La Confédération doit prendre ses responsabilités
Trente-cinq nettoyeurs sont licenciés parce que leur employeur a perdu un contrat à l'Office fédéral de la statistique

Trente-cinq personnes occupées au nettoyage des bureaux de l'Office fédéral de la statistique, à Neuchâtel, ont été licenciées pour la fin de cette année. Leur employeur, Honegger Nettoyages, a perdu le mandat au profit d'une société qui a proposé des prix inférieurs. Unia s'insurge contre ces licenciements et demande à la Confédération de prendre ses responsabilités.

Mercredi 15 décembre, 7 heures le matin, une trentaine de permanents et militants syndicaux d'Unia ont bravé le froid glacial pour manifester devant l'imposant bâtiment de verre de l'Office fédéral de la statistique (OFS) à Neuchâtel. Calicots et tracts à l'appui, ils ont dénoncé le licenciement, pour début janvier, de 35 personnes occupées au nettoyage des bureaux de cet office. Leur employeur, Honegger Nettoyages SA, a pris cette décision, après qu'on lui ait retiré ce mandat. C'est en effet à une autre entreprise, Vebego Facility Services SA, qu'incombera cette tâche, dès le début de l'année prochaine. Ce changement est le résultat d'un appel d'offres lancé par Cofely, filiale de la multinationale GDF Suez, la société mandatée par l'Office fédéral des constuctions et de la logistique infrastructures (OFCL) pour s'occuper de la gestion et de l'entretien technique du bâtiment.

Berne se cache derrière les sous-traitants
Mandaté par le personnel concerné, Unia demande à ce qu'une partie des contrats des personnes licenciées soient repris par le nouvel employeur et qu'un plan social soit accordé aux personnes qui perdraient leur travail. Or, malgré plusieurs interventions en ce sens, le syndicat s'est longtemps heurté à une fin de non-recevoir. La Confédération «s'en lavait les mains», selon l'expression du secrétaire syndical Lucas Dubuis, en charge de cette affaire pour Unia Région Neuchâtel. «Les personnes frappées par ces licenciements nettoient les bureaux d'un office fédéral gérés par un autre office fédéral. Et la Confédération osait prétendre qu'elle n'a rien à voir avec cela!» Quelques heures après la manifestation d'Unia, la Confédération a publié un communiqué dans lequel elle a prétendu ne pas pouvoir intervenir dans la décision de son sous-traitant. «L'OFCL et l'OFS n'ont aucun moyen de l'infléchir. Ils n'ont donc pas non plus d'influence sur les licenciements intervenus chez Honegger Nettoyages SA en raison de ce changement de sous-traitant.» Circulez, il n'y a rien à voir... «La Confédération fuit ses responsabilités sociales en se cachant derrière une cascade de sous-traitants. Le nettoyage de ces bureaux s'effectue pourtant avec l'argent de la Confédération, donc du contribuable. Et on sait que qui paie commande.»
Lueur d'espoir, l'OFS jusqu'alors fermée au dialogue, a fini par prendre contact avec Unia pour une entrevue. L'ébauche d'une solution? La réponse sera tombée à l'heure où nous mettons sous presse.


Les dégâts de la privatisation

La société qui a décroché le travail mis en adjudication par le sous-traitant de l'Office fédéral des infrastructures offre des conditions de travail déplorables. «Tous les salaires sont au minimum de 16 fr. 55 brut à l'heure et, s'il n'y avait pas de CCT dans le nettoyage, ce serait sans doute encore pire; il n'y a pas de caisses de retraite et les contrats sont précaires.» Jacques Robert, responsable du secteur du nettoyage à la direction d'Unia, juge cette affaire révélatrice du démantèlement des services de l'Etat. «Tout cela est le résultat des actes de ceux qui, comme à l'UDC, ne cessent de réclamer des coupes dans les budgets publics tout en louant les vertus de la privatisation. La Confédération est priée par ces gens de faire des économies à tout prix. Et voilà comment on en arrive à multiplier les sous-traitants et, finalement, à ne plus assumer ses responsabilités, à laisser des privés profiter à leur guise de l'argent public.» La manne est en effet intéressante. Selon un récent communiqué, l'OFS dispose en effet d'un budget de 1,6 million de francs par année pour ses travaux de nettoyage. «Or nous évaluons très largement le salaire et les charges sociales des nettoyeurs à 500000 francs. Il reste donc 1,1 million. Cette somme va en partie dans les produits de nettoyage et les travaux spéciaux mais il reste sans doute encore une marge très importante pour les bénéfices des sociétés privées», calcule Lucas Dubuis.


Pierre Noverraz

Pour soutenir les employés du nettoyage en lutte pour leur travail, une pétition est en ligne sur le site http://www.unia.ch

 


 

Edition n° 51/52 du 22 décembre 2010

 
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