Diagnostic amiante : des progrès, mais...
Quelles sont les conséquences du diagnostic amiante imposé dans le canton de Genève depuis 2009? le point sur la question

La Suva et la Fédération genevoise des métiers du bâtiment ont organisé, le 6 octobre dernier à Genève, une manifestation sur les risques liés à l'amiante. Une occasion pour faire le point sur les conséquences du diagnostic amiante rendu obligatoire dans le canton de Genève depuis 2009.

Depuis le 1er janvier 2009, le canton de Genève a décidé d'imposer un diagnostic amiante avant toute transformation ou démolition de bâtiments construits avant 1990, date à laquelle la fibre toxique a été interdite. Cette mesure entend inciter les propriétaires privés et publics à effectuer ce contrôle et, au besoin, à procéder aux assainissements nécessaires. Pourquoi cette vérification est-elle nécessaire? Quels sont les dangers liés au matériau? Ces questions ont été abordées lors de la manifestation organisée le 6 octobre dernier par la Fédération genevoise des métiers du bâtiment et la Suva. Pour cette dernière, il s'agissait en premier lieu d'informer et de sensibiliser le public cible - essentiellement des entreprises du gros œuvre et du second œuvre - aux risques toujours bien présents de poussières d'amiante nocives pour la santé susceptibles d'être libérées lors de travaux.

Un système efficace?
«Même en arrachant quelques mètres carrés de lino ou en cassant un carrelage, il est possible d'entrer en contact avec des substances contenant de l'amiante», rappelle Henri Mathis, porte-parole de la Suva. Dans ce contexte, l'idée de la rencontre était aussi de faire le point sur les effets de la réglementation genevoise. «En obligeant les propriétaires privés et publics à procéder à un diagnostic amiante, le canton de Genève fait, avec celui de Vaud - qui a posé des exigences similaires - figure de précurseur. Mais ce système fonctionne-t-il dans la pratique? Y a-t-il des contrôles?» questionne le représentant de la Suva. Qui se demande aussi, par exemple, si une personne qui déciderait de transformer son appartement aura les réflexes de s'interroger sur la présence ou non du matériau toxique. Le facteur prix pourrait aussi jouer un rôle dissuasif dans le processus. «Que fait alors l'Etat si un propriétaire rechigne à payer des travaux de désamiantage?» Et Henri Mathis de rappeler les coûts d'un diagnostic, entre quelques centaines et milliers de francs, et celui d'un désamiantage: «200 à 300 francs le m2 pour des surfaces planes, 1000 à 1500 francs pour celles plus complexes.»

Un point à optimiser
Pour les biens appartenant au canton, Daniel Dolinski, responsable du désamiantage des bâtiments de l'Etat, précise que plusieurs centaines de diagnostics ont été effectués depuis 2009, assortis de nombreuses opérations de désamiantage. Dans un premier temps, on a mesuré la qualité de l'air dans différents lieux suspects pour s'assurer qu'ils ne présentaient pas de danger. «Un seul bâtiment qu'envisageait d'acquérir l'Etat a posé problème. Un étage a alors été condamné. Mais à ce moment il n'y avait déjà plus d'occupants», relève le spécialiste. Les expertises se poursuivent dans les constructions nécessitant des travaux. L'Etat possède 1806 bâtiments dont plus de la moitié ont été érigés avant 1991 ou ont fait l'objet de transformations avant cette date butoir, avec le risque, dans la réalisation de faux plafonds par exemple, d'avoir recouru à de l'amiante. «Nous devons procéder en permanence à des assainissements mais il manque des désamianteurs. La profession est très réglementée. Ce point doit encore être optimisé.»

Un tiers de chantiers à risques
Dans le privé, les propriétaires de biens immobiliers qui envisagent des travaux, doivent attester au préalable qu'il n'y a pas d'amiante ou de PCB - une autre substance nocive. Ils y engagent leur responsabilité. Mais pour le savoir, ils doivent procéder à un diagnostic. A l'heure actuelle, les attestations y relatives ne sont pas formellement demandées au moment du dépôt d'une requête en autorisation de construire. «Le nombre de diagnostics amiante est très faible», constate Marcel Kohler, directeur du Service de toxicologie de l'environnement bâti (STEB). La nouvelle réglementation donne toutefois autorité au STEB de procéder à des contrôles de chantiers. «Avant, nous ne disposions pas de base légale pour agir. Une centaine de chantiers ont été vérifiés depuis le début de l'année», note l'expert précisant que son service tente d'arriver au début des travaux. Ce dernier cible ses interventions sur les chantiers de désamiantage et ceux à risques, d'envergure, ou avec du public à proximité. «Dans le premier cas, il est rare que nous rencontrions des problèmes. Dans le second, un tiers présente des dangers», évalue Marcel Kohler. Reste à savoir si les petits propriétaires manquent d'informations pour procéder aux diagnostics requis ou s'ils espèrent faire des économies. «Difficile d'y répondre...» Quoi qu'il en soit, il n'a pas été pris à ce jour de sanctions à l'égard des personnes ne fournissant pas d'attestation. Un arrêt des travaux en cas d'un nécessaire désamiantage ou les conséquences d'une contamination coûterait toutefois très cher...

Sonya Mermoud

 


 

Edition n° 41 du 12 octobre 2011

 
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