Renouvellement de la convention en chantier
Une trentaine de travailleurs de la construction ont partagé un repas à Verbier et discuté des thèmes prioritaires

Une trentaine d'ouvriers d'un important chantier à Verbier, en Valais, se sont retrouvés le 22 septembre dernier à la pause de midi, sur invitation d'Unia. But de la rencontre: déterminer trois priorités à faire valoir lors du renouvellement de la Convention nationale de la construction, qui échoit fin 2011, et discuter de l'augmentation des salaires, soit 150 francs de plus par mois. Retour sur cette consultation menée dans une ambiance conviviale, autour d'une grillade.

Singulière grillade le 22 septembre dernier sur les hauts de Verbier, en Valais. Arrivant par petits groupes, une trentaine de travailleurs en tenue de chantier rejoignent une aire de pique-nique de la station. Ces hommes, engagés dans la construction d'un vaste complexe immobilier de la station, ont rendez-vous avec des représentants d'Unia. Et pour partager une grillade, et pour discuter des thèmes prioritaires qu'ils souhaitent voir aborder dans le cadre du renouvellement de leur Convention nationale (CN), arrivant à échéance fin 2011.

«Le syndicat, c'est vous!»
Sous un abri ouvert où perce un soleil radieux, les tables et les assiettes se remplissent. La faim, exacerbée par de durs labeurs, met provisoirement en veilleuse les discussions. Manuel Leite, responsable à Unia pour le secteur de la construction dans le Bas-Valais et cheville ouvrière de la rencontre, patiente la fin du premier service avant d'intervenir. Une allocution brève durant laquelle il rappelle les raisons de ce repas en commun. Et de préciser: «Le syndicat c'est vous. On vous consulte. La CN n'est pas décidée dans les bureaux, sans votre avis.» Dans ce contexte, il demande à l'assemblée de bien vouloir cocher les trois revendications jugées les plus importantes parmi les six listées sur un dépliant (20000 prospectus ont été distribués en Suisse pour mener ce sondage). Le syndicaliste rappelle dans la foulée l'augmentation de salaire demandée: 150 francs par mois. «Rien d'exagéré. Les entreprises tournent à plein régime.» Plusieurs maçons hochent silencieusement la tête, tout en terminant leur plat. Et avant que l'heure du café n'ouvre la discussion.

Divisés sur l'augmentation
Pour Abilio, 44 ans, contremaître, le montant demandé n'est pas suffisant. «Il faudrait 200 francs de plus au minimum. L'an passé, nous n'avons rien obtenu à l'exception du renchérissement au coût de la vie, alors que tout a augmenté» relève l'homme qui demande aussi que le salaire complet soit versé en cas d'heures perdues en raison d'intempéries, d'accident ou de maladie - actuellement couvert à 80% - et que les heures supplémentaires soient davantage majorées. Si Ramos Horacio, contremaître lui aussi, partage ce point de vue, il se positionne aussi en faveur d'une meilleure protection contre le licenciement des travailleurs de 55 ans et plus. A 54 ans, le travailleur affirme ne pas craindre le chômage. Et pour cause, le chantier de Verbier - qui réunit quatre entreprises - durera trois ans et demi. «Mais on ne sait jamais. Et il faut également penser aux collègues» relève-t-il, non sans rappeler combien la tâche est dure et pénible. «On est usé avant l'heure...» Ramos Horacio juge également l'augmentation de salaire revendiquée réaliste. «Raisonnable! Les carnets de commandes sont pleins.» Une requête qui ne fait pas mouche auprès de Sergio Pinto, chef de chantier, qui estime qu'on ne peut pas satisfaire toutes les demandes. «Les 150 francs supplémentaires ne sont pas prioritaires. Mieux vaut miser sur le long terme, assurer les acquis, plutôt que de privilégier des augmentations ponctuelles alors que la crise peut revenir», déclare-t-il. En revanche, le chef de chantier se montre sensible au sort des employés plus âgés. Et place leur protection en tête de liste des demandes. De meilleurs suppléments le samedi et une réglementation claire en cas d'intempéries ont aussi ses préférences.

Du beurre dans les épinards
Bandeau sur le front, Claudy May, 49 ans, surnommé l'Indien ou encore Rambo - parce qu'il «casse du boulot» - voudrait, lui, 250 francs de plus. La raison? «Tout augmente, l'électricité, la caisse maladie, etc.» Ce supplément, le machiniste l'utiliserait pour «éponger la dette de la maison et mettre du beurre dans les épinards». Il désire aussi un salaire complet en cas d'heures perdues et une majoration plus élevée des heures supplémentaires. Son voisin ne résiste pas à une pointe d'ironie sur le sujet. «On doit travailler à fond la caisse, tenir des délais pour terminer des bâtiments qui resteront fermés la plus grande partie de l'année», note Skender Kukalaj, chef d'équipe, 51 ans. Paradis des résidences secondaires, Verbier assure néanmoins aux ouvriers du travail sur le moyen terme. Et les habitations qui poussent comme des champignons, «à l'architecture souvent typique avec leur cheminée, toit d'ardoises... contribuent à préserver un certain savoir-faire», souligne Blaise Carron, responsable du secteur industrie d'Unia Valais, venu donner un coup de main. Pris à partie sur ce type de travaux, Skender Kukalaj relève surtout les nombreux jacuzzis construits et estime qu'à moins de 120 francs, l'augmentation de salaire ne changerait pas grand-chose. Mais l'heure n'est pas aux bulles spéculatives...


Sonya Mermoud

 


 

Edition n° 40 du 6 octobre 2010

 
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