Les métiers de l'horlogerie ont la cote, mais...
Le nombre d'apprentis reste stable. Mais avec de meilleurs salaires, les métiers horlogers pourraient gagner en attractivité

Avec 386 personnes, le nombre de nouveaux apprentis des métiers de l'horlogerie reste stable. Quant aux diplômés de fin de formation, ils ont augmenté de près de 18%. Mais d'un point de vue syndical, ces résultats pourraient encore être améliorés si l'on revalorisait les salaires et les conditions de travail pour rendre ces professions plus attractives.

La Convention patronale (CP) de l'industrie horlogère vient de publier les statistiques portant sur l'apprentissage des métiers de l'horlogerie. A la rentrée 2010, le nombre d'apprentis inscrits s'est élevé à 386, un chiffre identique à celui de l'année précédente. En détail, il s'agit de 244 horlogers (149 praticiens, 15 en industrie et 80 rhabilleurs), 59 micromécaniciens, 38 dessinateurs, 9 polisseurs et 2 termineurs en habillage horloger. Les variations par rapport à l'année précédente sont relativement faibles. Seulement deux métiers enregistrent des écarts importants: la nouvelle filière d'opérateur aboutissant en deux ans à une Attestation fédérale de formation professionnelle (AFP) connaît une progression marquée, avec 34 nouveaux contrats contre 13 en 2009 et, à l'inverse, le métier de micromécanicien recule de 74 à 59 contrats, revenant ainsi au niveau auquel il se trouvait quatre ans auparavant. Enfin, le nombre de titres décernés en fin de formation (CFC ou AFP) a pour sa part progressé de près de 17,8%, passant de 270 en 2009 à 318 l'année dernière.

Valoriser ces métiers...
Selon la Convention patronale, ces résultats contredisent «l'idée reçue selon laquelle la branche souffrirait d'une pénurie de personnel qualifié». Cette affirmation reste cependant sujette à caution. Face au nouveau boom de l'industrie horlogère, un certain nombre d'employeurs ne partagent pas ce constat optimiste. «La difficulté est de trouver des collaborateurs qualifiés» reconnaissait Nick Hayek, patron du Swatch Group, dans un article du Quotidien jurassien paru le 28 mars dernier, à propos des projets d'extension du groupe. Dans le même article, Jean Theurillat, directeur de la division technique du Centre jurassien de formation et d'enseignement, observait que le problème du manque de main-d'œuvre qualifiée n'est pas imputable aux filières de formation. «Là n'est pas le problème. C'est aux entreprises de faire part de leurs besoins et de faire des efforts pour valoriser ces métiers.»

... avec des salaires attractifs
Valorisation? «C'est le nœud du problème», estime Eric Rufi, prototypiste chez un fabricant de boîtes de montre et président d'Unia Transjurane. «Pour valoriser ces métiers, il s'agit d'offrir des salaires attractifs, ce qui est loin d'être toujours le cas, en particulier dans les régions comme le Jura, Neuchâtel ou le Tessin.» Avec ses collègues délégués à la récente Conférence de l'industrie horlogère d'Unia, Eric Rufi s'est élevé contre les tentatives patronales d'augmenter encore la flexibilité des horaires de travail (jusqu'à 48 heures hebdomadaires) dans le cadre des négociations pour la nouvelle CCT de l'horlogerie. «Au lieu de cela, et plutôt que de multiplier le recours au travail intérimaire, le patronat ferait mieux d'embaucher davantage et de miser sur des emplois qualifiés.»

Partage équitable
En clair, l'affirmation de la CP selon laquelle la branche a su «anticiper les efforts à accomplir» est sous cet angle discutable. Elle est en revanche avérée sur la question de la préservation des emplois qualifiés lors de la récession subie entre 2008 et 2010. «La branche a gardé son personnel. Alors qu'elle subissait une perte de chiffre d'affaires de 25%, elle a limité le nombre de licenciements à 4% des effectifs», indique-t-elle dans son communiqué. Eric Rufi reconnaît que «le recours au chômage partiel (RHT) a permis de limiter les dégâts». Mais maintenant que l'industrie horlogère engrange des bénéfices records, «il est temps d'en répartir les fruits équitablement». En particulier avec une bonne CCT et de bons salaires.


Pierre Noverraz

 


 

Edition n° 15 du 13 avril 2011

 
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