Révoltée par la résignation
Enseignant les sciences sociales Emilie Bovet s'engage aussi auprès des migrants et dans la lutte contre le racisme

Mais où Emilie Bovet trouve-t-elle autant d'énergie? Entre son travail à l'Université de Lausanne et à l'EPFL, une thèse qu'elle est sur le point de terminer relative aux liens entre le cerveau et les maladies mentales, ses engagements bénévoles au sein du Mouvement de lutte contre le racisme (MLCR) et de Franc-Parler, une association d'aide aux migrants, cette jeune femme de 30 ans n'a pas une minute d'arrêt ou presque. Du coup, c'est probablement la révolte qu'elle ressent face à la résignation et toute forme d'irrespect qui lui sert de carburant. Comme le rêve qu'elle nourrit de voir les choses bouger, pour un monde plus solidaire. Et cette nécessité intrinsèque de s'y impliquer, à son niveau. Nécessité qu'Emilie Bovet qualifie «d'acte citoyen». Cette approche de la vie l'a conduite à s'investir, dès sa fondation en 2009, dans le MLCR.

Racisme banalisé
«Cet organisme poursuit différentes missions. Il intervient notamment lors de campagnes discriminatoires - comme celles menées par l'UDC contre les minarets ou encore sur les criminels étrangers - en organisant des manifestations, débats, stands d'information sur les marchés...» explique Emilie Bovet tout en dénonçant la dérive de ce type de démarches politiques qui «banalisent la xénophobie, créent des pseudo-catégories de personnes, légitiment ouvertement tous types de racisme». «Le phénomène empire... Et pas seulement de la part de l'UDC. On m'a même craché dessus alors que je tenais un stand» déplore la représentante du MLCR tout en relevant les logiques souvent plurielles de la discrimination, rarement cantonnée à la seule couleur de peau...
Actif sur le terrain de la sensibilisation de l'opinion publique, le MLCR propose également son aide directe aux victimes de racisme, par le biais de permanences où il offre écoute et conseils.
«Il nous arrive aussi d'écrire des lettres aux organismes auteurs de propos racistes - entreprises, services de police, etc. - pour demander qu'une rencontre ait lieu avec le plaignant. Pour ce dernier, le simple fait de bénéficier d'une confrontation agit souvent comme une réparation symbolique» détaille Emilie Bovet. A ce chapitre, l'organisation a récemment appuyé le Syndicat des services publics interpellé par plusieurs employées d'un EMS de Lausanne, en raison de sérieuses atteintes à leur personnalité, dont certaines à caractère raciste. «Nous avons parlé avec les aides-soignantes concernées et dénoncé aux autorités les propos discriminatoires tenus à leur encontre. J'avais rarement entendu une histoire aussi bouleversante dans une institution lausannoise» confie la représentante du MLCR et de préciser: «Nous envisageons, dans un second temps, quand les traumatismes auront pu être dépassés, d'accompagner ces personnes dans le home pour qu'elles puissent dire au revoir aux résidents. Toutes ont été licenciées ou ont été poussées à démissionner.»

Halte aux étiquettes
L'engagement d'Emilie Bovet au MLCR s'inscrit dans le prolongement naturel de sa participation à Franc-Parler, notamment comme enseignante. Sise à Renens, cette association propose des cours de français aux migrants et différentes activités culturelles. Un microcosme qui plaît énormément à la jeune femme, relevant la richesse des personnes côtoyées. «Plus qu'une simple aide, il est important de connaître leur parcours, de valoriser leurs compétences et, comme le fait Franc-Parler, de décloisonner ce monde en accueillant tout un chacun, étrangers et Suisses, sans considération de statuts, de moyens financiers...» Cette marge de manœuvre à laquelle ne peuvent prétendre les organes étatiques motive Emilie Bovet qui croit à la nécessité de ces structures indépendantes. Et à la possibilité d'agir concrètement en faveur de relations plus harmonieuses entre hôtes et société d'accueil, en cessant déjà d'étiqueter les migrants comme tels. «Le centre est très dynamique. Si l'apprentissage du français constitue sa colonne vertébrale, il promeut aussi les échanges de savoir.» Parmi les projets en cours, celui d'une mode éthique.

Sur le terrain
«L'idée est de réunir des personnes qui exerçaient la profession de couturière ou couturier dans leur pays d'origine - principalement en Irak et en Afghanistan - avec une styliste locale» s'enthousiasme Emilie Bovet. Encore du pain sur la planche en perspective pour l'enseignante... «On a tous plusieurs fonctions dans l'association. Il s'agit aussi pour moi de ne pas avoir deux pieds dans le monde académique mais de pouvoir me frotter aux réalités de terrain.» Et quand un trop-plein d'activités se fait sentir, Emilie se ressource dans son jardin potager ou part en voyage. Une dernière passion qui l'a conduite à séjourner plusieurs mois au Cambodge, afin d'étudier l'impact du génocide sur la population et sa capacité à se reconstruire... Cet été, elle passera ses vacances à Marseille, une ville «fascinante», qu'elle apprécie pour son brassage culturel. Ouverture à l'autre, quand tu nous tiens...


Sonya Mermoud

 


 

Edition n° 30/31 du 27 juillet 2011

 
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