Pour une école sans exclusion
Le syndicat des enseignants romands s'oppose à la sélection élitaire et discriminatoire que la droite dure voudrait imposer

Le syndicat des enseignants romands a lancé une pétition en faveur d'une «école publique sans exclusion». Ses signataires invitent les gouvernements des cantons romands à défendre les valeurs éducatives démocratiques ancrées dans la Constitution et les lois. Un engagement préventif face aux dérives de la droite dure qui voudrait une école élitaire, au détriment des plus faibles.

En octobre dernier, l'UDC a publié un document de 159 pagres intitulé «Le chemin conduisant à une école publique basée sur la performance». Ce programme a soulevé un feu nourri d'indignation et de critiques émanant parfois même des rangs de l'UDC, en particulier en Suisse romande. A l'initiative de sa section jurassienne, le Syndicat des enseignants romands (SER) est allé au-delà des seules protestations. Il a lancé une pétition «pour une école publique sans exclusion». «Il ne s'agit pas de se livrer à une opposition systématique», souligne Rémy Meury, secrétaire général du Syndicat des enseignants jurassiens. Certaines revendications dans ce programme sont défendables, d'autres négociables ou sujettes à discussion. En revanche, un certain nombre sont totalement inacceptables, choquantes et dangereuses.»
La pétition demande aux exécutifs cantonaux de «défendre et promouvoir une école publique basée sur le principe d'éducabilité et déterminée à corriger les inégalités des chances». Elle exhorte les gouvernements à s'opposer avec force à tous «principes d'exclusion». Ce rappel aux valeurs de l'école républicaine et démocratique se veut un barrage contre les tentatives de démantèlement.

Méthodes d'Etats totalitaires
Le document de l'UDC prêche pour une école élitaire. Morceaux choisis... «Le résultat de l'examen après la neuvième année scolaire doit influencer le salaire de l'apprenti.»... Cela revient à dire qu'un jeune qui a éprouvé des difficultés scolaires mais qui se révèle être un bon apprenti sera pénalisé. A l'inverse, un apprenti peu doué mais doté d'un bon carnet scolaire sera récompensé. Autre citation alarmante: «L'augmentation disproportionnée des dépenses de pédagogie curative doit être stoppée, puis progressivement réduite (...) Les enfants attribués aux classes régulières doivent pouvoir suivre l'enseignement régulier sans soutien individuel.» Pour Rémy Meury, «cela signifie que les handicapés légers ne pourront plus suivre les classes ordinaires. Par exemple, les dyslexiques seront exclus. Bannir les enfants les moins performants, les élèves en difficulté, ce sont des méthodes qui sont normalement utilisées par des Etats totalitaires.»
Au chapitre des discriminations, l'UDC écrit: «Le succès ou l'échec des cours intensifs de langue doit avoir des conséquences sur l'autorisation de séjour de toute la famille.» En clair, si un élève étranger échoue sur ce point, sa famille sera renvoyée. «C'est non seulement ignoble mais cela contrevient aussi au devoir d'égalité de traitement des élèves. Car comment résoudrait-on le problème d'un jeune oberlandais dont la famille aurait déménagé dans le Jura et qui au bout d'une année, ne maîtriserait pas bien le français. Le renverrait-on?»

Les femmes aussi discriminées
La discrimination touche aussi les femmes. Exemple? «La formation des maîtresses de l'école enfantine doit être différente de celle des maîtres du primaire.» Rémy Meury observe que «l'on emploie le féminin pour les écoles enfantines et le masculin pour l'école primaire. Loin d'un hasard, cela révèle clairement la vision de l'UDC du rôle de la femme: pour l'école enfantine, il suffit d'engager une sorte de gentille maman au rabais. De plus la volonté de ce parti de réduire l'usage de l'enseignement à temps partiel est de la même veine car cela pénaliserait les femmes en premier lieu.»
La pétition connaît un grand succès. Dans le Jura par exemple (où elle bénéficie du soutien d'Unia), elle réunit déjà plus de 2000 signatures. L'enjeu dépasse largement le monde de l'enseignement car il s'agit en l'espèce d'empêcher l'école de devenir un terrain d'inégalité et d'exclusion destiné à favoriser les élites et à écarter les plus faibles.


Pierre Noverraz

 


 

Edition n° 20 du 18 mai 2011

 
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