Pathé fait son cinéma antisyndical
Plusieurs dizaines d'employés de Pathé ont donné mandat à Unia pour les représenter. Mais la direction a refusé de négocier

Aux caisses des salles obscures, ce n'est pas Hollywood pour tout le monde. A Pathé Genève, de nombreux salariés touchaient 17,60 francs de l'heure, subissaient de fortes pressions de la hiérarchie et assuraient être surveillés par caméras. Après leur mobilisation, assortie d'un préavis de grève, le personnel a obtenu une augmentation de leur paie. Mais seul un partenariat social du syndicat avec la direction permettra des améliorations durables...

La gestion du personnel laisse clairement à désirer chez Pathé Genève. Fin avril, plusieurs dizaines d'employés du complexe de cinémas ont tenu une assemblée générale dans les locaux d'Unia et ont mandaté le syndicat pour les défendre. Parmi les problèmes détaillés alors par le personnel: l'absence de dialogue entre la direction et les employés, la vidéosurveillance illégale, la pression continue exercée par la hiérarchie, des licenciements injustifiés, la faiblesse du salaire horaire... Unia a alors écrit à la direction, qui a mis en doute la représentativité du syndicat et a réclamé la liste des travailleurs qui l'avaient mandaté: «C'est une demande inacceptable car nous sommes tenus au secret de fonction. Nous avons répondu que nous étions d'accord de faire appel à une instance neutre pour qu'elle examine notre représentativité, mais Pathé a refusé», raconte Jamshid Pouranpir, secrétaire syndical à Unia Genève.

Préavis de grève
La direction a alors exercé de nouvelles pressions sur le personnel pour avoir «osé» contacter Unia. Face à cette attitude, des affiches dénonçant la vidéosurveillance et les bas salaires ont fleuri dans les cinémas. La réaction de Pathé ne s'est pas fait attendre: le directeur national du groupe, Brian Jones, s'est déplacé à Genève pour signifier aux représentants syndicaux qu'il ne souhaitait aucune relation avec eux et a prononcé une interdiction d'entrée dans ses salles obscures à l'égard de deux d'entre eux.
Les salariés ont décidé de ne pas se laisser faire. Le 26 mai, ils ont déposé un préavis de grève. Cette action a porté: la direction a annoncé que les problèmes mentionnés allaient être discutés lors d'une réunion de la direction avec le personnel, agendée le 4 juin. En attendant, la grève a été reportée, mais une journée d'action a été menée le 28 mai autour des cinémas de Balexert pour informer les clients et les passants de la situation du personnel. Parallèlement, le syndicat a déposé une plainte auprès de la Chambre des relations collectives de travail (CRCT) de Genève afin qu'elle constate la représentativité d'Unia.

Un pas en avant
Début juin, Brian Jones a annoncé alors que le salaire horaire des collaborateurs de Genève allait passer de 17 fr. 60 à 19 fr. 80, à l'instar de leurs collègues de Lausanne qui étaient jusqu'ici mieux rémunérés. De même, la direction s'est engagée à s'assurer que les caméras de surveillance (destinées à la sécurité) n'étaient pas braquées sur le personnel. «Finalement, Pathé a tenu compte de la mobilisation des employés et a répondu à une partie des revendications. Nous nous en réjouissons. Maintenant, la direction doit accepter d'entamer un dialogue avec Unia et les représentants du personnel sur les points litigieux en suspens», a conclu Jamshid Pouranpir. A l'heure où nous mettions sous presse, les deux parties étaient convoquées devant la CRCT pour une séance de conciliation.


Christophe Koessler


 

Edition n° 26/27 du 29 juin 2011

 
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