L'engagement syndical devrait être quelque chose de naturel
Artiste plasticien et formateur d'agents de train aux CFF, Coco Zingila dirige à Bienne un atelier d'art

Pour l'interview en cette fin d'après-midi, à Bienne, il a à peine le temps de changer sa tenue CFF pour enfiler sa salopette bleue, histoire de poser devant ses œuvres, à l'invitation de l'auteur de ces lignes. Il débarque du train en provenance de Saint-Gall. Il y a contrôlé les billets. Et, passé l'entretien, il dispensera des cours de dessin associatifs à de jeunes biennois.
Coco Zingila anime en effet l'atelier «ARTpartout» qu'il a cofondé avec son collègue Ganaj en 2008, «parce que l'art devrait être partout et pour tous, et non pas réservé à une élite». Ici, moyennant une somme symbolique, il communique sa passion et son savoir-faire à des adolescents «dont on prétendait parfois qu'ils ne s'intéressaient à rien», à des classes d'école qui créent des œuvres collectives ou encore à des retraités. «Un home se trouve juste à côté de l'atelier, nous avons invité ses hôtes à le visiter. Il y avait dans le groupe une dame de 90 ans, Heidi Sieber. Cette artiste de talent travaillait seule dans son coin mais désormais, elle peint ici». Diplômé de l'académie des beaux-arts de Kinshasa, né au Congo, Coco Zingila, 33 ans, père d'une fillette de deux ans, est également membre fondateur et président de ARTafrikswiss, société des artistes africains de Suisse. Ses œuvres animées de couleurs percutantes, chargées d'émotions fortes dans lesquelles, selon l'image de la journaliste Christiane Elmer, il «dépose un peu de son âme» sont aujourd'hui disséminées chez plusieurs collectionneurs en Europe, en Afrique, aux Etats-Unis et en Amérique du Sud.

Dix ans de CFF
Coco Zingila est entré aux CFF il y a dix ans. «J'y allais pour une année et j'y suis toujours», sourit-il. Il commence par faire du «relevé de fréquences», autrement dit interroger les usagers de chemins de fer à des fins statistiques. Il devient ensuite agent de train et formateur au sein de l'entreprise. «Je m'occupe de la formation de base des agents de train et je dispense aussi des cours de perfectionnement «Login». Sa spécialité? La relation avec les usagers. L'époque où chacun se mettait au garde-à-vous à l'apparition du contrôleur au regard inquisiteur est révolue. «Nous devons savoir conseiller, informer, comprendre. C'est un peu un métier d'hôte, d'accueil, qui réclame du tact et de la psychologie. Et ce n'est pas toujours facile de garder son calme et sa sérénité. Il s'agit d'apprendre à désamorcer les situations conflictuelles et surtout à ne jamais se mettre en danger. Heureusement, les grosses incivilités restent très rares». Coco Zingila souligne que pour bien enseigner une telle matière, il faut l'avoir vécue au quotidien. «Comment parler à un jeune homme à six heures le matin qui a encore la moitié de sa tête dans la disco où il a passé la soirée? La réponse relève davantage de l'approche pratique que théorique».

BD syndicale
Côté syndical, Coco Zingila s'est engagé au SEV dès son entrée aux CFF. «Le devoir de solidarité et d'engagement est pour moi une évidence, une chose naturelle. Il est important d'assurer une défense collective de nos conditions de travail, de nos salaires, de nos acquis et de notre culture d'entreprise. Si chacun se mettait à défendre son beefsteak dans son coin, on arriverait à rien. Il faut tirer à la même corde. De plus, j'ai de l'admiration pour ces gens qui consacrent leur temps et leur énergie pour la cause de tous les collègues. C'est une forme d'humanité qui nous fait grandir». Coco Zingila participe aux manifestations et aux campagnes car «chaque voix compte». Il met également son talent au service de la cause, avec des caricatures et petites bandes dessinées qui ont notamment parus régulièrement dans L'Evénement syndical à l'époque où le SEV était partenaire du journal. Il a aussi créé des logos et des dessins pour des assemblées et fêtes syndicales, comme la commémoration du 125e anniversaire du SEV à Bienne.
Les convictions humanistes qui habitent Coco Zingila se retrouvent dans ses œuvres. Ses tableaux et ses sculptures parlent de la solidarité, de la lutte contre l'excision ou des dangers du réchauffement planétaire. Elles se retrouvent également dans son engagement dans le comité de Multimondo, structure biennoise d'échanges entre migrants et suisses ou encore dans son lien avec l'Afrique où, à Kinshasa, il est en train de créer un atelier d'art contemporain pour les enfants, à l'image de celui qu'il anime à Bienne. Citant l'artiste Kandinsky, il souligne ainsi que «L'art est le ferment nécessaire qui conduit vers une réelle transformation de l'être humain et de son développement».


Pierre Noverraz

Détails sur www.art-partout.ch

 


 

Edition n° 19 du 11 mai 2011

 
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