Quelle orientation pour Unia
L'assemblée nationale des délégués a lancé le processus de définition des étoiles fixes du syndicat

Après un intense travail effectué sur le renforcement du réseau de personnes de confiance et de militants, les membres actifs d'Unia et sa direction démarrent aujourd'hui une large discussion sur les buts et les orientations politiques du syndicat. Explications d'un responsable et réactions de militants.

Après les personnes de confiance, devenues militantes et militants en Suisse romande comme en a décidé le congrès d'Unia de décembre 2010, voici les «étoiles fixes» du syndicat. L'assemblée des délégués du 29 janvier dernier à Berne a décidé de lancer le processus d'élaboration de ces étoiles fixes, dans le but de doter Unia de points d'orientation qui seront soumis au congrès ordinaire de décembre 2012. Ces étoiles fixes font partie de la stratégie visant à renforcer Unia en renforçant le travail avec les militants, connue sous le nom de Unia Forte. Celle-ci a fait ses premiers pas avec les discussions sur la place des personnes de confiance, qui ont abouti à un texte d'orientation adopté au congrès de décembre à Lausanne. La définition des étoiles fixes constitue l'un des pas suivants.
Nico Lutz, l'un des responsables d'Unia Forte, nous éclaire sur ce concept et la démarche initiée par l'assemblée des délégués.

QUESTIONS/REPONSES

Que recouvre le concept d'étoiles fixes?
Notre but est de changer les rapports de force dans notre société. La question est comment y arriver et surtout pour quels buts. Les étoiles fixes représentent des points d'orientation vers lesquels nous devons nous diriger, des points de repère. Comme syndicat, nous avons besoin d'une motivation qui ne soit pas qu'individuelle mais qui contienne aussi une vision collective.
Notre objectif est que d'ici au congrès de décembre 2012, une large discussion s'engage pour définir quelques étoiles fixes. Un premier débat a eu lieu lors de notre rencontre d'Olten en 2010. Nous allons intensifier les échanges afin d'avoir un premier document au début de l'année prochaine.

Parmi les thèmes proposés figurent la transformation de l'économie, la répartition du travail, la redistribution des richesses. Ne cherche-t-on pas à doter le syndicat d'un programme politique?
Pour moi, Unia est une organisation politique. C'est pour cela que nous devons avoir une vision commune. Bien sûr, il ne s'agit pas de faire de la politique parlementaire. Nous devons rester indépendants des partis et de leur agenda. Mais pour prendre un exemple, le combat pour la défense de la Convention nationale de la construction est fortement politique car il s'agit là de la question centrale des conditions de travail et de salaire dignes. Ça concerne directement la redistribution des richesses dans ce pays. Les questions salariales, de l'égalité ou la défense des assurances sociales sont des questions politiques. Sans orientation claire, nous ne parviendrons pas à changer le rapport de force politique actuel.

Les valeurs d'égalité, de solidarité, la lutte pour une société qui ne serait plus dominée par le capital, sont déjà présentes dans les statuts du syndicat. Pourquoi cette nouvelle discussion?
C'est vrai, nous avons déjà publié plusieurs textes sur les orientations du syndicat. Mais dans le débat sur les étoiles fixes, le processus est aussi important que le résultat. Il faut qu'il y ait des discussions sur les fondements de nos revendications. Dans notre vie quotidienne, nous sommes centrés sur des questions très concrètes. Avec le débat sur nos points de repère, il s'agit d'ouvrir un espace de réflexion pour mener une discussion collective qui donnera une orientation à tous ceux qui s'engagent pour Unia. Nous voulons une discussion la plus large possible pour que le congrès de 2012 puisse décider des étoiles fixes. De là découlera notre stratégie pour les années suivantes. 


Propos recueillis par Sylviane Herranz

 





Entre engagement concret et philosophie, le débat est lancé!

A l'issue de l'assemblée des délégués du 29 janvier, L'Evénement syndical a demandé à quelques participants ce que représentaient pour eux ces «étoiles fixes»

«Je ne connaissais pas du tout ce concept d'étoiles fixes. C'est nouveau, mais je trouve bien, car cela éclaircit les buts du syndicat. Unia est une grosse machine, et c'est bien de voir plus précisément ce qu'on veut faire. Par exemple, sur les différents thèmes proposés, je pense que le renforcement des droits des salariés est le plus important. Il faut que le travail des syndicalistes dans les entreprises soit protégé par la loi, qu'on les respecte.»
Carin Dreier, présidente du comité des retraités d'Unia Région Fribourg


«Pour moi, cette question des étoiles fixes, c'est de la philosophie. On ne fait que répéter des choses pour lesquelles on est tous d'accord. Je ne pense pas que l'on renforcera le syndicat en discutant d'étoiles fixes. Les seuls endroits où nous avons rempli nos objectifs en matière d'adhésions sont ceux où nous sommes présents et actifs sur le terrain, dans les entreprises. Quand j'étais à Alusuisse, puis à Alcan, nous ne laissions pas passer deux ans sans contacter nos membres. Je suis convaincu que pour faire adhérer quelqu'un, le meilleur moyen est la discussion, le contact humain. Ce n'est que comme cela qu'on peut lui parler du rôle du syndicat et le convaincre de rejoindre notre organisation. Pas avec des affiches ou des lettres. De l'intensité de nos relations humaines dépendra notre succès!»
Jean-Marc Bonvin, président de la section Unia du Valais central, Sierre


«Ce mot d'étoile fixe est encore un terme traduit de l'allemand... Mais l'important est d'ouvrir une discussion sur les nouveaux objectifs du syndicat pour faire adhérer plus de gens. Unia est une organisation syndicale, mais je pense qu'il faut plus la politiser, avec des valeurs de base, comme l'acquisition de nouveaux droits pour les travailleurs. Se battre pour cela, c'est faire de la politique syndicale. Il faut aussi que le syndicat cesse de se compromettre avec le patronat et se tourne davantage vers les travailleurs qui sont sa force.»
Marisa Pralong, vendeuse, présidente de la Région Unia Genève


«Depuis leur naissance, les syndicats ont une conception de l'avenir. Par exemple sur le temps libre. La diminution du temps de travail était comme une étoile fixe et cela a eu une fonction réelle: nous ne travaillons plus 70h par semaine. Les étoiles fixes ne sont pas des revendications mais les grands points de notre idée de l'avenir, une direction, une lumière vers laquelle on s'oriente. Nous devons avoir des valeurs, comme la nécessité d'une protection sociale permettant de continuer de vivre en cas de maladie, d'accident, de vieillesse, ou l'organisation écosociale de l'économie. Les étoiles fixes définiront les points que l'on ne doit jamais oublier dans nos revendications.»
Henri Vuilliomenet, membre du comité Unia Région Neuchâtel et du groupe de travail personnes de confiance


«Les étoiles fixes? Ça ne me dit pas grand-chose. L'important est de se fixer des priorités pour l'avenir du syndicat. Et surtout de trouver des personnes qui veulent bien s'engager. Je pense aussi que le syndicat ne devrait pas faire de politique. Nos statuts disent que nous sommes une organisation apolitique et sans confession. Nous devons respecter cela. Pour moi, faire du syndicalisme c'est privilégier le dialogue pour conclure des conventions collectives et améliorer les conditions de travail. Dans mon entreprise de construction métallique, nous avons obtenu une CCT pour tout le personnel. Le taux de syndicalisation a pratiquement triplé!»
Maurice Geissler, président de la section Riviera Est vaudois et membre du comité régional d'Unia Vaud, Aigle

 

Propos recueillis par Sylviane Herranz


 

Edition n° 6 du 9 février 2011

 
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