Salaire minimum : la population massivement favorable
Un sondage révèle que 85% de la population approuve l'initiative de l'Union syndicale suisse pour un salaire minimum

Un sondage publié la semaine dernière indique que 85% de la population est favorable à l'introduction d'un salaire minimum. Les sondés souhaitent même que le montant soit supérieur à ce que demande l'initiative de l'Union syndicale suisse (USS). En parallèle, l'USS sort une étude montrant que le salaire minimum est un outil efficace contre le dumping salarial.

L'initiative de l'Union syndicale suisse (USS) pour l'introduction d'un salaire minimum a le vent en poupe. Non seulement elle est déjà dotée de plus de 80000 signatures mais elle vient de recevoir la preuve d'une large adhésion. Rendu public la semaine dernière à Berne, un sondage réalisé par l'institut Link auprès de 1002 personnes en Suisse, révèle en effet que 85% de la population est favorable au principe d'un salaire minimum légal. Les personnes interrogées se sont aussi prononcées sur le montant minimal qu'ils jugeaient équitable. La moyenne a atteint 4487 francs, soit près de 500 francs de plus que ce que réclame l'initiative de l'USS. Le sondage ne présente qu'une différence minime d'appréciation entre les femmes et les hommes ainsi qu'entre Romands et Alémaniques.

Rempart contre la sous-enchère
Ces chiffres traduisent une volonté de mettre fin à une triste réalité. En Suisse en effet, 400000 personnes (dont trois quarts de femmes) occupées à plein temps, ne disposent pas d'un salaire leur permettant de vivre décemment. «Or qui travaille à plein temps doit pouvoir vivre de son salaire sans dépendre du soutien supplémentaire fourni par les pouvoirs publics», rappelle Paul Rechsteiner, président de l'USS.
Le salaire minimum légal est également un outil efficace contre la sous-enchère salariale. «Si les employeurs doivent offrir les mêmes conditions de travail aux salariés étrangers et indigènes et leur verser le même salaire, ils n'engageront que la main-d'œuvre faisant défaut en Suisse. On pourra ainsi éviter que la main-d'œuvre indigène ne se fasse évincer par celle étrangère», souligne Daniel Lampart, économiste en chef de l'USS.

Meilleure répartition des revenus
Daniel Lampart fait partie du groupe d'experts de l'USS sur les salaires minimums dont les conclusions ont été présentées à la presse la semaine dernière à Berne. Premier constat, la formule connaît un essor considérable. De nombreux pays l'ont adoptée ou l'ont améliorée au cours de ces 20 dernières années. Se fondant sur des études économiques internationales, les experts concluent que le salaire minimum porté à un seuil raisonnable n'a pas d'impact négatif. «S'il est suffisamment élevé, il entraîne une répartition plus équilibrée des revenus, parce qu'il améliore la situation des bas et moyens revenus», précise Daniel Lampart. Il ne provoque pas non plus une augmentation du chômage, notamment parce que bon nombre de personnes pourront, grâce au salaire minimum, renoncer à un deuxième emploi et également parce que les entreprises qui avaient confié des travaux en sous-traitance (notamment dans le nettoyage) pour limer leurs coûts salariaux auront tout intérêt à rapatrier ces activités. L'introduction d'un salaire minimum de 22 francs de l'heure n'aura pas non plus l'effet de gonfler les prix. «Selon les études internationales, les hausses des salaires minimums se répercutent surtout sous la forme d'une réduction des marges des entreprises.»
L'initiative de l'USS ne porte pas que sur le plancher salarial légal. Elle mise en priorité sur les conventions collectives de travail. Le groupe d'experts préconise d'en augmenter le nombre, la qualité et la portée. Il propose notamment une extension facilitée des CCT et de rendre obligatoire le conventionnement des entreprises qui participent à des soumissions publiques ou qui entendent bénéficier d'aides financières.

Pierre Noverraz


L'écart salarial se creuse entre Genevois et frontaliers

La pression sur les salaires est particulièrement forte dans les cantons frontaliers. A Genève par exemple, les chiffres 2008 de l'Office cantonal de la statistique révèlent que le salaire médian des frontaliers est de 16,3% inférieur à celui des Genevois. Cet écart n'était «que» de 10,7% en 2000. La diminution des salaires des frontaliers est fortement marquée dans les secteurs où ils sont employés en qualité d'intérimaires comme dans la chimie (-18,5%), l'enseignement privé (-11%), l'informatique (-8%) et le commerce de gros (-8%). Au cours de ces mêmes huit années, la proportion des travailleurs touchés par les bas salaires est passée de 15,1% à 18,2%.
«La libre circulation des personnes a permis aux entreprises d'étendre leur bassin de recrutement et d'accroître la mise en concurrence des travailleurs», explique Alessandro Pelizzari, secrétaire régional d'Unia Genève. «Pour le mouvement syndical qui milite en faveur de la libre circulation des personnes et le principe "à travail égal, salaire égal", il convient de constater que les mesures d'accompagnement doivent impérativement être renforcées, notamment en termes de protection des salaires. Un salaire minimum légal est, de ce point de vue aussi, le meilleur rempart contre toute tentative xénophobe de division des travailleurs.»

PN

 


 

Edition n° 26/27 du 29 juin 2011

 
Imprimer l'article
 
Haut de la page