La complexité du vivant me fascine
Responsable de recherche à l'Université de Lausanne, Alena Donda consacre son quotidien à la lutte contre le cancer

Brrr... Rien que le mot déjà fait froid dans le dos. Pas à Alena Donda qui se penche sur le cancer au quotidien, cherchant avec son équipe des pistes pour combattre la maladie. «A force, le mot m'est devenu familier, beaucoup moins effrayant que par le passé. D'autant plus qu'on assiste à de réels progrès dans le domaine» déclare la responsable de recherches à l'Université de Lausanne. Titulaire d'un doctorat en biologie, cette femme de 50 ans consacre aussi son temps à la rédaction de projets et d'articles pour des revues scientifiques, à la recherche de subsides et à la formation d'étudiants.

Sept événements
Pour qu'un cancer se déclare plusieurs «événements» doivent entrer en ligne de compte. «Il peut y avoir au départ une prédisposition dans la famille, une mutation transmise à la descendance» explique Alena Donda, précisant toutefois que ce seul facteur héréditaire ne suffit pas au déclenchement de la maladie. «D'autres carcinogènes propres à modifier l'ADN influent aussi sur le processus.» Et de citer par exemple le tabac, les substances toxiques, les UV, la nourriture et, partant, l'obésité... qui, petit à petit, additionnés, composeront les «sept événements» nécessaires au développement d'un cancer. Quant au psychisme, il pourrait aussi jouer un rôle bien qu'aucune preuve scientifique ne vienne corroborer cette hypothèse. «Les personnes dépressives ou déprimées sont plus souvent malades, contrôlent et luttent moins bien contre les événements... Les bilieux qui souffrent de problèmes digestifs risquent, à terme, une inflammation chronique susceptible de provoquer un cancer du côlon et de l'estomac. Mais ce n'est pas toujours le cas. Pour certains, il ne se passera rien de plus grave.» En moyenne, une personne sur trois développe un cancer au cours de son existence. Alena Donda rappelle toutefois que l'on vit de plus en plus vieux. Même si la maladie est en recrudescence chez les jeunes. «Pollution, ensoleillement, diminution de la couche d'ozone... sont autant de pistes creusées pour tenter de trouver une explication au phénomène.»

L'union fait la force
De manière très simplifiée, le cancer est le résultat d'une prolifération de cellules anarchiques et organisées en même temps, échappant au système immunitaire. La chercheuse se consacre à la quête de solutions propres à générer une réponse immunitaire antitumeurs et à combattre les mécanismes qui empêchent les anticorps de faire leur travail. «Nous travaillons en particulier sur les mélanomes et le cancer de la prostate.» Pour mener à bien la démarche, des expérimentations sont faites sur des souris sur lesquelles on tente des traitements, après les avoir rendues malades. L'obtention de résultats, précise la scientifique, peut déboucher sur des essais cliniques sur des patients en fin de vie. Avec leur consentement, il va de soi. «Nous voyons alors s'il y a une réponse, même vague, à ces tests... Mais un seul groupe de recherches parvient rarement à mettre au point un médicament. Cette issue résulte plus généralement de la mise en commun de découvertes.»

Une part de magie
Pas de quoi décourager la scientifique, auteur en 2008 d'un article sur la manière de cibler les lymphocytes, remarquée par une société américaine qui depuis finance une recherche sur le cancer du sein et du colon. «Une discussion interviendra en décembre pour l'éventuel démarrage d'une phase clinique, mais dans ce domaine les processus sont longs. Nombre d'expériences n'aboutissent pas. Des traitements très efficaces ne peuvent parfois être administrés en raison de leurs effets secondaires mortels, leur action restant difficile à isoler sur la tumeur seule. En même temps, on parvient petit à petit à comprendre comment ça fonctionne» relève Alena Donda, passionnée par son travail. «C'est extraordinaire d'imaginer l'univers d'une tumeur. Je suis fascinée de voir comment prolifèrent les cellules de manière chaotique et organisée en même temps. Entre hasard, sélection...» Les chercheurs n'auraient-ils somme toute d'autres visées que de tenter de percer le mystère de la vie? «On le dit rarement car cela prête à sourire, mais c'est ce qui nous tient» répond la doctorante, confiant son émerveillement pour la machine humaine. Et de préciser avec humilité qu'elle ne pense pas que la science puisse jamais tout expliquer, la vie ne cessant d'évoluer et de développer de nouveaux mécanismes. Pas de références à une énergie supérieure pour autant. Mais plutôt de l'admiration pour «la créativité s'exerçant dans le système pathologique comme une tumeur ou celui de son hôte». «C'est difficile d'avoir dès lors un regard purement matérialiste. On aurait pu faire beaucoup plus simple. Il y a une part de magie qui demeure...»


Sonya Mermoud

 


 

Edition n° 5 du 2 février 2011

 
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