Nous n'avons rien à perdre, on nous met à la porte
Le personnel de DHL Express de Genève se mobilise contre la fermeture de son centre administratif

Les employés de DHL express de Genève se voient contraints de former les employés qui les remplaceront en Allemagne l'année prochaine. Soutenus par Unia, ils demandent l'annulation de ce projet de délocalisation car la filiale genevoise semble très rentable. Ils exigent d'en obtenir le chiffre d'affaires pour pouvoir faire des propositions alternatives aux licenciements, comme le prévoit la procédure légale.

«Nous sommes menés en bateau depuis un mois et demi. Ça suffit!» Les 48 salariés de DHL Express de Genève, à qui l'on a communiqué leur licenciement le 15 septembre dernier, ne cachent pas leur colère. Vendredi dernier, pour la troisième fois, une quinzaine d'employés se sont réunis pendant leur première heure de service, entre 8h30 et 9h30, à l'extérieur de leurs bureaux pour discuter de l'avenir de leurs postes de travail. Soutenus par Unia, ils contestent fermement la décision de Deutsche Post DHL, la maison mère de cette multinationale, de supprimer le centre administratif de Genève entre février et juin 2011. Cette filiale du groupe, qui traite un très grand nombre de factures par jour, semble en tout point rentable et efficace. La décision serait purement «politique»: «Notre hiérarchie nous a clairement informé qu'il s'agissait de donner du travail à des employés de Deutsche Post actuellement au chômage technique. Le but est de leur transférer les tâches que nous accomplissons aujourd'hui», témoigne une employée. Plusieurs salariés allemands sont déjà venus se former à Genève. Une trentaine devrait débarquer cette semaine. «Nous nous voyons contraints de transmettre nos connaissances à nos futurs remplaçants alors que nous serons tout simplement congédiés fin février», s'indigne une autre salariée. «Un responsable allemand m'a dit que cela leur prendrait deux fois plus de temps en Allemagne de traiter le volume de factures dont nous nous occupons actuellement», assure un autre salarié.

Procédure violée
Pour la direction, l'affaire est bouclée. Pas question de revenir sur la décision de fermer le centre administratif genevois. Pourtant Unia souligne que la procédure de consultation en matière de licenciement collectif, prévue par la loi, n'a pas été respectée. «Pendant le délai de la procédure, nous avons écrit à la direction pour demander une réunion avec Unia et la délégation du personnel afin de pouvoir faire des propositions alternatives aux licenciements. Mais elle nous a répondu qu'elle ne reconnaissait pas Unia et qu'elle était en discussion avec le Syndicat de la communication au niveau national», raconte Jamshid Pouranpir, secrétaire à Unia Genève. «C'est absurde, parce que non seulement les employés de Genève nous avaient mandaté pour agir, mais aussi parce que DHL siège à la commission paritaire de la convention collective cantonale des transitaires, signée entre autres avec Unia.»

Trois revendications
Forts de ce constat, les employés viennent de transmettre à la direction trois revendications issues de leur assemblée générale du 2 novembre dernier: la levée des licenciements, la publication du chiffre d'affaires de la filiale genevoise, et une information précise sur la stratégie d'entreprise de Deutsche Post DHL. Des renseignements qui permettront aux salariés de faire des propositions alternatives aux licenciements en vue d'entamer des discussions avec les vrais décideurs de la firme. «Jusqu'à présent, les interlocuteurs de la direction locale ou nationale n'étaient pas en mesure de prendre des décisions. Les ordres venaient de plus haut», témoigne une employée. Le fait de ne pouvoir entamer un dialogue avec les responsables directs de la décision les concernant affecte particulièrement le personnel. En attendant, leurs supérieurs leur conseillent de ne pas faire de vagues s'ils veulent toucher leurs indemnités de départ ou retrouver un emploi. Mais nombre de travailleurs ne sont pas dupes: «Certains collègues ne se joignent pas à nous de peur d'être pénalisés. Mais nous n'avons rien à perdre. On nous met à la porte! Je préfère défendre ma dignité que de partir la tête basse», déclare un collaborateur, qui se déclare prêt à se réunir avec ses collègues tous les matins de la semaine à venir. De son côté, Deutsche Post DHL paradait en août dernier: l'entreprise annonçait qu'elle avait pratiquement doublé son bénéfice brut au deuxième trimestre 2010, culminant à 503 millions d'euros...


Christophe Koessler

 


 

Edition n° 45 du 10 novembre 2010

 
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