Si on étudie, on réussit
Après avoir obtenu son CFC de maçon, Skender Kukalaj suit des cours pour devenir chef d'équipe.

«J'aimerais encourager tout le monde, tous les travailleurs âgés qui n'ont pas eu la possibilité de faire un apprentissage, à se former. Ça vaut la peine!» A 51 ans, Skender Kukalaj suit actuellement les cours pour obtenir le certificat de chef d'équipe. Cet Albanais du Kosovo, arrivé il y a 25 ans en Valais, a également obtenu sur le tard son CFC (Certificat fédéral de capacité) de maçon. Et c'est avec bonheur qu'il partage son expérience d'avoir pu, après des années de travail, décrocher un papier attestant de son savoir-faire et de ses compétences. «J'ai toujours aimé le métier de maçon, raconte-t-il. Dès l'âge de 15 ans, j'avais envie de faire un travail à l'extérieur, physique, mais au Kosovo, je n'ai pas pu me former à cela. J'ai fait une école de commerce. Après 2 ans sans emploi, je suis venu en Suisse tenter ma chance.» Il explique qu'il est arrivé en train et s'est arrêté à Martigny où il avait des amis qui pouvaient le loger. Il trouve un emploi d'ouvrier dans la charpente à Orsières. «Je suis rentré au Kosovo pour demander mon visa et le permis de travail et suis revenu quand tout était en ordre.» Après 4 ans, il trouve du travail d'aide-maçon dans une entreprise de maçonnerie et de génie civil à Bagnes, où il travaille encore aujourd'hui. «J'ai été longtemps saisonnier, mais j'aimais bien rentrer les 3 mois d'hiver au pays. C'est durant ces périodes que j'ai rencontré ma femme qui est ensuite venue me rejoindre. J'ai aussi eu la chance d'avoir déjà le permis B quand, en 1996, la Suisse n'a plus voulu donner de permis aux Kosovars», dit ce valaisan d'adoption, très bien intégré dans la région.

Formation de 2 ans
C'est au sein de son entreprise, employant une cinquantaine de personnes et de nombreux apprentis, que Skender Kukalaj pourra réaliser son rêve: décrocher le CFC de maçon. «J'en avais parlé à mon patron et c'est grâce à lui, à son soutien, que j'ai pu le faire. J'ai réussi mes examens en 2005, 20 ans après mon arrivée en Suisse!» Pour cela, Skender Kukalaj a dû suivre durant 2 ans des cours théoriques et pratiques le samedi matin, entre les mois de novembre et d'avril, et un cours bloc de 4 semaines, à Sion et à Sierre. Et bien sûr, il a dû y ajouter une bonne dose de travail personnel. Mais ce maçon, père de 5 enfants aujourd'hui âgés entre 14 et 22 ans, dont il est très fier, est un bosseur. S'il reconnaît que se remettre aux études n'a pas été facile, tout s'est bien passé par la suite. «Il suffit d'étudier une demi-heure par jour, pas forcément tous les jours, mais régulièrement. Il n'y a rien qui tombe du ciel. Mais si on étudie, on réussit.»
Il s'étonne que peu de monde utilise cette possibilité d'obtenir un CFC en cours d'emploi. Dans sa volée par exemple, ils n'étaient que 22 maçons pour tout le Valais. Dix ont abandonné en cours de route et sur les 12 restants, 11 ont réussi leur CFC. «Beaucoup doivent avoir peur, de la langue notamment. A l'examen, il y avait aussi des Portugais. Mais les experts ne se focalisent pas sur l'orthographe. L'important, c'est qu'ils comprennent ce que l'on écrit.» Il balaie aussi les réticences face à la durée de la formation: «Si on aime son métier, il faut suivre les cours! Cela peut paraître un peu long 2 ans, mais c'est vite passé.»

Un «plus» au quotidien
S'il encourage chacun à entreprendre une formation sur le tard, c'est aussi parce que c'est un enrichissement pour le travail quotidien. «Au début, avec mes années d'expérience, je pensais que je savais déjà beaucoup de choses. Mais dans la pratique on ne fait pas toujours juste. Avec ces cours, j'ai appris énormément, c'est un plus dans mon travail de tous les jours. Et j'apprécie de plus en plus mon métier!»
Grâce à cette formation, son patron lui a fait confiance et donné peu à peu davantage de responsabilités. Aujourd'hui, Skender Kukalaj dirige une équipe de 5 à 6 ouvriers. Lecture de plans, traçage, performance et organisation de l'équipe, le travail est varié... «Mais, quand j'ai du temps, je continue à coffrer, à faire de la maçonnerie avec mes collègues», explique Skender Kukalaj, qui s'est lancé dans un nouveau défi en 2009, celui de décrocher le certificat romand de chef d'équipe. Les cours se déroulent comme pour le CFC, sur deux ans et sont dispensés par le centre de formation de l'Association valaisanne des entrepreneurs. Les examens sont prévus au printemps 2011. Cette échéance passée, Skender Kukalaj compte-t-il poursuivre pour devenir contremaître? «Non, je vais m'arrêter là. A mon âge, dit-il en souriant, j'ai envie d'avoir un peu de temps. Surtout pour profiter de mes enfants qui grandissent.» Car Skender est un papa très actif, qui pratique le ski en famille, la marche et accompagne ses deux fistons au foot. Et si, bien que membre d'Unia depuis 15 ans, il va rarement aux assemblées syndicales, c'est que cinq enfants et des cours le samedi, ça occupe! 


Sylviane Herranz

 


 

Edition n° 46 du 17 novembre 2010

 
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