La cause des femmes avance au Brésil
Silvia Lucia Ferreira, présidente du Syndicat des professeurs s'exprime sur les droits des femmes au Brésil

Silvia Lucia Ferreira, présidente du Syndicat des professeurs des institutions fédérales d'enseignement (université) de l'Etat de Bahia, à Salvador, s'exprime sur les droits des femmes au Brésil

Le gouvernement de Lula a-t-il pris la mesure du chemin à parcourir vers l'égalité des sexes au Brésil, à l'heure où la première femme présidente de l'histoire du pays vient d'entrer en fonction? Le point avec Silvia Lucia Ferreira, présidente du Syndicat des professeurs des institutions fédérales d'enseignement (université) de l'Etat de Bahia, rencontrée dans ses locaux à Salvador. L'universitaire donne des cours en infirmerie et en études des genres à Salvador de Bahia.


Quelles ont été les avancées au niveau des droits des femmes au Brésil depuis l'arrivée de Lula en 2003
?
Pour moi, le plus important a été la création d'espaces de pouvoir dédiés aux femmes ces dernières années. En premier lieu, le Secrétariat spécial des politiques en faveur des femmes (SEPM) du gouvernement fédéral. Celui-ci a permis d'élaborer de nombreux programmes pour promouvoir les droits des femmes. La structure de ce secrétariat national a été reproduite dans plusieurs autres Etats du pays, qui disposent de leur propre instance. Ils favorisent notamment la possibilité pour les femmes d'occuper des places à responsabilité au sein de l'Etat et plus largement dans la société. Davantage de femmes ont aussi été élues dans les diverses instances parlementaires brésiliennes. Au sein de notre Université fédérale ici à Bahia, nous avons choisi une femme en 2010 pour diriger l'institution. C'est la seconde fois depuis sa création.

D'autres exemples d'actions concrètes?
Ces secrétariats sont notamment actifs pour combattre la violence domestique faite aux femmes, un problème aigu dans le pays. Beaucoup d'hommes considèrent encore leur épouse comme leur propriété. Depuis quelques années, la question est bien davantage discutée dans l'espace public. Une loi spéciale a été votée en 2006 pour mettre en place des mécanismes efficaces afin d'empêcher la violence dans les foyers. Jusqu'à présent, les hommes reconnus coupables de tels actes étaient vite relâchés moyennant caution. C'est beaucoup plus difficile aujourd'hui.
Lorsque l'impunité recule et la visibilité du phénomène augmente, on observe tout de suite des progrès. Ces avancées ont été possibles car il existe un fort mouvement féministe au Brésil.

Le gouvernement Lula a-t-il fait usage des quotas?
Les politiques des quotas sont antérieures à Lula. Mais son gouvernement a innové avec la politique des quotas de personnes noires dans les universités publiques. Chaque université est autonome quant à son application. Ici, à l'Université fédérale de Bahia, 45% des places sont réservées à des étudiants noirs provenant d'écoles publiques (donc des élèves d'origine sociale modeste, car la plupart des familles qui en ont les moyens préfèrent mettre leurs enfants dans des écoles privées, ndlr). Je rappelle que selon les études officielles, 80% des habitants de Bahia sont noirs.

Y a-t-il des progrès dans le domaine de l'éducation?
C'est pour moi le domaine où les avancées les plus importantes ont été accomplies ces dernières années. Le gouvernement a créé de nombreuses universités fédérales et des instituts de formation technique. Ces établissements sont les meilleurs de tout le pays et les études y sont complètement gratuites. Cela ouvre des perspectives incroyables pour tous, y compris les femmes qui sont les moins favorisées dans la société. L'opposition de droite critiquait Lula pour son faible niveau d'études, en le qualifiant d'«analphabète». Au final, c'est lui qui a créé le plus d'universités fédérales dans ces 50 dernières années!

Le Brésil connaît-il, comme la Suisse, un problème au niveau de l'accès des femmes aux postes de professeure d'université?
Non, la majorité des professeurs d'université sont des femmes au Brésil, même dans les filières les plus prestigieuses comme l'économie et le droit. Les salaires sont égaux car notre syndicat y veille.

Que représente pour vous l'accès d'une femme, Dilma Rousseff à la tête du pays depuis le 1er janvier 2011?
La portée symbolique et politique d'avoir pour la première fois une femme pour présidente me paraît immense. Et Dilma Rousseff, j'en suis certaine, ira au-delà de Lula en matière de politiques pour l'égalité entre hommes et femmes. Elle a déjà nommé 9 femmes à la tête de son gouvernement, dont l'une a une fonction semblable à celle de premier ministre.


Propos recueillis par Christophe Koessler

 


 

Edition n° 8/9 du 23 février 2011

 
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