Le syndicalisme passe aussi par le partage et la convivialité
Star du film "Les 4 saisons du petit train rouge", Olivier Luder est un amoureux de la nature doublé d'un syndicaliste convaincu

«Chaque fois que je parcours les Franches-Montagnes, c'est un émerveillement renouvelé: il y a cette nature préservée, ce ciel changeant, ces chevaux, ces rencontres avec les gens.» Conducteur de locomotive des Chemins de fer du Jura (CJ), Olivier Luder cultive une passion communicative pour son pays. Et il possède un tel sens de la narration que le réalisateur Claude Schauli a choisi d'en faire le personnage clé de son dernier film, «Les quatre saisons du petit train rouge». Ce documentaire remarquable s'est taillé un succès considérable à sa sortie en fin d'année dernière: plus de 180000 téléspectateurs lors de sa diffusion, en deux parties à la TV romande.

Epris de liberté

Dans le film comme dans la vie, Olivier Luder est un homme attachant. Chargé de la double tâche de conduire son train et de contrôler les billets, il sait bichonner ses passagers, se faire le confident des habitués ou conseiller des touristes, sans jamais se départir d'un sens de l'humour aiguisé. Depuis trente ans qu'il parcourt le rail du haut-plateau, il a appris à bien connaître sa population. C'est parce qu'il aime ces contacts et ces espaces que cet électronicien de formation a décidé, en 1981, de quitter son emploi au service du chronométrage chez Longines à St-Imier, pour entrer aux CJ. Habité par un certain esprit libertaire, il n'aime pas les étiquettes à l'emporte-pièce, ni le repli identitaire. «Quand j'ouvre ma fenêtre, aucune barrière ne me cache l'horizon. Les Franches-Montagnes sont une terre de liberté et d'ouverture. Notre pays est parfois sauvage mais jamais agressif. Ici, les gens se connaissent et se parlent. Nous sommes une grande famille et il y a de la place pour tous.»

Syndicaliste actif

Olivier Luder est également un syndicaliste actif. Il est membre du SEV, le syndicat des cheminots dont il a présidé la section de sa région pendant onze ans. «Notre section a toujours été forte et solidaire. Et notre force tient aussi au fait que plusieurs corps de métiers sont équitablement représentés, par exemple les collègues des ateliers, de la voirie ou de l'exploitation. Notre section réunit également les employés du funiculaire de Mont-Soleil. C'est une sorte de grande famille très soudée.» De quoi dépasser le corporatisme étroit pour se donner les moyens de défendre des intérêts collectifs. «Le chemin de fer est un domaine en perpétuel mouvement. Il fait l'objet de nombreuses réorganisations et nous devons sans cesse veiller à ce que nos conditions de travail ne se dégradent pas. J'ajoute que nos intérêts coïncident le plus souvent avec ceux des usagers. Nous nous sommes par exemple battus il y a quelques années pour le maintien de la ligne Saignelégier sur laquelle pesaient des menaces. Le service public est un bien qu'il faut préserver tous ensemble. Durant sa présidence, Olivier Luder a toujours plaidé pour un syndicalisme constructif, orienté vers le dialogue, et qui ne soit pas limité au seul domaine des revendications. «Le syndicalisme doit aussi être un état d'esprit, une sorte de manière de vivre ensemble. Nous tenons à ce qu'il y ait dans notre section des rencontres festives et conviviales entre les membres et leurs familles. Cela contribue à renforcer la solidarité et les valeurs syndicales.»

Oser rêver

Attaché à la nature sans pour autant verser dans l'écologie militante, Olivier Luder n'a chez lui, à Saignelégier, ni voiture ni télé. Il chauffe sa maison avec le bois qu'il débite chaque année en forêt, avec l'aide de sa femme Adrienne. Il aime le bricolage, en particulier le recyclage de matériaux usagés, comme un ancien porte-bagages d'un ancien wagon qu'il a transformé en armature pour la hotte d'aspiration de sa cuisinière. Le Jurassien s'occupe aussi d'un cheptel de moutons, poules et lapins qui peuple les alentours de sa maison. «Autrefois, je faisais aussi du miel et du fromage de chèvre. Nos quatre filles ont d'ailleurs toutes été élevées au lait de chèvre.»
Aux yeux d'Olivier Luder, le succès du film dont il est le protagoniste est révélateur des préoccupations de l'époque. «Les gens ont envie d'une vie plus calme, plus sereine, plus chaleureuse. On vit dans une société toujours plus rapide, toujours plus tournée vers la productivité, sans pitié. On n'a plus le temps de réfléchir, de regarder les choses et d'oser rêver. Il existe pourtant d'autres vertus que celles de l'argent et de la consommation à outrance.»

Pierre Noverraz

Le film en DVD est disponible à la boutique RTS de la TSR sous www.boutique.rts.ch/
ou chez Olivier Luder, tél. 032 951 22 73

 


 

Edition n° 11 du 16 mars 2011

 
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