Climat constructif chez Caran d'Ache
Marie-Ange Mirto se dédie depuis 15 ans à l'amélioration des conditions de travail chez Caran d'Ache.

Marie-Ange Mirto a compris très tôt que rien ne pouvait avancer sans se mobiliser. Dès son adolescence, dans son village natal du Portugal, elle participe à des réunions d'habitants pour améliorer les conditions de vie dans la commune. Aujourd'hui vice-présidente de la commission ouvrière de Caran d'Ache à Genève, la militante est aussi frappée, à la fin des années 1970, par la difficulté de trouver un emploi lorsque le Portugal se voit contraint de quitter ses colonies: «De nombreux colons revenaient d'Afrique et le marché de l'emploi était saturé», explique-t-elle. Une situation qu'elle vit comme une injustice pour les Portugais du continent. Pour cette raison, elle décide de partir pour la Suisse où elle a l'opportunité de remplacer sa marraine dans une clinique à Gland. En 1982, elle est engagée comme polisseuse dans l'unique fabrique de Caran d'Ache, qui produit crayons, stylos, plumes, peintures et pâtes à modeler pour l'ensemble de la Suisse et le marché mondial. Elle adhère vite à la Fédération des ouvriers du bois et du bâtiment (FOBB), l'un des ancêtres d'Unia. Ce n'est que bien des années plus tard, au milieu des années 1990, qu'elle rejoint la commission ouvrière de l'entreprise, chargée de négocier la Convention collective de travail (CCT) de Caran d'Ache en coopération avec le syndicat. «Les relations avec la direction étaient souvent tendues, le ton montait très vite», se souvient Marie-Ange en évoquant les débuts de son expérience de déléguée du personnel.

Le dialogue et la force
Depuis, de l'eau a coulé sous les ponts. Les trois membres de la commission ouvrière, aujourd'hui toutes des femmes, notent une nette amélioration du climat de négociation depuis une dizaine d'années dans l'entreprise, qui compte environ 260 employés à Thônex: «Actuellement, quand on négocie, on s'offre d'abord le café entre employés et membres de la direction. Les représentants du personnel ne sont pas pour autant des béni-oui-oui. Si on doit avoir recours à l'Office cantonal de l'inspection et des relations de travail (Ocirt), on le fait», indique Marie-Odile Messerli, présidente de la commission ouvrière. C'est ce qui s'est produit au début des années 2000. Alors que personnel et direction s'étaient mis d'accord sur la mise en place d'une étude d'évaluation de la valeur salariale de chaque poste de travail - qui devait servir à la mesure de l'égalité salariale entre hommes et femmes dans l'entreprise - la direction a refusé de rendre publics les résultats. Après l'intervention de l'Ocirt, cette dernière a fini par céder et les inégalités salariales entre hommes et femmes ont été en grande partie corrigées.

Le mobbing contré
«Cet épisode a transformé nos rapports avec la direction. Aujourd'hui, si nous insistons sur un point, nous sommes écoutés», souligne Marie-Ange Mirto, qui relève l'importance cruciale du soutien d'Unia. Depuis lors, d'autres avancées ont pu être obtenues, notamment grâce à un dialogue de qualité avec la directrice des ressources humaines (RH) recrutée au début des années 2000. Progrès le plus significatif de ce nouveau climat de confiance et de respect: la mise en place d'une commission chargée d'examiner en toute objectivité les cas de mobbing supposés. Un problème aigu auquel l'entreprise n'avait pas su faire face jusqu'alors. Cette cellule composée d'un représentant de la commission ouvrière et d'un membre des RH a déjà statué sur une dizaine de cas, pour lesquels une solution a, à chaque fois, été trouvée: un transfert dans un autre atelier, une mise au point entre les parties, voire dans le cas le plus extrême, le licenciement d'un supérieur hiérarchique. Cette prise en compte des problèmes humains dans l'entreprise représente aujourd'hui le principal point fort de Caran d'Ache. Autre exemple: un médecin-conseil mandaté par la direction tient une permanence chaque mois dans les locaux de l'usine. Marie-Ange Mirto a pu, comme d'autres, le consulter notamment sur une tendinite liée à la posture exigée par son poste de travail et aux gestes très répétitifs imposés par son activité.

Aménagements des horaires
En 2009, les délégués du personnel ont aussi réussi à obtenir des aménagements d'horaires pour les travailleurs devant s'occuper de proches. Le principe a été couché noir sur blanc dans la CCT. «Si la plupart des chefs donnaient déjà une telle possibilité aux salariés, une minorité y était récalcitrante. Formaliser cette pratique permet aujourd'hui à tous les employés de pouvoir y avoir accès.» Certains peuvent prendre un vendredi après-midi de congé et rattraper leurs heures le matin ou en fin d'après-midi. D'autres doivent s'absenter trois jours d'affilée et rattrapent leurs heures manquées lors des semaines qui suivent...
Aujourd'hui, reste en priorité à améliorer les salaires, en particulier d'embauche, qui restent particulièrement bas chez Caran d'Ache - même si un bonus pouvant aller jusqu'à 7% du salaire vient compléter la paie de base. De même, faire passer les vacances à 5 semaines pour tous apparaît comme une évidence - la plupart des CCT de ce pays garantissant ce minimum. Mais pour atteindre ces objectifs, relève Marie-Ange Mirto, un engagement syndical plus fort des quelque 160 travailleurs concernés par la CCT sera nécessaire! Appel aux intéressés...


Christophe Koessler

 


 

Edition n° 3 du 19 janvier 2011

 
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