Matières et patine du temps domptées
Artiste peintre, José Luis s'apprête à exposer ses oeuvres à Riddes, en Valais. Rencontre avec un passionné

Pari réussi pour José Luis qui n'entend pas faire du «déjà vu». Ses créations portent en effet toutes une signature bien personnelle. Leur singularité? Des œuvres s'appuyant sur l'assemblage de différentes textures, intégrant parfois des collages, des fibres de bois, des brins de laine... Car l'artiste peintre, d'origine portugaise, aime travailler la matière. En maîtrise ses possibilités et ses contraintes. Et peut compter sur une intuition heureuse, à voir le rendu de ses tableaux. Des compositions le plus souvent abstraites, originales et intrigantes, d'une beauté brute, méditative, découvertes dans son atelier de Vétroz, en Valais. Quelques œuvres aussi plus figuratives, présentant d'harmonieux corps féminins. Sa technique? L'homme débute son travail par un mélange d'enduit et de résine acrylique qu'il étale sur la toile. Il patiente ensuite quelques jours pour que les couches de couleurs sèchent. S'ensuit alors des interventions spontanées de l'artiste qui sculpte, coupe, enlève, creuse... dans ce relief formé par une dizaine de strates. Teintes, formes, figures réelles ou devinées sont révélées. Des lettres, un A qui parle d'amour ou un P de paix ou «paz», en portugais apparaissent de manière récurrente. Comme certains chiffres: le 21, sa deuxième signature, qui évoque le vingt et unième siècle; le 12, le 26 et le 44, que l'homme n'explique pas.

Chargées de mystère
«J'ignore la raison de leur présence. Elle répond à un besoin incompréhensible», confie José Luis qui affirme puiser son inspiration dans les vieux murs, «sa marque de fabrique». De ces façades et pans portant les stigmates du temps, contant, en filigrane, des chapitres de l'Histoire ou leurs historiettes propres. Atmosphères similaires dans les tableaux de José Luis qui prennent l'allure de vestiges, ruines, fragments de mémoire, comme s'ils avaient été patinés par les ans. «En travaillant la matière, je laisse mes émotions s'exprimer», résume le peintre qui peine à parler de ses oeuvres , préférant qu'elles le fassent pour lui. Des compositions chargées de mystère, laissant le spectateur libre de son regard... «Je suis moi-même souvent surpris par le résultat. Mon plaisir tient aussi du caractère unique de mes tableaux. Je veux susciter l'étonnement. Le mien et celui des autres», note le Portugais qui crée avec ses tripes. De manière quasi instinctive. Incapable de résister à cet appel créatif. «On est né pour faire quelque chose. L'art me prend complètement.»

Activités complémentaires
Si José Luis privilégie les grands formats qui permettent davantage d'ampleur à ses gestes, il ne se limite pas à la réalisation de toiles. Des colonnes en inox ou encore des sphères travaillées selon la même technique que ses tableaux enrichissent son champ d'exploration. Cette démarche a aussi un caractère expérimental revendiqué par le créateur qui, autodidacte, voit dans son intérêt pour la matière le prolongement d'un attrait d'enfant. «Petit, habitant la campagne, j'aimais déjà jouer avec la terre...» Matière et couleurs trouvent également une résonnance dans l'activité professionnelle de José Luis: peintre décorateur, l'homme travaille comme chef d'équipe et contremaître pour une entreprise valaisanne. «Ma profession et ma démarche artistique se complètent, se nourrissent mutuellement», relève José Luis qui, la journée terminée et les fins de semaines, rejoint son atelier. «Je suis un bosseur», affirme l'immigré membre du syndicat depuis 1991 non sans préciser qu'il n'a jamais dû recourir à Unia. Mais si le salarié juge la société qui l'emploie respectueuse de son personnel, il porte sur le monde du travail un regard plus critique. «Trop de pression. De compétition. Il faut aller toujours plus vite au détriment d'une certaine qualité.»

Le prochain encore meilleur
D'une nature très optimiste, fonceur - «je vais toujours de l'avant» - José Luis a toujours préféré agir plutôt que de rêver sa vie. Avec succès puisque le peintre décorateur est aujourd'hui bien installé professionnellement et que l'artiste jouit d'une bonne reconnaissance, comptant de nombreuses expositions à son actif. La prochaine présentation de ses œuvres à Riddes sera d'ailleurs l'occasion de marquer la décennie qui s'est écoulée depuis sa première percée publique.
José Luis est arrivé en Valais à l'âge de 17 ans. Il a d'abord travaillé dans une cabane à Saint-Luc, puis comme sommelier dans une pizzeria à Sion avant d'occuper son poste actuel. Marié et père de deux enfants, l'immigré apprécie son canton d'accueil et ses habitants et s'estime bien intégré. Et s'il aime le calme de ce coin de terre pour peindre, il trouve dans les grandes villes au riche passé matière à nourrir son imaginaire. «Zurich, Barcelone, Cologne... Ces lieux m'inspirent, me donnent de la force», relève l'artiste qui, consacrant beaucoup d'énergie à ses œuvres, ne doute pas que la prochaine sera toujours la meilleure, jusqu'à la mort. «Après? Ce sera la paix intérieure...»

Sonya Mermoud

 

• Les œuvres de José Luis sont exposées du 6 au 16 octobre prochain à la Vidondée à Riddes, en Valais, du mercredi au vendredi de 15h à 20h.


 

Edition n° 40 du 5 octobre 2011

 
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