Cinéma Bel-Air : salaires toujours impayés
Soutenus par Unia, la dizaine d'employés du cinéma Bel-Air à Yverdon continuent à se battre

L'ultimatum fixé par la dizaine d'employés du cinéma Bel-Air à Yverdon à leur direction est resté sans effet. A son échéance, le 17 juillet dernier, ceux-ci n'avaient pas touché un centime des salaires impayés depuis plusieurs mois. Avec l'aide d'Unia, ils tentent toujours de récupérer leur dû et ont entamé des poursuites à l'encontre de l'exploitant. Explications et témoignage.

Mauvais film pour le personnel du Bel-Air à Yverdon. Un scénario qui met en scène un exploitant n'ayant pas honoré ses engagements à l'égard de ses employés et des travailleurs qui, privés de plusieurs mois de salaires, peinent désormais à nouer les deux bouts. Une histoire où les promesses répétées de versement ont maintenu l'espoir dans les rangs des collaborateurs et, partant, leur présence à leur poste avant qu'ils ne finissent par l'abandonner, las de travailler gratuitement. «Les collaborateurs sont en grève depuis le 27 juin. Certains n'ont pas été payés depuis le mois d'avril» précise Annabel Glauser, secrétaire d'Unia en charge du dossier.

Ultimatum ignoré
«Nous avions écrit une lettre à la direction, signée par tous les employés, pour réclamer le règlement des arriérés de salaires au 12 juillet au plus tard.» Un ultimatum ignoré... Dans ce contexte, le syndicat et l'équipe du Bel-Air ont décidé de mettre en poursuite l'exploitant. Qui manquerait de liquidités et cumulerait les dettes avec des loyers de salles et diverses factures en souffrance...
«Pour les travailleurs du Bel-Air, les montants dus s'élèvent entre 1000 et 3000 francs par personne», chiffre la secrétaire syndicale. «Ils concernent aussi bien les personnes en charge de la caisse que celles attelées à la projection.» Normalement, chaque séance - indépendamment de sa durée - est rémunérée 22 francs pour la première catégorie d'employés et 32 francs pour la seconde. «Chacun travaillait en moyenne durant une à trois séances par jour.»

Trous dans les budgets
Bien que représentant pour la majorité des collaborateurs du Bel-Air un travail d'appoint, ceux-ci ne sauraient s'en passer. «La plupart d'entre eux sont des personnes âgées, ou d'autres à l'AI, rencontrant des difficultés financières, ainsi que des étudiants», relève Christophe Pidoux employé polyvalent au Bel-Air comme il se définit lui-même. «Responsable du personnel, je me charge aussi des projections et parfois de la caisse», précise le jeune homme de 25 ans, engagé depuis trois ans dans l'entreprise. Pour ce dernier mais aussi pour plusieurs de ses collègues, les salaires impayés pèsent lourdement dans le budget. «Mon patron me doit environ 4000 francs. Je ne sais pas comment je vais régler mon loyer et je ne suis pas le seul à connaître des fins de mois difficiles...», s'inquiète Christophe Pidoux. «Même si l'exploitant a des dettes partout, qu'il rencontre de gros problèmes de liquidités, ce n'est pas à nous d'en faire les frais» renchérit cet homme et de relever qu'aujourd'hui, le cinéma tourne avec du personnel de Genève et que les serrures ont été changées. «Si ces employés sont payés? Mystère.»

«Un vrai potentiel»
Une seule certitude, l'équipe du Bel-Air est soudée et entend bien continuer à se battre pour défendre ses droits. Dans l'intervalle, Christophe Pidoux estime que les habitants d'Yverdon devraient boycotter la salle et nourrit l'espoir qu'un repreneur s'annonce et réengage le personnel. «Je suis optimiste quant à la survie du Bel-Air. Avec ses 28000 habitants sans compter les alentours, Yverdon possède un vrai potentiel.» Rappelons qu'en avril et juin derniers, le Rex et le Capitole, les deux autres cinémas de la ville gérés par le même exploitant, ont fermé leurs portes...
Devant la menace de grands écrans blancs, les Verts ont lancé une pétition demandant à la Municipalité de tout «mettre en œuvre pour favoriser les investissements privés nécessaires à la création d'une offre cinématographique de qualité». Demande similaire formulée par le PS pour que l'affiche yverdonnoise ne soit pas vierge...


Sonya Mermoud

 


 

Edition n° 30/31 du 27 juillet 2011

 
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