Unia préfère la surveillance paritaire
Insatisfait des contrôles fouineurs de l'Etat, Unia crée avec les employeurs une unité de surveillance des conditions de travail

Les partenaires sociaux neuchâtelois des métiers du bâtiment ont dénoncé la convention par laquelle ils confiaient au canton la tâche de surveiller les chantiers. Ils ont créé leur propre structure. Pour Unia, cette décision était devenue impérative car les inspections de l'Etat servaient davantage à la répression des sans-papiers qu'au contrôle du respect des conventions collectives.

Les commissions paritaires neuchâteloises des métiers du bâtiment (syndicat et employeurs) ont rompu la convention signée en 2007 et par laquelle ils avaient délégué au canton la tâche de contrôler les chantiers dans le contexte de la lutte contre le dumping lié aux accords bilatéraux sur la libre circulation des personnes. «Nous ne pouvions plus continuer à cautionner ce service», explique Fabien Vuillème, responsable de dossier, avec Lucas Dubuis, à Unia Région Neuchâtel. «L'Office de surveillance du marché du travail du canton de Neuchâtel s'occupait bien davantage de débusquer et sanctionner les sans-papiers que de contrôler les conditions de travail, ce qui est tout à fait inacceptable. Notre rôle n'est pas de jouer à la police mais de faire respecter les horaires, les salaires minimaux, les pauses, la sécurité, le travail au noir et tout ce qui touche à la convention collective de travail. De plus cet office était lacunaire, brouillon, et peu au fait des réalités du terrain.» Côté patronal, le Bureau neuchâtelois des métiers du bâtiment (BNMB) n'était plus satisfait non plus de ce service qu'il jugeait trop inefficace.

Deux nouveaux inspecteurs
Dans le sillage de leur rupture avec les services de l'Etat, le syndicat et les employeurs ont décidé de créer leur propre organisme de contrôle, l'Association neuchâteloise pour les contrôles des conditions de travail. Cette dernière vient de signer son acte de baptême avec l'entrée en fonction, vendredi dernier, des deux inspecteurs des chantiers, Monica Paz, dessinatrice en génie civil (engagée à 60%) et Michel Ruedin, menuisier, (à temps plein). «Ils pourront se consacrer pleinement au contrôle des conditions de travail et à la dénonciation des abus commis à l'encontre des travailleurs, ce qui n'était pas le cas avec l'ancien système», souligne Fabien Vuillème. Un rapport lié au projet de la nouvelle association indique qu'«à l'époque où les contrôles de chantiers dépendaient des partenaires sociaux, le contrôleur recevait de nombreuses dénonciations émanant directement des corps de métiers». Or, avec les inspecteurs de l'Office cantonal, ces dénonciations étaient devenues inexistantes, principalement parce qu'ils étaient éloignés «du terrain et des réalités des entreprises».
Selon ses concepteurs, le nouvel organisme de surveillance des chantiers a pour avantage une professionnalisation des contrôles, un gain d'efficacité, un allègement administratif, une meilleure réactivité mais aussi et surtout la fin d'une confusion entre les tâches relevant de la police des étrangers et celles incombant au contrôle des conditions de travail. «La couleur du passeport nous importe peu! Ce qui nous importe, c'est le respect de la convention collective de travail» a souligné Lucas Dubuis, lors de la conférence de presse donnée la semaine dernière à Colombier, pour marquer ce nouveau départ qui s'annonce plus conforme à l'intérêt des travailleurs.


Pierre Noverraz

 


 

Edition n° 40 du 6 octobre 2010

 
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