a nommé la commission de négociation et voté les revendications majeures que cette dernière portera.

Relever les bas salaires...
Parmi les revendications phares figure celle portant sur les salaires d'embauche minimaux. Ils ne devraient plus être inférieurs à 3600 francs pour les personnes non qualifiés et 4200 francs pour les qualifiés, quelle que soit la région. Les salaires différenciés selon les cantons resteraient cependant en vigueur: 3600 et 4200 francs pour le Jura, Jura bernois, Soleure, Bâle et le Tessin; 3600 et 4300 francs pour le Valais; 3800 et 4500 francs pour Berne (sauf JB), Neuchâtel, Vaud et Fribourg et enfin 4100 et 4600 francs pour Genève. Ces minimaux sont plus élevés qu'aujourd'hui. «Mais il n'ont rien d'exagéré puisqu'ils restent encore inférieurs aux salaires minimaux qui se pratiquent dans d'autres branches», a souligné Jean-Claude Rennwald. La Conférence souhaite que ces salaire minimaux ne soient plus le fruit de négociations régionales mais nationales, afin de gagner en efficacité et en cohérence.


... les vacances et les allocations
Les syndicalistes demandent de porter les vacances de 5 à 6 semaines (7 dès l'âge de 50 ans). Une revendication fondée sur le fait que les efforts de productivité ne cessent de s'amplifier alors que, depuis 22 ans, aucune avancée n'a été enregistrée en matière de temps de travail.
S'agissant des mesures sociales, la participation patronale à l'assurance pour fais de traitement devrait passer de 130 à 170 francs par mois et de 60 à 80 francs pour les enfants, les allocations familiales de 200 à 250 francs par mois et les allocations professionnelles de 240 à 300 francs par mois. Ces mesures s'étendent aux personnes pacsées ou en concubinage. Quant au congé maternité payé, il serait prolongé de 16 à 18 semaines. Le congé paternel en cas de naissance grimperait pour sa part de 3 à 10 jours.

Côté retraite anticipée, l'assemblée a souhaité que la rente-pont AVS puisse être octroyée dans les deux ans qui précédent l'âge ordinaire de la retraite, au lieu d'une année actuellement.

Contrer le stress
La Conférence entend limiter le recours au travail temporaire, en le plafonnant à 5% des effectifs. Dans certaines entreprises, cette proportion est aujourd'hui de 20% et plus. «De telles politiques favorisent la précarité, ce qui est intolérable» a souligné Jean-Claude Rennwald.
Point important, la protection contre les licenciements doit être renforcée. A cet effet, il s'agit d'obtenir, par le biais d'experts indépendants, une information comptable et structurelle précise sur la situation des entreprises recourant à des licenciements ainsi que la garantie d'un plan social équitable.
Les délégués à la conférence ont jugé particulièrement importante la question de la santé au travail - et plus précisément les mesures à prendre contre le stress, la pression et le harcèlement. «Je constate une augmentation inquiétante du nombre de travailleurs détruits par la pression morale et par des exigences intenables», a souligné le secrétaire syndicale Pascal Crespin. Outre la désignation d'une personne de confiance à laquelle l'on peut confier ses problèmes, il est demandé que l'on introduise dans les entreprises des questionnaires réguliers et anonymisés servant à mesurer le stress au travail.

Valoriser la formation
Au rayon de la formation, la Conférence déplore que les attestations portant sur les formations et les expériences acquises en cours d'emploi ne soient pas suffisamment prises au sérieux par un certain nombre d'entreprises et demande de corriger cette situation. Elle souhaite également que soit introduite la possibilité de prendre un congé sabbatique de formation, non payé, allant jusqu'à six mois, après cinq ans dans l'entreprise.
Enfin, pour améliorer la présence syndicale dans l'entreprise, il est notamment demandé que le délégué syndical ait le droit d'assister aux séances de la commission d'entreprise.
La Conférence s'est terminée avec une intervention de Marie-Josée Millan, de la direction de Force Ouvrière, au sujet de la mobilisation des syndicalistes contre le projet de retraite injuste qu'impose à la population le gouvernement français. 


Pierre Noverraz


 



La barre des 11'000 membres franchie

Dans son préambule à la conférence, Jean-Claude Rennwald s'est félicité du fait que la proportion des entreprises horlogères signataires de la CCT a passé de 69% à 73% et celle des travailleurs soumis à la convention de 81 à 85%. Autre source de satisfaction, le nombre des membres d'Unia du secteur horloger vient de dépasser la barre des 11000 membres.
S'agissant de la situation économique, Jean-Claude Rennwald a rappelé que «l'industrie horlogère vient de vivre l'une des périodes les plus dramatiques de son histoire», principalement en raison de la crise du capitalisme financier. Près de 5000 emplois ont été supprimés, sans compter les poste temporaires. Mais la tendance s'inverse. Pour preuve, les exportations ont bondi de 20% en une année. «Dans la période allant de mi 2008 à fin 2009, les travailleurs de l'horlogerie on grandement souffert, de sorte qu'ils ont maintenant droit à des compensations.»


PN


 

Edition n° 39 du 29 septembre 2010

 
Imprimer l'article
 
Haut de la page