Lidl se refait une image sur le dos du personnel
La hard discounter Lidl a négocié en secret une convention collective avec des syndicats minoritaires.

«Le géant allemand vient de confirmer sa triste réputation», estime Unia dans un communiqué de presse. Lidl a annoncé la semaine passée avoir conclu une Convention collective de travail (CCT) avec le syndicat Syna et la Société des employés de commerce (SEC) en écartant sciemment Unia. «Lidl a préféré faire appel à deux organisations dociles et impuissantes plutôt qu'au principal syndicat de la branche», écrit Unia, pour qui ces organisations sont trop faibles pour faire respecter cette convention. Une CCT dont le contenu réel reste ignoré car le document demeure secret. «Cela soulève de grandes questions sur la valeur de cette convention. Lidl disposait déjà de salaires minimaux dans ses règlements internes, mais des dérogations lui permettaient de passer outre. La CCT inclut-elle de telles possibilités?», interroge Vania Alleva, membre du comité directeur d'Unia.
Selon les informations partielles communiquées par Lidl, Syna et SEC, les conditions minimales de la convention paraissent presque s'aligner sur les standards de Migros et de Coop, hormis les questions d'assurances sociales. Mais déjà, à première vue, le libellé de certaines dispositions semble laisser une trop grande marge à l'interprétation. Comme celui des salaires minimaux pour les employés qualifiés, dont il est précisé qu'ils doivent non seulement avoir à leur actif une «formation de base» de deux ou de trois ans, mais également «une expérience professionnelle». Rien n'est précisé sur la nature et la durée de cette expérience... Que va-t-on exiger des employés pour les rémunérer au moins au salaire minimal?

Transparence zéro
Unia dénonce surtout les méthodes douteuses utilisées par Lidl: opacité, négociations secrètes, promesses non tenues. «Lidl nous avait promis de nous informer avant les médias si l'entreprise s'intéressait à conclure une convention collective. Elle nous a appelé 2 minutes avant sa conférence de presse qui allait annoncer la signature de la CCT!» indique Vania Alleva. Mais le plus croustillant reste à venir: «Lidl nous a signifié qu'Unia pouvait adhérer à la CCT en l'état. Quand nous avons réclamé le texte pour pouvoir nous prononcer, la firme nous a signifié que nous ne pourrions le recevoir qu'après avoir décidé d'y souscrire», s'indigne la syndicaliste. La signature d'un chèque en blanc, en quelque sorte... «Quelle vision du partenariat social a donc Lidl? Cette entreprise se moque de la démocratie syndicale. Comment Unia pourrait-il approuver un contrat sans pouvoir en contrôler les termes et sans en connaître le contenu exact? Que cache d'ailleurs ce contrat qui reste secret?»

Pas assez pour vivre
Unia souligne aussi que l'adoption de salaires minimaux s'avère largement insuffisante lorsque les engagements chez Lidl se font systématiquement à 60%. D'autant que la société contraint indirectement les employés à se rendre disponible pour d'éventuelles heures supplémentaires, ce qui les empêche de chercher un autre emploi complémentaire. Par ailleurs, l'intimidation du personnel et de très fortes exigences de performance et de rentabilité sont la règle dans ses magasins. «Régulièrement, des employés viennent se plaindre à Unia. Les cas de traitement injuste par la hiérarchie font visiblement partie du quotidien professionnel.»

Unia soutiendra les employés
Unia s'est fermement engagé contre de tels abus dès l'arrivée de Lidl sur le marché helvétique. En 2009, le syndicat lui a envoyé un catalogue de propositions d'améliorations urgentes portant sur les contrats de travail et les conditions de travail. Et suite à l'intervention d'Unia, Lidl a récemment dû annuler une réduction forcée du taux d'occupation à 60% de plusieurs de ses collaborateurs. «Le groupe Lidl juge visiblement inacceptable qu'Unia s'engage pour ses employés. Quant à Syna, ce syndicat y perdra son âme!»
Aujourd'hui, Unia déplore surtout que les quelque 1300 employés de Lidl en Suisse se voient privés d'une représentation indépendante. Mais le syndicat ne renonce pas pour autant: «Unia observera encore de plus près cet acteur du marché et soutiendra par tous les moyens les salariés qui ne veulent pas se laisser faire.»


Christophe Koessler

 

 


 

Edition n° 50 du 15 décembre 2010

 
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