Pour les droits politiques des étrangers
Unia Vaud appelle à accepter l'initiative populaire pour le droit de vote et d'éligibilité des étrangers le 4 septembre prochain

La population du canton de Vaud est composée de 25 % d'étrangers. Pour Unia, les migrants établis de longue date doivent avoir les mêmes droits que les Suisses, estime Unia. Un militant et un secrétaire syndical, tous deux naturalisés, détaillent les raisons qui motivent ce point de vue.

Ali Korkmaz et Abdou Landry savent ce que signifie être privés de droits politiques en Suisse. Ils connaissent aussi ce qu'implique de les exercer, puisqu'ils les ont acquis tous deux à travers la naturalisation. Le premier, militant d'Unia depuis 20 ans, officie comme président du groupe d'intérêt migrants d'Unia Vaud, le second exerce le métier de secrétaire syndical à Unia La Côte. Ali Korkmaz, arrivé de Turquie en 1986, est mécanicien aux CFF et élu municipal à Renens. Abdou Landry, juriste de formation, a quitté il y a près d'un quart de siècle son Maroc natal en raison de la répression qui y faisait rage contre les militants. Ils expliquent pourquoi Unia recommande d'accepter l'initiative «Vivre et voter ici» le 4 septembre prochain, qui accorde les droits de vote et d'éligibilité aux étrangers établis depuis plus de dix ans en Suisse, et trois ans dans le canton.

 

Pourquoi pensez-vous qu'il est important d'accorder les droits politiques aux étrangers établis de longue date?
Ali Korkmaz: Simplement parce que 25% des habitants de notre canton (le pourcentage d'étrangers y vivant) ne sont pas représentés au Parlement. Ce n'est ni logique, ni démocratique. Nous vivons ensemble, avec nos voisins, nos collègues, nos amis, suisses ou étrangers, il n'est pas normal que certains votent et d'autres pas. Les migrants contribuent à la richesse du pays par leur travail, paient des impôts et des charges sociales et ils sont concernés par les décisions prises par les autorités au même titre que les Suisses.
Abdou Landry: Il s'agit aussi de rétablir les droits que les migrants ont perdus en arrivant ici: leurs droits civiques.

De quelle manière Unia est-il concerné par cette votation? En quoi les habitants du canton sont-ils impliqués en tant que travailleurs?
A. L.: Les migrants constituent environ 54% des membres d'Unia en Suisse. Les décisions politiques prises ont un impact sur leurs conditions de travail et de vie. Lorsqu'Unia tient des stands de récoltes de signatures pour des initiatives et référendums, très nombreuses sont les personnes qui souhaiteraient signer mais n'en ont pas le droit. Or, cela concerne autant les assurances sociales ou la fiscalité, que les revenus, on l'a vu avec la récente votation sur le salaire minimum. En attribuant les droits politiques aux étrangers établis en Suisse depuis longtemps, les travailleurs ne seront plus exclus de la vie politique, intimement liée à la vie de tous les jours.

En quoi l'octroi du droit de vote et d'éligibilité peut-il favoriser l'intégration des migrants?
A. K.: Le fait d'être considéré comme un citoyen donne davantage envie de faire des efforts envers les autres, de s'informer plus sur le pays, de s'impliquer dans la vie sociale et politique... Je suis aussi persuadé que les citoyens suisses seront contents que leurs voisins et collègues puissent voter.

Le fait d'avoir acquis les droits politiques à travers la naturalisation vous a-t-il personnellement incité à davantage vous intégrer?
A. K.: Tout à fait. Avant cela, je ne suivais pas l'actualité locale. A quoi bon si je n'avais pas mon mot à dire? Aujourd'hui, je m'informe de près. Cela me donne confiance pour m'investir. Cela m'a aidé à me stabiliser, à faire des progrès dans ma vie sociale et culturelle aussi. Sans parler de mon engagement politique. Tout cela fait une grosse différence dans la vie de tous les jours.
A. L.: Cela m'a permis de me sentir concerné par la question politique et publique. Les problèmes du pays, le chômage, l'emploi. Et de m'engager, de sentir le devoir de la citoyenneté. Je soutiens cette initiative aujourd'hui parce que je vois ce que cela m'a apporté. Cela a complété mon intégration professionnelle et sociale.

Mais pourquoi ne pas simplement conseiller aux étrangers vivant en Suisse depuis plus de dix ans de se naturaliser comme vous?
A. K.: Je crois que la naturalisation doit rester un choix personnel. Certains pays n'acceptent d'ailleurs pas la double nationalité. De nombreux migrants pourraient craindre de devoir renier leur pays d'origine pour devenir Suisses. Plus généralement, je pense qu'octroyer les droits politiques aux étrangers établis de longue date représenterait un pas important que la Suisse pourrait faire envers les migrants. Car l'intégration est une route qui va dans les deux sens. Les étrangers font de nombreux efforts pour s'intégrer, de son côté, la Suisse pourrait faciliter ce processus.
A. L.: J'ai voulu devenir Suisse car j'avais décidé d'y faire ma vie. Cela n'est pas le cas de tout le monde. Je pense que cela reste un choix très personnel et délicat. Les droits politiques ne devraient pas en dépendre. 


Propos recueillis par Christophe Koessler


 

Edition n° 34 du 24 août 2011

 
Imprimer l'article
 
Haut de la page