L'égalité, maintenant
Quelque 100'000 personnes devraient participer à la Journée nationale d'action et de grève de femmes

Des centaines d'activités seront organisées sur l'ensemble du territoire le 14 juin prochain, dans le cadre de la journée nationale d'action et de grève des femmes. Elles devraient réunir quelque 100'000 participants. Concert de sifflets et clins d'œil vestimentaires rose, fuchsia, mauve et violet marqueront cette Journée dont l'objectif est de réclamer l'égalité, maintenant!

Quelque 100000 personnes devraient participer à la Journée nationale d'action et de grève des femmes. Et pour cause...

A Lausanne, des militants décoreront des bâtiments administratifs, à Genève, le jet d'eau se colorera de violet, à Zurich, des calculateurs de salaire seront installés, à Berne, une fête des femmes sera organisée... Sur l'ensemble du territoire, quelque 100000 personnes devraient participer le 14 juin à la Journée nationale d'action et de grève des femmes, répondant à l'appel de plus de 45 associations et réseaux impliqués dans cette rencontre. Cette coalition exige une égalité entre les sexes dans les faits. Si différentes activités marqueront l'événement, des démarches communes les relieront: un concert de sifflets à 14 heures et 6 minutes pour exiger des salaires féminins équitables, des manifestations et festivités en fin d'après-midi et la présence de rose, fuchsia, mauve et violet au cœur des actions. A noter que les intéressés ne pouvant s'y joindre sont invités à porter un vêtement de cette teinte ce jour-là...

Infirmières sous-payées...
«Notre but: l'égalité pour toutes!» a précisé Rosmarie Zapfl, présidente d'alliance F, la plus grande faîtière féminine, lors de la conférence de presse organisée le 3 juin dernier à Berne pour présenter la Journée. A cette occasion, Christine Michel, coprésidente des femmes de l'Union syndicale suisse, a dénoncé la discrimination salariale qui persistait, relevant que pour un même travail, nombre de femmes gagnent toujours presque 20 % de moins que les hommes. De son côté Yvonne Ribi, secrétaire adjointe de l'Association suisse des infirmières et infirmiers (ASI) a confirmé cet état de fait dans la profession qu'elle représente. Un métier exercé à 90 % par des femmes. «Dans de nombreux cantons, les infirmières sont encore classées dans des échelons salariaux moins élevés que les membres de professions masculines comparables malgré des analyses de l'activité qui montrent que, sur le plan du contenu, leur travail est tout aussi exigeant. Si l'on se base sur une perte salariale de 600 francs par mois - soit 7800 francs par année - cela signifie qu'une infirmière qui travaille dix ans et privée d'une somme de 78000 francs !...»

Deux fois plus de travail
La collaboratrice de l'ASI a également dénoncé l'absence de crèches dans de nombreuses institutions de soins, ou le manque de places, quand bien même le personnel de ces établissements compte un pourcentage élevé de femmes. Christine Bühler, présidente de l'Union suisse des paysannes et des femmes rurales, a elle aussi fustigé les différences salariales comme le fait que les femmes assument deux fois plus de travail non rémunéré que les hommes. Elle a encore souligné la difficulté pour ces dernières de concilier famille et profession. Alors que Judith Renner-Bach, membre du législatif bernois s'est positionnée pour sa part en faveur de l'introduction de quotas à la ville de Berne, estimant que la présence de femmes à des postes de direction ne progresse que trop peu...


Sonya Mermoud


Halte au scandale de la discrimination salariale!

L'Union syndicale suisse dénonce les discriminations salariales et réclame des mesures étatiques et légales plus efficaces pour faire appliquer le droit

Dans le secteur des machines, 14,2% de femmes gagnent moins que leurs homologues masculins. Cette discrimination frappe 11,1% de collaboratrices du commerce de détail, 12,8% celles de l'industrie alimentaire, 8,7% les employées de banques et d'assurance...: voilà la réalité chiffrée des faits présentée par Vania Alleva, vice-présidente de l'Union syndicale suisse (USS) et membre du comité directeur d'Unia, lors d'une conférence de presse organisée sur la question le 27 mai dernier à Berne. Autant dire que trente ans après son inscription dans la Constitution, l'égalité des salaires demeure toujours à la traîne. Et que la Loi sur l'égalité entre femmes et hommes, en vigueur depuis quinze ans, n'a pas davantage permis de rectifier le tir. Pire, la situation se serait même aggravée alors que les syndicats se sont mobilisés pour tenter d'initier de véritables changements de pratiques.

Une initiative boudée des employeurs
Il y a deux ans, ils ont lancé un projet visant à supprimer ces discriminations, «le Dialogue sur l'égalité des salaires». Une initiative par laquelle les entreprises parties prenantes s'engagent à dresser un état des lieux dans leurs effectifs et éliminer d'éventuelles discriminations. Seules dix entreprises et deux administrations ont accepté de jouer le jeu. «Bien que les faîtières des employeurs et des salariés aient déployé des efforts soutenus dans ce cadre, les résultats sont décevants» a déploré Paul Rechsteiner, président de l'USS. Et de réclamer, en l'absence de changements, «des mesures étatiques et légales plus efficaces pour faire appliquer le droit». «Nous pensons d'abord à des autorités dotées de compétences en matière d'investigation et d'intervention.» Le président de l'USS a appelé le Conseil fédéral à «contribuer énergiquement à mettre fin, une fois pour toutes, au scandale perdurant d'une inégalité de salaire qui viole la Constitution».

Pressions maintenues
Pour Vania Alleva, les employeurs réfractaires au «Dialogue sur les salaires» refusent visiblement d'adapter les revenus des femmes en raison du «prix de l'égalité». La syndicaliste n'a toutefois pas omis de citer quelques exceptions positives, à l'image de Tornos, dans l'industrie des machines, Audemars Piguet, dans celle horlogère ou encore McDonald's, dans l'hôtellerie-restauration. Les CFF, selon Giorgio Tuti, président du Syndicat du personnel des transports et vice-président de l'USS, serait aussi d'accord de collaborer à ce dialogue après l'introduction de leur système salarial. De son côté, Syndicom a affirmé que la participation de La Poste à la démarche n'avait entraîné aucune correction nécessaire. Il a aujourd'hui persuadé Swisscom de s'associer au dialogue... Quoi qu'il en soit, les syndicats sont déterminés à poursuivre leur mobilisation, avec un point d'orgue le 14 juin, Journée de la femme. «Nous ferons pression publiquement à partir de la base, par le biais d'une journée d'actions et de grève. Notre but: Il faut qu'une fois pour toutes, l'égalité des salaires fasse un pas énergique en avant» a averti Christina Werder, secrétaire centrale de l'USS en charge des questions féminines.

SM

 

 

 

Edition n° 23/24 du 8 juin 2011

 
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