Entre luttes personnelles et collectives
Marcia Carron , Brésilienne d'origine, vit depuis vingt ans en Valais. Elle est une fervente militante d'Unia

«Je me maquille chaque matin, comme les Indiens. Pour partir au combat!» Elle rit, Marcia Carron. Coquette il est vrai, et surtout militante.
Elle a grandi au Brésil dans une famille de gauche qui soutiendra l'ascension de Lula jusqu'à la présidence. «Il a changé le pays!», se réjouit Marcia. Dans les années 80, la jeune femme d'alors suit des études en communication sociale, puis collabore à la bonne marche de l'entreprise de paysagisme de sa famille.
C'est lors d'un voyage en Suisse, il y a une vingtaine d'années, qu'elle rencontre son futur époux, un vigneron de Fully, à côté de Martigny. «Quand je suis arrivée, j'étais une curiosité pour les gens. Ils se demandaient d'où je venais. Quand je répondais «du Brésil», ils étaient étonnés que je sois blanche!» Elle rit, Marcia. Et encore plus, quand elle raconte ses premières vendanges. «Mon mari me disait que je n'étais pas très rentable!»
Très vite, elle est employée comme serveuse dans plusieurs restaurants du village, avant de devenir gérante de l'un d'eux. Elle s'investit et innove pour contrer les baisses du chiffre d'affaires liées notamment à l'introduction de la loi du 0,5 pour mille, puis à l'interdiction de la fumée. «Tellement de bistrots autour de nous fermaient que j'avais toujours une angoisse.»

Accro au travail
Le couperet tombe en 2009: malgré de bons résultats financiers, les propriétaires veulent fermer boutique. Unia intervient à ce moment-là et évite les licenciements. Marcia Carron en devient alors une fervente militante (après avoir quitté un syndicat, dont elle était membre depuis 16 ans, pas assez combatif selon elle). «Unia m'a donné le courage de me battre. Et j'ai donc intenté un procès à mon employeur pour 2880 heures supplémentaires non payées.» Elle gagne, en partie du moins. Mais, en 2010, la pression sur son lieu de travail est trop forte. A bout, elle finit par donner sa démission.
Son regard est lourd lorsqu'elle raconte, mais elle n'en perd pas son sourire: «Pendant toutes ces années, je suis rentrée dans un engrenage. Un bistrot demande une présence constante. Je voulais faire tellement, j'étais tellement enthousiasmée, mais c'était quand même du sacrifice un peu imbécile. Je n'avais plus le temps pour ma famille, ni même pour manger.» Elle dit aujourd'hui ne plus vouloir être «accro au travail». «Je vais contre le cliché que l'on a ici du Brésilien: je ne danse pas la samba et je travaille trop. C'était déjà le cas au Brésil.»

Positive, malgré tout
Aujourd'hui, elle souhaite prendre du temps pour elle, sans culpabiliser. «Je dois apprendre à me détendre. Ça fait longtemps que je n'ai presque pas de loisirs.» Des vœux pieux pour Marcia qui a de la peine à lever le pied. Dans le cadre du chômage, elle suit des cours de réorientation professionnelle: elle penche pour la vente ou la communication, à moins qu'elle ne trouve, quand même, un restaurant à ouvrir. «J'ai parfois cette angoisse de l'avenir. Trouver un travail à 51 ans, dans un autre domaine que la restauration, c'est difficile. Je dois prouver beaucoup. C'est un travail sur moi-même pour décompresser. Quand j'ai le blues, j'écoute Pink Floyd. Et après, ça repart. Les difficultés, ça fait avancer, ça rend plus fort. Je prends les choses du bon côté, même dans la pire des situations.»
Marcia Carron s'est également inscrite aux cours de l'association «Lire et Ecrire» pour perfectionner son français parfois hésitant, mais si joliment chantant. «Dans la restauration, cela ne m'a jamais posé de problème. J'ai souvent engagé des femmes étrangères qui ne parlaient presque pas le français, pour leur donner un coup de pouce. Et ça marchait bien.»

Penser au bien commun
Elle a un grand cœur, Marcia. «Dans la vie, je me crève. J'aime être utile et défendre les droits des gens. Quand je déchante, c'est quand je vois que certains ne s'impliquent pas pour les autres, et ne vont même pas voter! Avoir une vision globale pour défendre les droits acquis de longue lutte est essentiel.» D'où son engagement à Unia où elle cumule les fonctions. Déléguée pour les migrants, elle relève la péjoration de la condition d'immigré. «Quand je suis arrivée, je ne crois pas qu'il y avait cette haine de l'étranger. Aujourd'hui, il devient un bouc émissaire.» Militante également dans le groupe hôtellerie-restauration et membre du comité valaisan pour le salaire minimum, elle relève, en souriant, le paradoxe: «Mon mari m'a dit que j'allais le mettre dans la m...! Il n'a pas signé, même si je peux vous assurer qu'il paie correctement ses employés par rapport à d'autres. Je crois que, quand on est correct, la vie nous offre en retour.»
Son rêve? «Un monde bien pour tous, et pas seulement pour une élite. C'est peut-être plus une utopie qu'un rêve.»

Aline Andrey


 

Edition n° 36 du 7 septembre 2011

 
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