La sécurité passe aussi par une bonne ambiance de travail
Le 2ème prix Suva de la sécurité a été remporté par une ébénisterie qui privilégie les conditions de travail et le savoir-faire

La reconnaissance des compétences du personnel, le respect des conditions de travail et l'ambiance dans l'entreprise font aussi partie des éléments qui favorisent la sécurité au travail. C'est ce qu'a reconnu la Suva en attribuant le mois dernier son Prix 2010 de la sécurité à la menuiserie-ébénisterie Gerber & Bögli, à Tavannes. Reportage.

Située à la sortie est de Tavannes, la menuiserie-ébénisterie Gerber-Bögli, au premier abord, ne paie pas de mine. Pas de devanture tapageuse ni de hall de réception clinquant. La richesse se trouve à l'intérieur. Sitôt la porte de l'atelier franchie, on découvre la fabrication de produits de haute qualité: mobilier scolaire, portes, parois, meubles divers, mais aussi des cuisines agencées individualisées qui trouvent une clientèle jusque dans l'Arc lémanique, sans autre publicité que celle du bouche-à-oreille. «Nous travaillons en étroite collaboration avec des architectes qui savent que nous avons des compétences particulières dans la combinaison de matériaux comme l'inox, le verre, la pierre naturelle ou le béton», précise le jeune contremaître Matthias von Allmen, rivé à son écran montrant un plan de maison contemporaine dont il s'attelle à concevoir la fabrication et le montage du mobilier.

«On en parle»
Cette entreprise qui emploie 14 personnes, dont 3 apprentis, vient de recevoir, le 14 décembre dernier, le 2e Prix Suva de la sécurité. «J'ai été spécialement heureux de voir que l'on reconnaissait ainsi les efforts d'une petite entreprise», se félicite l'employeur, Daniel Scheidegger. Pour sa part, Marc Truffer, chargé à la Suva du dossier de la sécurité au travail souligne «l'engagement de la direction, sa volonté de bien faire, de prendre en compte la sécurité à tous les niveaux, en particulier dans ses investissements. L'employeur a multiplié les mesures de sécurité, avec pragmatisme, sans paperasses inutiles.» Mais manifestement, l'entreprise a aussi convaincu le jury par sa façon de concevoir les rapports de travail. «Je pense que la Suva a apprécié le fait que nous misons sur un personnel stable et bien formé, en accordant la priorité au dialogue et à l'autonomie de chacun», souligne Pascale Gerber, secrétaire depuis trente ans de cette ébénisterie dont elle est un peu le pivot, la coordinatrice et la mémoire. «Nous ne prétendons pas être au top de la sécurité mais nous cherchons à identifier les problèmes qui subsistent et nous nous attachons à leur trouver des solutions. Quand quelque chose ne fonctionne pas, on en parle.» Un constat que partage Eric Houmard, responsable du parc de machines, en particulier d'une CNC polyvalente: «Le jury s'est montré sensible au fait que nous réalisions nos produits de A à Z, ce qui demande un certain savoir-faire et un sens des responsabilités.» Des qualités qui renforcent la prévention.
Matthias von Allmen confirme: «La sécurité et la santé sont des éléments dont on se préoccupe tout le temps, à chaque étape de notre travail.» Résultat: le parc de machines est assez moderne et ses éléments principaux sont reliés à un système d'aspirateur central destiné à éliminer les poussières. Quant aux travaux de manutention, ils sont allégés grâce à des élévateurs, des transpalettes et des chariots.

Le temps de la réflexion
Autre élément décisif: les équipes qui se rendent sur les chantiers, là où les risques sont les plus élevés, sont pratiquement toujours composées des mêmes personnes, de quoi assurer un bon niveau d'expérience et de compétence. Cette volonté de stabilité se retrouve d'ailleurs dans la politique d'embauche de l'entreprise. «Nous ne travaillons pas avec des temporaires que l'on met sous pression et qu'on jette quand on n'en a plus besoin. Nous préférons garder des personnes fixes qui s'attachent à l'entreprise», souligne Daniel Scheidegger.
Le jeune menuisier Jérémie Habegger nous fait une démonstration de pose de barrettes de sécurité sur une toupie, machine servant notamment à effectuer des rainures ou des moulures. «C'est important de toujours s'en servir. Mais la sécurité ne dépend pas seulement de la technique mais aussi de l'ambiance de travail. Ici, ce n'est pas le style vite, vite, vite pour gagner le maximum possible en un minimum de temps. On a le temps de réfléchir et s'il y a un problème, on en parle. Cela contribue aussi à éviter des accidents et au bout du compte, on finit par gagner du temps parce qu'on fait moins d'erreurs.» Autre élément positif: un travail varié. «Je crois que c'est aussi un bon point pour la santé et la sécurité. Quand tu fais un travail répétitif, tu finis par ne plus y penser. Tu te laisses piéger par l'habitude.»
A l'évidence, cette entreprise a su placer la sécurité dans une logique de responsabilité et de dialogue.


Pierre Noverraz

 

 

 


 

Edition n° 3 du 19 janvier 2011

 
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