Un exemple de respect de la liberté d'action syndicale en entreprise
Le comité syndical Unia du cigarettier Philip Morris a fait deux jours de campagne interne d'information et de recrutement

Durant deux journées entières, les élus du personnel formant le comité syndical Unia chez le cigarettier neuchâtelois Philip Morris ont pu mener une campagne d'information et de recrutement syndical à travers leurs ateliers et bureaux, cela après avoir bénéficié de trois journées (payées) de cours syndicaux. Le comité assoit sa crédibilité sur sa capacité d'avoir négocié une bonne convention et des augmentations de salaire substantielles. Un cas d'école.

Ceux qui parmi les employeurs s'emploient à entraver systématiquement la liberté syndicale et à museler les représentants du personnel dans les entreprises seraient bien inspirés de se pencher sur le cas de Philip Morris Production (PMP) à Neuchâtel-Serrières. Cette société, qui emploie près de 600 personnes, «joue pleinement la carte du partenariat social», se félicite le secrétaire syndical neuchâtelois Nicolas Turtschi.

Visibilité syndicale
La convention signée par Unia et la direction contient en effet de nombreuses dispositions garantissant l'exercice des droits syndicaux à l'intérieur de l'entreprise et accordant aux représentants du personnel plusieurs jours de congé pour leur formation syndicale et leurs activités sur le lieu de travail, ainsi que lors des négociations salariales ou conventionnelles avec la direction.
Illustration de cette situation, les membres du comité syndical, composé par les élus du personnel, viennent de participer avec Unia, pendant deux journées pleines, à une campagne d'information et de recrutement dans l'entreprise. Ils se sont présentés avec des marques d'identification syndicale brochées ou cousues sur leurs habits de travail et payées par la direction. «Cette opération nous a permis de rencontrer les gens un à un, de nous faire davantage connaître, d'être plus proches de nos collègues et de leurs préoccupations», note Christianne Romy, vice-présidente du comité. Quelques jours auparavant les 12 membres du comité avaient participé à trois jours de formation Movendo portant sur l'art de la négociation. «C'était très utile, en particulier pour les jeunes qui sont entrés récemment au comité.»

Convention exemplaire
«L'engagement syndical des représentants du personnel et l'ouverture manifestée par la direction ont permis de déboucher sur une convention (accord sur le statut collectif des employés) exemplaire à bien des égards», souligne le syndicaliste Nicolas Turtschi. Elle prévoit par exemple un congé maternité de 22 semaines, des congés d'adoption d'un mois, dix jours fériés payés, des primes de fidélité s'élevant jusqu'à 3000 francs par année après 20 ans de service et d'importantes primes de travail en équipe. Quant aux salaires, ils sont négociés chaque année. «Sans vous donner le chiffre exact, je peux vous dire que pour 2010, l'augmentation dépassait nettement la moyenne générale», indique Christianne Romy.
Au-delà des salaires et des conditions de travail, le comité syndical s'occupe des cas qui surviennent au quotidien. «Nous mettons les problèmes sur la table de la direction et des solutions sont en général trouvées rapidement, grâce au dialogue.» A quoi s'ajoutent encore des améliorations d'ordre plus général. «Nous venons d'obtenir dix places de parc pour y organiser un système de covoiturage pour une quarantaine d'employés.» Pour Nicolas Turtschi, «si le comité est si motivé, c'est parce qu'il sait que ses droits sont respectés».


Pierre Noverraz

 


 

Edition n° 45 du 10 novembre 2010

 
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