Concilier le travail et le handicap mental
Les handicapés psychiques ne sont pas condamnés à produire pour beurre. Exemple avec l'atelier APR à Reconvilier

Il y a quelques années, les personnes souffrant d'un handicap mental étaient souvent réduites à ne produire que des objets futiles ou inutiles. Aujourd'hui, elles peuvent travailler pour l'économie réelle, en faisant valoir des compétences multiples. Reportage à l'Atelier de production et de réinsertion de Reconvilier.

Même s'il reste prisé des amateurs de barbecue, le petit fagot d'allume-feu n'est plus le produit phare de l'Atelier de production et de réinsertion (APR). Loin s'en faut. Cette institution non médicalisée qui emploie une centaine de personnes handicapées psychiques, à Reconvilier et à Courtelary, a pris depuis quelques années le virage de la diversification et de l'industrialisation. «Cela permet de mieux mettre en valeur les compétences des personnes tout en valorisant leur travail», indique Pierre-Michel Raetzo, directeur de l'APR.

Intégré dans le réseau industriel
Orientés principalement vers la sous-traitance, les ateliers disposent aujourd'hui de centres d'usinage, de tours automatiques à commandes numériques (CNC) avec fabrication assistée par ordinateur (FAO). Ils sont également équipés de machines destinées notamment au fraisage, au perçage, au planage, à l'anglage ainsi que d'équipements d'emballage, de conditionnement, de comptage et de contrôle. Les clients, parmi lesquels figurent des noms prestigieux, sont issus pour la plupart de l'industrie des machines et de l'horlogerie. «Notre atout, c'est de faire ce que les autres ne font pas, par exemple le pliage de tuyaux pour le système électrique de tours automatiques. Nous avons également la souplesse nécessaire pour réaliser rapidement des pièces non complexes, des montages électriques simples, des reprises de pièces de décolletage», précise le directeur. A cette palette d'activités s'ajoute encore quelques services, en particulier la compilation de documents et la mise sous pli de publicités ou de matériel de vote.
Dernièrement, l'institution a ajouté une corde à son arc en se lançant dans le conditionnement et la commercialisation d'engrais provenant de la dessication des déchets de cuisine des hôpitaux du Jura bernois. «Un beau défi qui nous permet de donner du travail à quatre personnes», note Dominique Ruch, responsable de cette nouveauté.
L'APR a su s'insérer pleinement dans le tissu industriel de la région. En témoigne son chiffre d'affaires gravitant autour de 1,2 million de francs par année mais aussi sa présence remarquée à toutes les éditions du SIAMS, le Salon des industries de l'automation et des microtechniques qui se tient chaque année à Moutier. «Nous sommes également membre de la Chambre d'économie publique du Jura bernois», souligne Pierre-Michel Raetzo. Côté qualité, l'APR n'est pas en reste non plus puisqu'elle bénéficie du label ISO 9001.

Le poids de la crise
Permettant un autofinancement entre 30% et 40% selon les années, le rendement économique revêt une importance non négligeable mais il reste secondaire. «Le but est d'offrir à ces personnes un travail enrichissant qui permette une réinsertion sociale et professionnelle, soit dans nos ateliers, soit à l'extérieur», souligne Pierre-Michel Raetzo.
Et la crise? «Elle a pesé assez lourdement sur nos activités. En 2009, les commandes des clients ont nettement reculé au point que nous ne pouvions parfois plus occuper les gens. Il a fallu trouver un certain nombre d'occupations annexes, par exemple l'entretien de pâturages ou le nettoyage de tondeuses.»
Institution publique, l'APR, tout comme ses pairs en Suisse, doit faire face au fait que depuis plusieurs années, les entreprises n'engagent quasiment plus de personnes handicapées. «Les gens frappés par un handicap psychique sont très difficile à insérer dans l'économie. A l'échelle romande, seulement 2% ont pu trouver un emploi. Cela tient au fait que les exigences se sont durcies dans les entreprises. Les cadences de travail y sont importantes et les problèmes de stress se multiplient. Dans de telles conditions, comment voulez-vous que des gens qui souffrent déjà de gros problèmes puissent s'adapter. Ils sont trop décalés et nous sommes là pour les aider.»


Pierre Noverraz

 


 

Edition n° 50 du 15 décembre 2010

 
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