A la souris d'être plus rusée que le chat...
A 75 ans, Michel Pellaud revient sur son long passé syndical à la Ciba à Monthey

Des combats, il en a menés, Michel Pellaud. Hier sur le front syndical, aujourd'hui sur celui de la santé, l'homme souffrant d'un cancer du larynx. Pas de quoi briser le moral de ce militant de la première heure qui est toujours membre d'Unia et lutte contre une maladie responsable de nombreuses opérations, dont quatre pour ce seul dernier mois... S'excusant dès lors d'une mémoire fragilisée par les narcoses à répétition, l'homme de 75 ans relate, d'une voix essoufflée mais les yeux pétillants de malice, les souvenirs les plus marquants de son parcours syndical. Un chemin choisi dès le début de son entrée dans le monde professionnel, à 17 ans, alors que, travaillant sur un chantier, il touche 1,45 franc de l'heure. «Les salaires en Valais étaient particulièrement bas comparés à ceux pratiqués dans d'autres cantons» relève Michel Pellaud qui, employé ensuite comme mineur aux Diablerets, gagnera 3,60 francs de l'heure. «J'ai pensé qu'il fallait alors commencer à lutter» relève l'ancien ouvrier qui dit avoir hérité de ses proches ce besoin d'engagement. «Dans ma famille, on a toujours eu tendance à se tourner vers le social.»

Aussi en coulisse
Comptabilisant pas moins de 42 ans de syndicalisme, Michel Pellaud se remémore en particulier son travail à la Ciba. Engagé d'abord comme portier, l'homme est ensuite nommé à plein temps à la présidence de la commission ouvrière de l'usine forte alors de quelque 2800 collaborateurs. Une fonction qu'il va occuper dix ans et qui l'amène à se pencher sur nombre de problèmes comme ceux liés à la prévention de l'alcoolisme en milieu industriel et à l'aide aux ouvriers concernés. «Je les accompagnais dans leur traitement» se souvient le retraité, soulignant les risques accrus liés à ce fléau en raison de la manipulation de produits toxiques. La dangerosité de certaines substances sur la santé des travailleurs, comme les questions sécuritaires et d'hygiène, seront aussi traitées par la commission. Au chapitre des victoires les plus importantes qu'elle a remportées, son ancien représentant signale l'évaluation des places de travail et des qualifications des collaborateurs. Une démarche qui aura permis de substantiels progrès en matière d'équité salariale. «A travail égal, salaire égal. Nous sommes parvenus à réduire les écarts sur un site qui réunissait quelque 180 à 200 femmes, sans compter les apprenties», relève Michel Pellaud qui effectuera également tout un travail de l'ombre, partant chercher les collègues restés endormis, avançant les sommes des cotisations syndicales à ceux qui manquaient d'argent...

Bisbille syndicale
La solidarité chevillée au corps, Michel Pellaud a aussi dû livrer bataille contre l'appareil syndical, lors du fameux «Manifeste 77», en référence à l'année où le démêlé s'est produit. «La base de la section de la FTMH de Monthey était alors en porte-à-faux avec les responsables de la centrale et critiquait en particulier la bureaucratie... Nous avions bloqué les cotisations... Des délégués bernois sont venus en Valais, ont fouillé les bureaux, cherchant à faire main basse sur les bulletins de versement des contributions des membres. Je les avais cachés dans le coffre de ma voiture» rigole Michel Pellaud, soulignant au passage «le caractère de cochon des Valaisans» et le renoncement ultérieur des Bernois à venir trop se mêler de leurs affaires. «Après cet événement, nous suivions les directives de la centrale, mais nous travaillions uniquement avec les représentants locaux. Nous étions ainsi beaucoup plus libres pour négocier.»

Deux voyages et demi...
Rompu à l'art du dialogue et de la psychologie, ayant noué d'excellentes relations avec le chef du personnel de la Ciba de son temps, Michel Pellaud admet modestement avoir abattu un énorme travail et syndiqué d'innombrables collaborateurs. «Deux voyages et demi» lance-t-il, précisant qu'ils initiaient chaque nouvel arrivant au contenu de la Convention collective de travail. Tout au long de ses années de présidence, le représentant syndical a su faire preuve aussi bien de tact que de détermination et combativité. «Au début, j'étais assez timide, mais avec l'expérience et les coups reçus, j'ai appris à réagir. Je ne donnais jamais de réponse spontanée. Je prenais le temps de réfléchir, d'analyser les situations. J'ai compris que la souris devait se montrer plus rusée que le chat. Et si j'ai parfois pleuré, ce ne fut pas de découragement mais de rage.» Un engagement que Michel Pellaud devra toutefois interrompre de manière prématurée en raison de graves ennuis de santé. «Je fumais beaucoup... Le stress... Les problèmes des travailleurs... Après une opération du cœur, j'ai dû prendre une retraite anticipée, à l'âge de 57 ans.»
Toujours syndiqué à Unia - «parce que les vieux doivent servir à quelque chose», - Michel Pellaud estime qu'il faut aujourd'hui lutter contre le mobbing et pour davantage de vacances. «On demande toujours plus aux ouvriers. Ils doivent pouvoir récupérer.» Inconditionnelle et exemplaire solidarité...


Sonya Mermoud


 

Edition n° 26/27 du 29 juin 2011

 
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