Artisanat : le temps des revendications
Deux importantes conventions seront renégociées l'année prochaine. La mobiisation se prépare

Unia a lancé une enquête pour préparer le renouvellement des conventions collectives nationales de l'électricité et des techniques du bâtiment. Plusieurs temps forts marqueront la campagne qui touche, en Suisse romande, les travailleurs des cantons de Neuchâtel, Jura, Berne, Fribourg, ainsi que Vaud pour les électriciens. Eclairage.

Deux importantes conventions collectives de travail (CCT), couvrant plus de 32000 travailleurs de l'artisanat en Suisse, arrivent à échéance à fin 2012. Il s'agit de la CCT de la branche de l'installation électrique, de l'installation de télécommunication et de la CCT des techniques du bâtiment (chauffage, climatisation, ventilation, ferblanterie, installations sanitaires). Ces deux CCT, au contenu très proche, ont force obligatoire dans toute la Suisse à l'exception de quelques cantons romands disposant de conventions cantonales (Genève et Valais pour les électriciens et Genève, Valais et Vaud pour les techniques du bâtiment).
Le syndicat Unia, comptant de nombreux membres dans ces branches, a déjà lancé la mobilisation pour préparer les négociations de renouvellement qui débuteront dans quelques mois. Il appelle, dans tous les cantons concernés, les travailleurs à décider de leurs revendications prioritaires à travers une vaste enquête. Un questionnaire leur est soumis afin qu'ils puissent, parmi sept revendications, déterminer lesquelles viennent en tête de liste. Six de ces revendications émanent des discussions avec les militants, et la septième permet aux travailleurs d'ajouter une exigence importante pour eux*. Ces revendications couvrent les questions de retraite anticipée, de protection contre les licenciements, de vacances, de salaires, de santé au travail et des défraiements.
Un premier rendez-vous de campagne est donné aux militants d'Unia le 25 juin prochain. Ils se réuniront lors d'une rencontre baptisée Unia Forte Electricité et Techniques du bâtiment. Suivra, le 3 septembre, une conférence multibranche qui élira les délégations de négociations. Ce n'est qu'en novembre, lors des conférences professionnelles des deux branches, que seront adoptés les cahiers de revendications et les mandats de négociation. Le point sur ces deux renouvellements avec Aldo Ferrari, membre du comité directeur d'Unia en charge de l'artisanat.


Questions - réponses

Quels sont les enjeux de ces renouvellements de CCT?
Ces renouvellements sont très importants pour le secteur de l'artisanat qui est aussi l'objet de pressions politiques et économiques. Améliorer les CCT et obtenir leur déclaration de force obligatoire est le meilleur moyen de lutter contre le dumping social et salarial. Chez les électriciens, l'installation de l'électricité est soumise à autorisation. Cela limite l'accès aux entreprises étrangères qui ne peuvent effectuer que de simples travaux. Mais la pression de la déréglementation existe et dans cette perspective il est important de renforcer cette CCT. Pour que la libre circulation puisse se faire harmonieusement, il faut aussi que les salaires minimums soient proches des salaires réellement versés ce qui n'est pas le cas dans ces branches. Le manque de personnel qualifié, en particulier chez les électriciens qui quittent le métier pour rejoindre les services d'entretien de grandes entreprises, plaide pour une amélioration de fond de ces conventions afin de rendre ces professions plus attrayantes.

Quel est l'objectif de l'enquête lancée par Unia?
Nous avons fait beaucoup d'adhésions dans ces branches et chacun doit pouvoir s'exprimer sur ce qui lui semble le plus important à améliorer. Nous avons mené de telles enquêtes dans la construction et chez les plâtriers. Nous souhaitons pouvoir discuter suffisamment à l'avance de nos priorités.

Est-ce aussi le but de la rencontre Unia Forte du 25 juin?
Oui, nous aurons une première estimation des résultats de l'enquête, mais nous allons surtout discuter de l'organisation de cette campagne, de la manière de la mener avec les travailleurs dans les entreprises, dans des branches constituées de grands groupes comme Alpiq ou Cofely et de nombreuses petites entités.

Y a-t-il de grandes différences entre les CCT des électriciens et des techniques du bâtiment et celles de la construction ou du second œuvre?
Outre la question des salaires, il y a des différences au niveau des vacances et des défraiements, mais également sur la retraite anticipée. Les salariés de l'artisanat sont, comme les autres travailleurs actifs sur les chantiers, soumis à de pénibles conditions de travail. Mais ils ne bénéficient pas de retraite anticipée (à l'exception de Vaud, Valais et Genève). Il y a là une grosse lacune à combler. Et cela est possible, comme en témoignent les CCT cantonales offrant des possibilités de retraite anticipée pour la plupart de ces métiers. 


Propos recueillis par Sylviane Herranz

 

 

Edition n° 23/24 du 8 juin 2011

 
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