Un débrayage et une négociation plus tard
Après l'annonce de la fermeture définitive de la Brasserie du Cardinal, les travailleurs exigent d'être entendus et respectés

Fâché par l'attitude de Feldschlösschen, le personnel de Cardinal a débrayé la semaine dernière pour réaffirmer ses revendications. Une séance de négociation a eu lieu jeudi. Une nouvelle est prévue demain. Les travailleurs restent sur leurs gardes.

«Feldschlösschen a été un peu choqué par notre débrayage, la direction locale a même essayé de me remonter les bretelles. Elle m'a fait comprendre que je devais les avertir au préalable... On ne va tout de même pas leur téléphoner deux jours avant pour leur demander l'autorisation!» René Fragnière, président de la commission ouvrière de Cardinal, est bien décidé à faire entendre les revendications du personnel. Et à la question de la direction qui souhaitait savoir s'il y aurait de nouveaux débrayages, le travailleur a lancé un «On verra!» résolu.
Car le personnel est sorti renforcé de cette première mesure de lutte, décidée après le rejet d'un revers de main par le groupe Feldschlösschen de l'ensemble des propositions faites par les travailleurs et le syndicat pour sauver les emplois sur le site de la Brasserie du Cardinal à Fribourg. Le débrayage a eu lieu le mardi 5 octobre dernier, soit cinq jours après l'annonce de la fermeture définitive du site pour juin 2011. La seule concession faite par le géant de la bière était la promesse de créer 8 à 10 postes supplémentaires dans son centre de distribution de Givisiez.

Pour des propositions consistantes
La quasi totalité des salariés présents sur le site, soit une cinquantaine, a pris part à ce premier débrayage. Interrompant leur travail de 7h à 8h du matin, ils ont montré leur détermination et exigé que Feldschlösschen revienne avec des propositions plus consistantes lors des négociations prévues pour le jeudi suivant. Une détermination soutenue par le conseiller aux Etats socialiste Alain Berset qui a salué la lutte des brasseurs et demandé que le dialogue avec Feldschlösschen ne soit pas un simulacre. Armand Jaquier, secrétaire régional d'Unia Fribourg a lui rappelé les revendications du personnel. Ces dernières portent d'abord sur la nécessité de proposer davantage d'emplois dans la région de Fribourg et sur l'exigence que la retraite anticipée soit accordée dès 55 ans. Rappelons que sur les 75 salariés de Cardinal, il est prévu que 18 en bénéficient dès 60 ans et qu'une trentaine de postes soient proposés au reste des collaborateurs sur les sites du groupe en Suisse. Le personnel réclame ensuite un plan social à la hauteur des circonstances. Soit comprenant, outre les retraites anticipées, toutes les modalités liées à l'acceptation d'un emploi sur un autre site, comme la protection contre les licenciements, le défraiement des déplacements, la prise en compte des trajets dans le temps de travail, et des indemnités importantes pour toutes les personnes ne pouvant pas accepter un poste ailleurs.

Nous sommes là!

«Le débrayage a permis de nous faire entendre des dirigeants du groupe. Nous les avons aussi écoutés, et nous allons maintenant discuter avec le personnel des propositions faites hier», relevait René Fragnière au lendemain des pourparlers qui se sont déroulés le 7 octobre. Un nouveau tour de négociation a lieu ce jeudi 14 octobre. Les travailleurs restent vigilants. «Feldschlösschen a cru que nos 70 petits bonhommes de Cardinal n'allaient pas faire grand bruit. Nous avons déjà montré deux fois, avec la manifestation qui a réuni 3000 personnes le 4 septembre et lors du débrayage, que nous sommes là!» avertit le représentant du personnel. 


Sylviane Herranz



Une fermeture au goût amer...
Après le succès du débrayage du 5 octobre, René Fragnière, président de la commission ouvrière, regrette qu'il n'y ait pas eu davantage de tentatives pour sauvegarder la Brasserie du Cardinal. Mais il concède que cela n'aurait été que partie remise. «Nous avons tout analysé et il est vrai que si l'on avait réussi à sauver la production, cela aurait duré combien de temps? Dans 4 ou 5 ans, nous aurions été confrontés au même problème, sauf qu'il n'y aurait eu plus qu'une quarantaine d'employés. Car depuis 2000, la stratégie du groupe Feldschlösschen était de ne pas remplacer les gens qui partaient à la retraite, pour affaiblir notre force. En 1996, au moment du sauvetage, nous étions 220 travailleurs, puis 200 environ en 2000, et le nombre a fondu jusqu'à 75 aujourd'hui.»


SH

 


 

Edition n° 41 du 13 octobre 2010

 
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