La santé au travail doit être une priorité
Syndicaliste marqué par les stigmates de la vie d'usine, Thierry Cortat puise dans la culture sa force contre l'adversité

Son engagement dans la lutte pour la justice sociale est étayé par une solide argumentation reposant sur une vaste culture. Pourtant, jamais Thierry Cortat n'en fait l'étalage. Ce Delémontain de 52 ans, père de deux enfants, n'est pas un adepte du propos fracassant, ostentatoire. Son militantisme syndical n'en est pas moins très ferme. Il vient encore de le prouver au fil des trois interventions qu'il a faites à la tribune du récent congrès de l'Union syndicale suisse (USS), en qualité de délégué d'Unia Transjurane. Il est aussi de toutes les manifs syndicales, «sauf quand elles tombent sur un samedi où je travaille». Son parcours syndical a commencé avec son adhésion, à 19 ans, à la FTMH. Il a fait partie du comité de section, du groupe jeunesse et de la commission d'apprentissage. Il a siégé dans deux commissions d'entreprise et est actuellement membre du comité d'Unia Transjurane.

La liberté par le livre
Même lorsqu'il sourit, il y a dans le regard de Thierry Cortat un léger voile de tristesse. Le signe que l'homme n'a pas été épargné par les aléas de la vie. «Enfant, on m'a placé plusieurs années dans des internats pour cause de déficience neurologique. A l'époque, ceux qui en souffraient étaient considérés comme des caractériels ou des arriérés. Moi on me plaçait dans la catégorie des arriérés.» Un préjugé à peine croyable, à voir l'intelligence aiguisée de cet autodidacte qui se plaît à dévorer des livres historiques, politiques, biographiques, économiques, sans compter les ouvrages des grands auteurs, comme Hugo ou Voltaire. «La lecture ouvre les portes de la liberté.»
Sorti des internats, Thierry est placé dans un centre de formation de l'AI. «C'était insupportable. J'ai fugué.» Il se débrouille dès lors pour commencer un apprentissage de carrossier avant de bifurquer vers une autre profession et obtenir un CFC de mécanicien de précision. En 1982, il travaille chez Condor à Courfaivre, puis à la coutellerie Wenger où il préside, une année durant, la commission d'entreprise. «Ma permanence était ouverte une fois par semaine et en cas de problèmes urgents, les ouvriers pouvaient me consulter à tous moments dans la semaine. J'aidais les gens à se défendre contre les pressions. Mon engagement était mal vu. Du coup, on me changeait de place dans l'usine et on me donnait des boulots inintéressants.»

La cassure
Le Delémontain part ensuite chez ETA à Granges (SO), où il devient assistant du chef de projet dans une division qui fut détachée de la maison mère avant d'y être réintégrée. Trois ans plus tard, il se voit muté dans la succursale de Fontainemelon dans le canton de Neuchâtel. Le début d'une descente aux enfers. «Je faisais trois heures et demie de courses par jour pour aller au travail. En plus, je suivais un cours de contremaître avec des devoirs le soir. Les journées étaient interminables, tout cela était très lourd à porter.» Et les choses empirent encore lorsque Thierry Cortat est déplacé à Moutier où on le charge de la préparation technique de l'installation d'un parc de machines. «Ces machines n'étaient pas au point. Je subissais des pressions constantes, une forme de mobbing qui me rongeait. L'ambiance était exécrable, insupportable. J'ai fini par craquer complètement.» Gravement. Un burn out qui le conduit à l'hôpital et le pousse à un désespoir marqué par une tentative de suicide.

La chute se termine à l'Assurance invalidité (AI) et par un placement dans une école où le Jurassien décroche un brevet fédéral d'agent commercial. L'occasion de rebondir? Malheureusement, ses multiples postulations restent stériles. «Personne n'a voulu prendre le risque d'engager quelqu'un qui avait une telle cassure dans son CV. J'ai alors trouvé du travail chez mon oncle et lorsqu'il a fermé son entreprise, l'AI m'a placé au bureau d'accueil de Caritas. Et aujourd'hui, je travaille en complément de l'AI, dans un home où je m'occupe de la livraison des repas.»

Durée nette du travail
Affronté avec courage, ce parcours heurté explique sans doute pourquoi Thierry Cortat place la santé au travail au cœur de ses préoccupations syndicales. Et à ce sujet, le temps de travail joue, à ses yeux, un rôle fondamental. «Il faudrait introduire la notion de la durée nette du travail, à savoir la prise en compte des déplacements, du travail partagé, du travail à temps partiel, du travail en équipe. On pourrait aussi développer davantage le télétravail.» Le syndicaliste jurassien plaide pour un observatoire de la santé au travail permettant «d'analyser l'impact de la durée de celui-ci sur la santé des travailleurs». Au chapitre de la santé, Thierry Cortat a également toujours lutté pour une caisse maladie unique et l'instauration d'assurances complémentaires non plus privées mais mutuelles. Une combat aujourd'hui plus que jamais d'actualité. 


Pierre Noverraz

 


 

Edition n° 47/48 du 24 novembre 2010

 
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