La Palestine chevillée au coeur
Françoise Fort, une militante engagée aux côtés des Palestiniens refusant d'être chassés de leurs terres

«Participer à une mission en Palestine? C'est participer à un projet du possible. Malgré toutes les difficultés, la Palestine est un pays en gestation, à la parole libre qui invente un avenir.» Françoise Fort est de ces militantes d'extrême gauche ayant combattu dans de nombreuses organisations et dont la lutte aujourd'hui est ancrée dans le concret. Elle a été à l'initiative des premières missions suisses envoyées en Palestine dans le cadre de la Campagne civile internationale de protection du peuple palestinien. En 2001, Françoise Fort avait pris part à une mission organisée par des Belges. A son retour, elle lance un appel pour l'envoi d'une mission suisse à travers son organisation, Solidarités. L'année suivante, à Pâques, la première mission helvétique se rend en Palestine. «En 2001, Sharon venait de prendre le pouvoir et avait déclaré: "je vais finir 1948". C'est-à-dire, terminer l'expulsion totale des Palestiniens de leurs terres. Il n'y a eu aucune réaction de la Communauté internationale. Puisqu'elle se taisait, des intellectuels ont appelé à ce que la société civile prenne le relais. Cela a donné naissance aux missions.» Leur objectif: protéger la population et la culture palestinienne contre les assauts des forces militaires israéliennes.

Empêcher les expulsions
Depuis, ces missions se rendent régulièrement dans les territoires occupés* et Françoise Fort, vivant à Begnins, est souvent du voyage. «C'est une nouvelle forme de solidarité, d'union, cela en raison de la société palestinienne elle-même, de son accueil. Auparavant, comme membre de l'Association Suisse-Palestine (ASP), je me rendais sur place dans le cadre d'échanges entre ONG. Avec ces missions, c'est autre chose, ce n'est pas à proprement parler une aide au développement. C'est basé sur le partage et l'engagement concret sur le terrain. Nous sommes sur place pour renforcer la présence et le témoignage de la solidarité face aux Israéliens», souligne-t-elle. Les premières missions avaient pour but de protéger des villages attaqués par l'armée israélienne afin d'expulser leurs habitants et agrandir les colonies. L'aide à la cueillette des olives est aussi au centre de ces missions. Pour protéger la survie économique des paysans, et pour que les Israéliens ne puissent pas empêcher les Palestiniens de travailler leurs terres. «Nous luttons ainsi contre ce qui constitue le cœur même du sionisme: la politique d'accaparement des terres. Selon sa loi, si une terre n'est pas travaillée pendant trois ans, elle devient propriété de l'Agence juive!» Cette loi éclaire la lutte des habitants de Bil'in, village coupé de ses terres par le mur de la honte érigé depuis 2004. En juin dernier, grâce à leur résistance non violente à laquelle ont participé plusieurs missions civiles, les villageois ont obtenu le déplacement du mur et la restitution d'une partie de leurs terres.

Jénine, foyer de résistance
«Les missions permettent aussi de témoigner de ce qu'est ce mur de la honte. Les médias prétendent qu'il assure la sécurité. C'est faux. Son tracé suit exactement les ressources hydrauliques, vitales pour la population. Dans les territoires palestiniens, Israël peut couper l'eau à tout moment...» s'insurge Françoise Fort, dont l'aversion envers toute injustice s'est vite transformée, dans sa jeunesse, en engagement politique. Cet engagement se ressent lorsque, dans la petite galerie Focale de Nyon où elle nous accueille, elle commente les photographies de Reto Albertalli, réalisée en 2010 dans le camp de réfugiés de Jénine. Ce camp regroupe des familles palestiniennes expulsées de Haïfa en 1948. 14000 personnes y vivent, sur un kilomètre carré. «Lorsque j'y suis allée, en 1989, c'était le foyer de résistance de l'Intifada. L'extrême gauche était très implantée, et les jeunes bardés de diplômes. Depuis l'échec des accords d'Oslo, le Hamas a pris de l'influence», raconte Françoise Fort. En témoigne ce portrait d'une jeune fille voilée, auteure d'une tentative d'attentat suicide. «Le photographe a voulu transmettre au public un climat de désolation, de tristesse. Or il s'agit plutôt que, dans la culture arabe, la dimension de l'héroïsme réside aussi dans la défense passive, la possibilité d'attendre lorsque le rapport de force est défavorable (sumoud)», explique la militante. Une image la dérange, celle d'un jeune soldat israélien transpirant la peur. «On ne peut pas mettre sur le même pied les bourreaux et les victimes. Ce jeune soldat n'est pas obligé d'être là, il pourrait refuser de servir.» Mais Françoise Fort apprécie la photo d'une ruelle étroite de Jénine, permettant d'apporter une profondeur absente de ces images: celle de l'Histoire. Cette ruelle évoque la nécessité d'occuper le moindre centimètre carré lorsque les tentes du camp ont laissé la place, en 1956, à des constructions en dur. Une autre photographie la relie aussi à son combat: celle d'une sculpture de cheval réalisée avec des morceaux de voitures, dont une ambulance, détruites par une bombe israélienne. «En arabe, Intifada, ou soulèvement, traduit aussi le soubresaut que fait le cheval pour désarçonner son cavalier, en l'occurrence les forces d'occupation...»


Sylviane Herranz


* La prochaine mission du Collectif Urgence Palestine, d'une durée de deux semaines, aura lieu entre fin octobre et début novembre. Intéressés? Renseignements et inscriptions sur le site www.urgencepalestine.ch


 

Edition n° 28/29 du 13 juillet 2011

 
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