On m'a proposé un travail à 10 francs de l'heure
Marie a refusé de travailler pour un salaire de misère, bien qu'elle ait absolument besoin d'un emploi

«Si on veut employer des gens, on le fait dans le respect, sinon on ne le fait pas! Le contrat que l'on m'a proposé, c'est une vaste blague, je crois que je vais l'encadrer!» Marie* a 20 ans. Depuis l'âge de 15 ans, elle travaille dans la vente, pour financer ses voyages et aujourd'hui ses études de couturière-styliste. Jusque-là, elle gagnait environ 15 francs de l'heure, un peu en dessous de ce que devrait toucher une vendeuse non qualifiée en Valais, région où elle vit. Mais le pire est arrivé: à la recherche d'un nouvel emploi, pour payer ses études, sa nourriture, son assurance maladie et autres besoins élémentaires, elle trouve un job où la patronne lui propose, après une semaine de stage, toujours impayé, de travailler pour... 11 francs brut de l'heure, soit un équivalent plein-temps d'à peine 2000 francs! «Je cherchais un petit boulot pour mener à bien mes études. J'ai tenté ma chance dans une boutique de vêtements. La patronne était très sympathique et m'a proposé de faire un stage d'une semaine et que l'on discuterait ensuite des conditions. Mais dès le premier jour, elle s'est montrée sous son vrai visage: antipathique, horrible, y compris avec son employée et l'apprentie travaillant dans la boutique. Je devais commencer à 8 heures et je finissais à 19 heures. La pause de midi? Elle m'a dit de m'asseoir en face du magasin et que si un client venait, je devais aller le servir!» témoigne Marie.

Choqués
La semaine se passe. Le lundi suivant, Marie rencontre le comptable de la société qui lui propose un contrat pour trois jours - de 11 heures par jour - pour un salaire brut de 1600 francs par mois. «On avait parlé d'un 60%, mais sur le contrat, ces trois jours sont devenus un 50%, pour 33 heures par semaine! Il était spécifié que je n'avais pas droit au 13e salaire ni aux indemnités pour les vacances. De plus, c'était un contrat de trois mois renouvelable», s'indigne la jeune fille. «En salaire net, je n'aurai touché que 1400 francs, soit 10 francs de l'heure, et sans pause!» Lorsque le comptable lui tend le stylo, Marie lui demande si, à sa place, il le signerait. «Il m'a dit qu'il ne pouvait pas me répondre. J'ai pris les feuilles et suis allée tout de suite chez Unia, où j'ai été conseillée. J'étais prête à accepter car j'ai besoin d'un travail, je ne viens pas d'une famille riche. Si j'avais eu un autre choix, j'aurais rigolé et je serais partie tout de suite. J'ai ensuite montré le contrat à mes amis, ils étaient choqués que cela se passe sous leurs yeux, et m'ont tous dit qu'en acceptant ce job, on encourageait ces gens-là.»
Le lendemain, Marie retourne voir la patronne. Elle joue cartes sur table, lui dit qu'elle est prête à accepter le poste, mais seulement avec un salaire correct. «La patronne m'a dit qu'elle préférait fermer sa boutique plutôt que d'augmenter ses employées! La personne qui travaille là a les mêmes conditions que celles qui m'ont été proposées. Elle m'a dit qu'elle n'avait pas le choix, que c'était difficile de trouver ailleurs.» Marie ajoute que la patronne demandait à ses employées d'acheter leurs vêtements dans sa boutique, moyennant 20% de rabais. «J'ai répondu que je n'avais pas envie de travailler juste pour pouvoir payer les habits qui me permettraient de travailler chez elle!»

22 francs, la moindre des choses
«Des conditions pareilles, c'est juste inhumain. Je ne comprends pas que ça puisse exister. J'accepte qu'il y ait des variations de salaire, mais il faut voir les proportions. Je ne supporte pas que l'on me propose ça à moi, alors que les grands dirigeants s'en mettent plein les poches. Un salaire de 22 francs de l'heure, comme le demande l'initiative des syndicats, c'est la moindre des choses!» relève la jeune fille, qui s'indigne aussi contre le fait qu'on ne donne pas leur chance aux jeunes ayant envie de travailler et de se former, qu'on ne les engage pas sous prétexte qu'ils n'ont pas d'expérience alors que ceux qui en ont et qui sont formés, on ne les embauche pas non plus car ils coûtent trop cher... «On vit dans un monde où si tu n'as pas de travail, tu n'es rien. Et si tu veux étudier, ça ne compte pas. Partout où je vais, j'ai l'impression qu'on me casse. Je ne comprends pas les règles du jeu. Le système économique dans lequel on vit aurait besoin d'une bonne révision!» 


Propos recueillis par Sylviane Herranz

* Prénom d'emprunt.



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Edition n° 8/9 du 23 février 2011

 
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