Maintenir la tradition brassicole à Fribourg
Les travailleurs de Cardinal et Unia ont transmis aux autorités un concept de petite brasserie industrielle

«Ça devient dramatique... Les machines se sont arrêtées, l'embouteillage aussi. Nous avons fait le dernier sous-tirage la semaine passée. Dans la brasserie, on se croirait dans une salle mortuaire.» René Fragnière, président de la commission des travailleurs de Cardinal à Fribourg, raconte la fin de «sa» brasserie. Une fin annoncée l'automne dernier. Aujourd'hui, sur les 75 employés concernés par la fermeture, il ne reste plus qu'une trentaine de personnes actives sur le site. Plusieurs sont parties pour Rheinfelden (AG), où est désormais brassée la Cardinal, d'autres sont déjà à Givisiez où se trouve le centre de distribution du groupe Feldschlösschen, propriétaire de la bière fribourgeoise. Beaucoup quittent aussi le navire dès qu'ils trouvent un travail ailleurs.
René Fragnière est amer. Lui-même partira à la retraite à la fin de l'année, moment où le site devrait définitivement fermer. Mais avec les membres de la commission, et avec Unia, il continue de se battre pour sauver le savoir-faire brassicole ancestral du canton. La semaine dernière, avec son collègue Laurent Pillonel et deux syndicalistes d'Unia, il a présenté à la presse un concept de brasserie original qui permettrait de perpétuer cette tradition.

Une quinzaine d'emplois
Ce concept, développé par un brasseur et un ingénieur argoviens, prévoit la réalisation d'une petite brasserie industrielle, produisant 2 millions de litres de bière par année, soit environ 20 fois moins que la production de la Brasserie du Cardinal. Cette brasserie ne serait pas non plus une microbrasserie comme celles qui ont pris de l'essor ces dernières années. Elle générerait la création d'une quinzaine de postes de travail et mise sur une bière écologique, de qualité et produite dans le respect de conditions de travail équitables. Reste à trouver le financement (6,7 millions) et l'espace nécessaire, soit environ 1500 m2. Un espace bien plus petit que celui de la Brasserie du Cardinal, dont le terrain de 53000 m2 a été acheté en juin dernier pour 25 millions de francs par la ville et le canton de Fribourg. Cependant, les initiateurs du projet n'ont pas d'exigence particulière sur la localisation de la nouvelle brasserie.

Après les promesses, des actes
L'important est que les autorités prennent leurs responsabilités et concrétisent cette idée. La commission des travailleurs de Cardinal et Unia ont dans ce but remis le projet le 7 juillet dernier aux élus et aux représentants des milieux économiques fribourgeois. «Lors de l'annonce de fermeture de la brasserie, de nombreuses déclarations ont été faites de la part de la ville et du canton affirmant que tout serait mis en œuvre pour maintenir la tradition brassicole et l'emploi à Fribourg. Nous attendons que nos autorités agissent. A elles maintenant de développer et de concrétiser ce projet car cela n'est plus du ressort des travailleurs ni du syndicat», souligne Armand Jaquier, secrétaire régional d'Unia. «La balle est désormais dans le camp des responsables politiques. On ne pourra pas nous reprocher de n'avoir rien fait pour sauver la tradition brassicole fribourgeoise. La ville et le canton ont obtenu le terrain pour une bouchée de pain. Qu'ils tiennent maintenant leurs promesses», ajoute René Fragnière. 


Sylviane Herranz

 


 

Edition n° 28/29 du 13 juillet 2011

 
Imprimer l'article
 
Haut de la page