Il faut augmenter le pouvoir d'achat des salariés
L'Union syndicale suisse plaide pour des salaires et une fiscalité plus équitables

L'Union syndicale suisse (USS) place ses priorités pour cette année 2011 sur le terrain de l'équité salariale, fiscale et sociale. Elle revendique des emplois stables et des salaires équitables. Face à l'élargissement du fossé entre petits et gros revenus, elle plaide pour une fiscalité plus juste et pour la consolidation des assurances sociales. L'USS demande également des mesures antispéculatives pour endiguer la crue du franc suisse.

L'Union syndicale suisse (USS) a dressé le catalogue de ses priorités pour cette année 2011 lors de sa conférence de presse annuelle, la semaine dernière à Berne. Premier constat, les syndicats sont parvenus à élargir le champ des conventions collectives et ont obtenu dans de nombreuses branches, des augmentations de salaire (les employeurs du secteur de la construction feraient bien de s'en inspirer). En parallèle, ils ont joué un rôle non négligeable pour la préservation de l'emploi face à la crise, via notamment les mesures de chômage partiel pour les entreprises en difficulté. Et sur le front social, ils ont réussi à bloquer trois tentatives de démantèlement: primo le hold-up sur les rentes du 2e pilier, secundo le projet de relèvement de l'âge de la retraite assorti de baisse des rentes et, tertio, le projet de démantèlement de l'assurance accidents. Mais comme l'atteste l'échec du référendum contre la péjoration de l'assurance chômage, toutes les batailles n'ont pas été gagnées.

La fracture salariale
Le combat prioritaire reste celui de la justice salariale, sociale et fiscale. «L'évolution la plus lourde de conséquences funestes de ces dix à vingt dernières années est l'accroissement des inégalités en matière de répartition des revenus et de la fortune», déplore Paul Rechsteiner, président de l'USS. «Elle est alimentée par une explosion des hauts et très hauts revenus et fortunes et s'accompagne de privilèges fiscaux dont le commun des mortels est exclu. Après les hausses incessantes des primes de caisses maladie et des loyers, les salariés ordinaires n'ont pas plus d'argent à disposition qu'il y a dix ans.» Une affirmation que viennent étayer les chiffres cités par Daniel Lampart, économiste en chef et premier secrétaire de l'USS. «Le nombre des salariés gagnant un million ou plus est passé d'environ 500 en 1996 à 2800 en 2008. Les salariés ordinaires ont en revanche subi une pression constante sur leurs revenus. Ils produisent plus, mais n'en gagnent pas pour autant davantage.»
Ainsi, en l'espace de ces huit dernières années, les ressources annuelles nettes d'une famille de quatre personnes disposant d'un salaire moyen ont diminué de 1400 francs alors que celles des familles plus aisées ont augmenté de 19000 francs.

Précarisation du travail
Pour l'essentiel, la richesse des uns est reliée à la pauvreté des autres, autrement dit la rémunération excessive des actionnaires, des financiers et top-managers ne peut se faire qu'au détriment des salariés, via la vampirisation de la valeur de leur travail. Pour le reste, Daniel Lampart explique la stagnation du pouvoir d'achat des salariés ordinaires par un certain nombre de raisons: il y a le chômage dont chaque pour-cent correspond à un recul moyen de 0,5 de la masse salariale générale, le travail temporaire bon marché, notamment celui des entreprises étrangères qui détachent des travailleurs en Suisse en se livrant illégalement à la sous-enchère salariale. A noter aussi l'externalisation de certains travaux que des employeurs confient à des entreprises à bas salaires (par exemple des banques confiant leurs nettoyages à des entreprises extérieures qui versent 25% de moins à leurs employés). A cela s'ajoutent encore les salaires discriminatoires dont sont victimes les femmes ainsi que la dégradation progressive des salaires dans la fonction publique, à la suite de programmes d'économies de la Confédération, des cantons et des communes.

Justice fiscale
La répartition inégale des revenus est encore aggravée par une fiscalité qui privilégie les plus riches. Au fil d'une succession de réformes engagées il y a une dizaine d'années, les impôts sur la fortune, les hauts revenus et les bénéfices des entreprises ont baissé globalement de 7 milliards de francs par an. On voit ainsi se multiplier le nombre d'actionnaires bénéficiant de rabais fiscaux de plusieurs millions alors que les salariés ordinaires font face cette année à une augmentation de la TVA et de différentes taxes. «La charge supplémentaire supportée par le biais des impôts indirects depuis le début des années 1990 s'élève à 17 milliards de francs par année», souligne Daniel Lampart. Toujours au chapitre fiscal, l'USS s'insurge aussi contre les faveurs dont jouissent les richissimes héritiers, «une initiative pour un impôt sur les successions est aujourd'hui en préparation et les syndicats la soutiendront», avertit le président de l'USS, Paul Rechsteiner.
Histoire de relancer et soutenir l'emploi, en particulier dans les secteurs liés à l'exportation, l'USS continue également à demander des mesures visant à contrer la spéculation qui fait enfler le franc suisse. Les banques sont dans son collimateur. «On ne comprend pas pourquoi, par exemple, l'UBS est autorisée, avec l'argent à bon marché fourni par la Banque Nationale, à spéculer contre l'euro et aux dépens du franc», tonne Paul Rechsteiner.
Trop souvent marginalisé au profit du capital, le travail doit être replacé au cœur de l'économie et du tissu social.

Pierre Noverraz



Les revendications de l'Union syndicale Suisse

• Tous les salaires doivent être protégés par des salaires minimums, cela par le truchement de conventions collectives et d'un salaire minimum légal de 22 francs de l'heure, comme le prévoit l'initiative de l'USS, dont la récolte des signatures commencera à fin janvier 2011.

• Il faut abandonner la politique salariale individualisée. Les hausses générales de salaire doivent être mises au premier plan. Les bonus doivent être remplacés par un 13e salaire. Ainsi, il y aura plus d'argent à disposition pour des hausses générales de salaire pour les salariés et salariées ordinaires, ainsi que pour mettre fin à la discrimination salariale des femmes.

• Plus question de faire de cadeaux fiscaux aux riches et aux hauts revenus. L'USS rejette les baisses d'impôts en faveur de l'épargne logement, la suppression du droit d'émission sur les obligations ainsi que la révision de l'imposition de la propriété du logement.

• L'assurance maladie doit être financée de manière plus équitable. Personne ne doit être obligé de dépenser plus de 8% de son revenu pour ce poste. Il faut donner la priorité à des réductions de primes plus fortes.

• Il faut développer la construction de logements d'utilité publique. La Suisse a besoin d'au moins 100000 appartements supplémentaires financièrement accessibles.

USS

 

 

Trop d'emplois temporaires!

Le travail temporaire prend des dimensions alarmantes. Dans le secteur secondaire par exemple, les emplois de ce type ont augmenté de 8000 unités au cours du dernier trimestre de l'année dernière, alors que dans le même temps seulement 4300 engagements fixes étaient enregistrés. Ceci signifie qu'en trois mois, 4000 emplois stables ont disparu. «Ce travail temporaire accentue la pression baissière sur les salaires et favorise le travail précaire», s'inquiète l'économiste de l'USS Daniel Lampart. «La branche du travail temporaire doit être soumise d'urgence à une convention collective de travail de force obligatoire, prescrivant des salaires minimums. Les cantons doivent contrôler rigoureusement ces entreprises intérimaires et leur retirer leur autorisation d'exercer en cas de violation de la loi.»

PN



Pour une retraite décente

Les syndicats entendent également poursuivre leur lutte pour préserver les assurances sociales des tentatives de démantèlement de la droite parlementaire et des appétits des assureurs privés. Doris Bianchi, chargée du dossier des assurances sociales à l'USS, met notamment l'accent sur la nécessité de garantir à toutes et à tous une retraite décente. «Les rentes AVS et du 2e pilier touchées par les salariés ordinaires sont le plus souvent comprises entre 3000 et 3500 francs, ce qui ne permet pas de vivre décemment.» Aussi l'USS va-t-elle s'atteler cette année à peaufiner son nouveau modèle «AVS+» destiné à garantir aux revenus inférieurs à 5000 francs par mois un taux de remplacement du salaire à la retraite à hauteur de 80%, au lieu des 60% appliqués jusqu'ici. Doris Bianchi plaide également pour le maintien du contrôle paritaire du 2e pilier, pour une assurance maladie plus équitable et contre les détériorations de l'assurance invalidité qui ne doit pas se transformer en machine à exclure celles et ceux ayant été broyés par les aléas de la vie et la dureté du travail.

PN


 

Edition n° 1/2 du 12 janvier 2011

 
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