Les employés de Tesa ne se taisent pas
Les salariés de l'entreprise Tesa se solidarisent sontre l'augmentation du nombre d'heures de travail voulue par la direction

Plusieurs firmes de l'industrie suisse veulent faire payer aux employés la cherté du franc suisse par une augmentation du temps de travail sans compensation. A Renens, les employés de Tesa tiennent bon. Mercredi passé, ils étaient 130 à répondre à l'invitation d'Unia pour les informer de leurs droits.

Quelque 130 employés de Tesa ont assisté, mercredi passé, à l'assemblée organisée par Unia à la salle de spectacles à Renens. «Comme on n'a plus le droit d'entrer dans votre entreprise, c'est nous qui vous invitons», a lancé Yves Defferrard, responsable du secteur de l'industrie à Unia Vaud, en préambule à cette réunion convoquée la veille.
Organisée en un temps record, cette assemblée a permis de réagir au questionnaire distribué deux jours auparavant par la direction de Tesa. Dix questions, dont la première donne le ton: «Tesa est en danger. Voulez-vous faire un effort pour aider à sauver ses emplois?»
La commission d'entreprise et le syndicat se sont insurgés contre cette démarche unilatérale et cette pression exercée sur les travailleurs. Pour Unia, l'objectif de cette «procédure douteuse» mise en place par la direction était «de revenir sur l'application de l'article 57.4 de la CCT de la métallurgie (MEM)». Alors même que le personnel, dans sa majorité, l'avait rejeté le 2 septembre dernier.
Cet article de loi offre la possibilité, en cas de situation de crise, d'augmenter la durée de travail jusqu'à 45 heures hebdomadaires durant 24 mois, sans compensation. «Ce qui signifie faire porter la charge de la crise sur les salariés uniquement», se sont insurgés des représentants des syndicats Syna et SEV, ainsi que la syndique de Renens, Marianne Huguenin. Avec eux, d'autres politiciens sont venus apporter leur soutien aux employés.

Manque de transparence
Depuis la mi-août, les délégués du personnel sont mis sous pression et Unia s'est vu refuser la participation aux négociations et l'accès aux comptes de l'entreprise. Le manque de transparence est l'un des griefs adressés à la direction par le syndicat et la commission du personnel.
«Pour mettre en œuvre l'article 57.4, la demande doit être motivée. Vous avez donc le droit d'être informés de l'ensemble de la situation financière de l'entreprise et du groupe pour vous prononcer en toute connaissance de cause», a expliqué l'avocat Jean-Michel Dolivo mandaté par Unia.
A la remarque de l'un des travailleurs présents dans la salle: «On nous a dit que, sur la base de l'article 57.4, c'était illégal qu'Unia participe...» Yves Defferrard a répondu:
«Ce n'est pas du tout illégal, mais l'article en question ne le prévoit pas expressément.»
Les interprétations divergent entre l'ASM, l'Association patronale suisse de l'industrie des machines (Swissmem) dont fait partie Tesa, et les syndicats. En outre, la version allemande et française de la CCT n'est pas tout à fait identique et ajoute encore à la confusion.
«Si le droit était une science exacte, cela se saurait», a confirmé Jean-Michel Dolivo. «Mais, de mon point de vue, comme la CCT est signée par les syndicats, il me paraît arbitraire de les écarter. Si la direction conteste ce point c'est qu'elle veut pouvoir négocier avec des personnes qu'elle peut contrôler, puisque ce sont ses employés.»

Une commission sous pression
L'avocat a rappelé que stigmatisation, discrédit, brimades et atteinte à la liberté d'expression sont contraires à l'article 328 du Code des obligations sur la protection de la personnalité du travailleur.
La commission du personnel particulièrement mise sous pression a été applaudie par les travailleurs à plusieurs reprises. Sa présidente, Sophie Noirat, a encouragé ses collègues: «Ce matin, il est peut-être possible que la direction commence à comprendre que le personnel est fâché. Mais il est important de continuer à faire bien notre travail, car sinon c'est tout Tesa, donc nous, qui allons en pâtir.»
Car la démotivation est présente au sein de l'entreprise. «Ça discute beaucoup. Si la direction voulait plus de productivité, elle est en train de se tromper de méthode. L'ambiance, dans les ateliers, est pesante. Les gens ont peur pour leur emploi», explique le vice-président de la commission Yann Giger. Et Sophie Noirat d'ajouter: «J'ai l'impression que la direction se tire une balle dans le pied. Les heures supplémentaires augmentent le stress, l'absentéisme, mais pas forcément la productivité.»

Heures supplémentaires non payées?
Le cas de Tesa pourrait, à terme, toucher tout un secteur. Un employé de Sapal a averti ses camarades: «Nous nous devons d'être solidaires, car chaque fois que le personnel est divisé, on trinque! Si vous signez pour les 45 heures, c'est une mesure qui pourrait être prise partout ailleurs.»
Des mesures extraordinaires, dont les raisons restent troubles: «Dans un secteur, il y aurait 3 mois de retard de production. Une manière d'encourager les heures supplémentaires, sans même les payer?», se demandent certains employés en coulisse. Quant aux conséquences, elles ne sont pas plus claires: «Même si nous acceptions d'augmenter notre taux de travail, la direction ne nous promet aucune garantie contre le licenciement», explique Sophie Noirat. «Le service de l'emploi ne peut même pas encore nous garantir que l'on aurait droit à un chômage partiel en cas d'augmentation du temps de travail sans compensation.»
Roger Piccand, chef du Service de l'emploi du canton de Vaud, confirme: «Nous avons transmis cette question au Seco. Cette situation risque de se généraliser à d'autres entreprises, et, pour l'instant, nous ne savons pas.»

Aline Andrey

 


 

Edition n° 37/38 du 14 septembre 2011

 
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