Brasseurs de Cardinal, nous avons sauvegardé notre dignité
En décrochant un bon plan social, les brasseurs de Cardinal à Fribourg ont montré que la lutte paye

Grâce à leur détermination et à leur travail main dans la main avec Unia, les travailleurs de la Brasserie du Cardinal à Fribourg ont arraché un bon plan social et imposé le respect de leur dignité. Des solutions ont été trouvées pour plus de la moitié des 75 salariés concernés par la fermeture de la brasserie. Des indemnités ou des compensations soulageront les autres.

«Nous sommes soulagés, après ces très dures négociations. Le résultat est à l'opposé de ce qui était prévu au départ!» Comme la plupart de ses collègues, René Fragnière, président de la commission ouvrière de Cardinal, est satisfait du bon plan social arraché point par point au groupe argovien Feldschlösschen qui avait signé l'arrêt de mort de la brasserie fribourgeoise fin août dernier. Comme ses collègues, très nombreux à compter plus de 20 ans au sein de ce fleuron de l'industrie fribourgeoise, René Fragnière devra faire le deuil de cette brasserie à laquelle il est très attaché. «Une page se tourne, mais ce qui est important pour nous, c'est que nous avons sauvegardé notre dignité», souligne ce travailleur, entamant sa 42e année à la brasserie. L'amertume de la fermeture est contrebalancée par le succès obtenu à la force du poignet sur le plan social: «Au début, les dirigeants de Feldschlösschen voulaient appliquer le plan social négocié en 2005 qui n'était pas à notre avantage, mais ils sont revenus à de meilleurs sentiments.» Cela grâce à la pression du débrayage d'une heure de l'ensemble du personnel, le 5 octobre dernier, cinq jours après l'annonce de la fermeture définitive du site. Le fort taux de syndicalisation et le travail main dans la main entre la commission du personnel et Unia sont également à l'origine de ce succès, comme le soutien de la population exprimé début septembre par une manifestation rassemblant plus de 3000 personnes.

Retraites anticipées et emplois à Givisiez
Concrètement, le plan social a été amélioré sur de nombreux points. Ainsi, 12 personnes de plus que les 18 prévues au départ pourront prendre leur retraite anticipée à 60 ans. Ces 12 personnes sont les travailleurs nés entre 1953 et 1955, qui devront toutefois travailler jusqu'à leur 60 ans sur un autre site. Feldschlösschen s'est également engagé à créer une dizaine d'emplois supplémentaires dans son centre de distribution de Givisiez, à deux pas de Fribourg, en plus des 3 emplois prévus au départ. Ces solutions permettent à plus de la moitié des 75 ouvriers de la Brasserie du Cardinal d'envisager l'avenir avec plus de sérénité.

Options multiples pour les autres
Pour les 35 ouvriers restants, le groupe s'était engagé à leur proposer un nouvel emploi sur l'un de ses autres sites en Suisse. Grâce au plan social âprement négocié, plusieurs options s'offrent à eux: soit ils trouvent un emploi avant la fin des activités de la brasserie (prévue en août 2011 pour la production et en décembre 2011 pour la logistique) et toucheront une indemnité de départ de 6 mois de salaire plus 4000 francs par enfant; soit ils renoncent à un emploi sur un autre site de Feldschlösschen et toucheront des indemnités de départ s'élevant entre 6 et 12 mois de salaire auxquelles s'ajoutent les indemnités pour enfants; soit, dernière possibilité, ils acceptent un emploi sur un autre site. Dans ce cas, ils bénéficieront d'une protection contre le licenciement, de la prise en charge des frais de transport pendant 3 ans, de la mise à disposition de véhicules ou de logements, ainsi que d'une indemnité de déménagement conséquente. Pour les personnes allant travailler à Rheinfelden en Argovie, à Sion ou à Satigny près de Genève, 2 heures de déplacement quotidien seront comptabilisées comme temps de travail pendant 3 ans. Les travailleurs acceptant un emploi sur un autre site pourront encore faire machine arrière dans les 6 mois et toucher les indemnités de départ accordées à ceux renonçant à un tel poste.

Incertitudes levées
«Ce résultat est positif. Nous avons pu améliorer le plan social existant et avons aujourd'hui des solutions claires et stables pour plus de la moitié des salariés», souligne Armand Jaquier, secrétaire régional d'Unia à Fribourg. «Le fait que le plan social soit finalisé permet de lever les incertitudes créées par la décision brutale de fermer la brasserie.» Un soulagement perceptible chez les travailleurs qui, à la quasi-unanimité, ont adopté le plan social le 25 octobre dernier.
Quant à l'avenir du site, qui sera vendu par Feldschlösschen, Unia et le personnel lancent à nouveau un appel aux autorités afin qu'elles prennent leurs responsabilités et tiennent leurs engagements pour assurer le maintien d'emplois industriels dans la région et du savoir-faire dans le brassage de la bière à Fribourg. 


Sylviane Herranz

 


 

Edition n° 44 du 3 novembre 2010

 
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