Mesures de lutte empaquetées chez DHL
Préavis de grève chez DHL à Genève

Les employés de DHL à Genève voient rouge. Lundi dernier, lors de leur assemblée générale, ils ont décidé à l'unanimité deux mesures: la première est l'arrêt immédiat de la formation qu'ils doivent dispenser aux salariés venus d'Allemagne, censés les remplacer une fois leur activité délocalisée. La seconde, l'envoi le jour même d'un préavis de grève à la direction, une grève d'ores et déjà programmée cette semaine pour le cas où une rencontre urgente avec cette dernière n'est pas obtenue. «Ces deux mesures de lutte seront renforcées dès la semaine prochaine si l'entreprise ne change pas de position», avertit Jamshid Pouranpir, secrétaire syndical d'Unia à Genève.
Ce qui a mis le feu aux poudres, c'est l'attitude de la direction de DHL Suisse et l'absence de réaction de la maison-mère, Deutsche Post Allemagne, face aux demandes du personnel.
Rappelons que DHL avait annoncé en septembre son intention de rapatrier ses services de comptabilité et de facturation en Allemagne et de supprimer ses centres administratifs de Genève et de Bâle, laissant sur le carreau 48 personnes dans la ville du bout du lac et 38 dans la cité rhénane d'ici à fin février et fin juin.
Le personnel genevois, mobilisé depuis le 3 novembre lors d'assemblées générales se déroulant durant la première heure de travail, a mandaté Unia pour qu'il le représente. A Bâle, c'est le Syndicat de la communication qui s'en charge. Mardi 16 novembre, une première rencontre s'est tenue entre les syndicats et la direction nationale de DHL. Une réunion des plus tendues. «La direction a d'emblée affirmé que les syndicats étaient plus forts en Allemagne et en Autriche qu'en Suisse, ce qui serait l'une des raisons de leur décision de fermer à Genève et à Bâle», indique Umberto Bandiera, secrétaire syndical Unia. Le ton était donné... «On nous a aussi gentiment expliqué que les décisions se prenaient en Allemagne.» La direction a toutefois jugé les licenciements inévitables et a uniquement proposé une aide à la recherche d'emploi pour les salariés.

Donnez-nous les chiffres!
Après cette séance, syndicats et personnel ont exigé que la Deutsche Post Allemagne prenne position sur les revendications des salariés avant la fin de la semaine passée. Notamment sur la question de la sauvegarde des deux sites suisses, et sur le respect de la procédure de consultation en cas de licenciements qui prévoit que des chiffres sur la santé de l'entreprise concernée soient fournis au personnel. Car, selon toute vraisemblance, les deux filiales connaissent une très haute productivité et bénéficient de finances saines. La réponse, venant de la direction suisse, est arrivée en fin de semaine: «DHL refuse toutes les demandes des employés, explique Jamshid Pouranpir. L'entreprise dit qu'elle mènera des entretiens individuels pour discuter d'une prime ou d'un plan social, et qu'elle refuse de négocier avec Unia, alors que nous avons le mandat d'une quarantaine de salariés à Genève.»

Parlement unanime
Vendredi dernier, à l'initiative du Parti socialiste, le Grand Conseil genevois a accepté à l'unanimité moins une abstention, une motion urgente demandant au Conseil d'Etat d'intervenir dans ce conflit. D'une part pour que la procédure de consultation soit respectée et les emplois sauvés. D'autre part, pour que l'entreprise négocie avec le syndicat et enfin pour que l'Etat veille à ce que les sociétés bénéficiant de la promotion économique s'engagent à ne pas procéder à des licenciements collectifs injustifiés. Car l'intérêt public est aussi en jeu. Alors que Deutsche Post DHL annonce des bénéfices records - le bénéfice brut affiche une hausse de 95,7% pour le 2e trimestre 2010 - l'entreprise fait porter le coût social de sa politique sur la collectivité, par l'assurance chômage notamment.
Selon Jamshid Pouranpir, le Conseil d'Etat a d'ores et déjà écrit à DHL et convoqué les partenaires sociaux. «La décision du Parlement est un soutien extrêmement fort pour le personnel. Tous les partis, de gauche comme de droite, sauf un député libéral, et même des secrétaires patronaux membres du Grand Conseil, ont voté la motion!», souligne le syndicaliste.

CK/SH

 


 

Edition n° 47/48 du 24 novembre 2010

 
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