Calogero Ferruccio Noto, loco syndicale
Cumulant différentes fonctions au SEV, Calogero Ferruccio Noto ressent le besoin d'agir utilement même en congé sabbatique

A cheval entre deux frontières. Aux études ou au travail. Des sciences politiques au métier de cordonnier avant de travailler sur les trains... Calogero Ferruccio Noto a suivi un parcours hors du commun. Et, outre sa personnalité chaleureuse, c'est probablement ce chemin atypique qui en fait sa richesse. Aujourd'hui encore, en congé sabbatique jusqu'en octobre, cet homme de 45 ans habitant dans la région de Bellinzone, au Tessin, emprunte une voie peu ordinaire. Une voie où, épuisé, il veut prendre du temps. Pour sa famille, ses deux enfants et ses loisirs, entre jardin potager, montagne et lecture. Pour son engagement syndical, l'homme étant président de la section VPT Services ferroviaires et membre du comité central de la sous-fédération du personnel des entreprises de transports privés, au Syndicat du personnel des transports (SEV). Et aussi pour terminer une thèse en sciences politiques. Par défi et satisfaction personnelle. Sans envisager changer de profession. «Au boulot, je mets sur la table mon expérience, mes compétences pratiques, pas un titre universitaire», précise Calogero, collaborateur d'Elvetino, filiale des CFF assurant la restauration dans les trains.

Train de vie...
Façonné par les cultures italo-suisses, Calogero est né dans l'Oberland zurichois en 1965. A l'âge de six ans, il rejoint ses grands-parents en Sicile, ses parents, venus en Suisse pour des raisons économiques, envisageant de rentrer prochainement chez eux. Retour qui n'interviendra finalement jamais. Dans l'intervalle, Calogero entame sa scolarité en Sicile avant de suivre des études supérieures à Milan. Une période rythmée par des voyages hebdomadaires en Suisse. Des kilomètres et des kilomètres en train qui, mais là le jeune homme l'ignore encore, se prolongeront professionnellement. Heureusement, le voyageur apprécie ce mode de transport...
En 1988, le pendulaire met un terme à ses trajets et choisit de suspendre sa formation en sciences politiques. La raison? Son père, devenu invalide, ne parvient plus à assurer la subsistance de la famille. Calogero déménage alors à Zurich et reprend le travail de cordonnier de son père. «J'ai appris le métier sur le tas, à ses côtés» précise Calogero, qualifiant l'activité de «pas mal» en raison de son caractère artisanal et indépendant.

Succès syndicaux
Cinq années s'écoulent avant que le réparateur de chaussures improvisé ne revienne à ses premières amours, les études, et reprenne les allers-retours Milan-Zurich. Calogero veut passer les examens finaux et rédiger une thèse sur Danilo Dolci, activiste politique non violent et sociologue du développement durable en Sicile dans les années 50. Un projet une nouvelle fois avorté, suite à la séparation avec sa compagne d'alors, mère de son premier enfant âgé aujourd'hui de 12 ans. «J'ai recommencé à travailler à temps complet. J'ai choisi de m'engager sur les trains de nuit pour pouvoir passer du temps avec mon fils», raconte le conducteur de train de nuit employé alors pour l'ancienne compagnie EBS. Un travail qu'il occupera plusieurs années et qui l'amènera à se syndiquer au SEV puis à s'engager activement pour ses collègues, en devenant président de section, en 2004. «Une manière d'être cohérent avec mes idées. Les travailleurs doivent se montrer solidaires, se protéger les uns les autres, défendre ensemble leurs droits fondamentaux.» Et de beaux succès à la clef. D'abord dans le petit groupe du personnel des trains de nuit, avec l'affiliation au SEV de la quasi-totalité des 60 employés. Avec le maintien des conditions de travail pratiquées par EBS après la reprise du mandat par Elvetino. Avec la réintégration, lors des arrêts successifs des lignes de nuit des CFF, de tout le personnel concerné. En construisant, avec le soutien d'autres collègues, une section unitaire, regroupant l'ensemble du personnel des entreprises de restauration ferroviaire de Suisse, un secteur qui compte quelque 1300 travailleurs, la plupart migrants ou frontaliers. En quadruplant, en cinq ans, le degré de syndicalisation et en obtenant plusieurs petites et grandes améliorations des conditions de travail. Et enfin, en parvenant à décrocher au total une hausse des salaires de plus de 400 francs pour tous, alors qu'ils étaient bloqués depuis une douzaine d'années.

Question de motivation
«Ma motivation? Quand on a la chance de pouvoir faire quelque chose pour les autres et qu'on a les capacités, il faut agir», répond naturellement Calogero, tout en roulant une nouvelle cigarette. Son travail actuel pour le SEV passe par le recrutement, l'information, les conseils et l'assistance aux collègues. Aucune frustration liée à ses études antérieures, à leur «sous-exploitation»? «Non. Ma formation et ma culture me servent dans tout ce que je fais. L'important, c'est d'avoir une activité motivante», affirme Calogero qui s'est, une saison, transformé en gardien d'alpage, et a aussi travaillé dans une clinique de réhabilitation neurologique.
Sans plan de carrière, indifférent au «succès économique» du moment où son salaire lui suffit pour vivre, de nature optimiste, Calogero se définit comme un individualiste... qui a le souci du collectif. En d'autres termes, une locomotive syndicale attentive à la formation d'un convoi solidaire.


Sonya Mermoud

 


 

 

Edition n° 21/22 du 25 mai 2011

 
Imprimer l'article
 
Haut de la page