Quand on est syndiqué, on l'est de A à Z
Généreuse et efficace dans son engagement syndical, Natacha Guerne plaide pour un monde du travail solidaire

Elle était le mois dernier à Berne, parmi les ouvriers de la construction qui manifestaient pour l'amélioration de leur convention collective. «Je ne me serais jamais vue ne pas y aller.» C'est vrai que Natacha Guerne ne rate quasiment jamais une manifestation syndicale. «C'est par devoir de solidarité, mais aussi pour le plaisir de se retrouver ensemble autour d'une même cause.» Cette jeune employée de commerce, domiciliée dans le Jura bernois, a pris la voie du syndicalisme dès son entrée dans la vie active, se lançant ainsi sur les chemins que lui ont tracés ses parents, Marianne et Maurice, tous les deux militants syndicaux de longue date. A Unia, elle est déléguée à la commission nationale des femmes, membre du comité des femmes de la région Unia Transjurane et elle vient de faire son entrée, cet été, au comité régional.

Casser les préjugés
Natacha Guerne considère la solidarité comme la valeur clé du syndicalisme. Elle réprouve le corporatisme étriqué. Etre dans la rue pour défendre les maçons est pour elle une évidence. «Je soutiens leur cause et lorsqu'on se bat dans l'industrie, ce sont eux qui nous soutiennent. Les cloisons entre les branches et les métiers ne mènent à rien. Il n'y a qu'un monde du travail et c'est tous ensemble qu'on arrive le mieux à le défendre. Quand on est syndicaliste, on l'est de A à Z, à travers tous les métiers et toutes les revendications sociales.» Natacha déplore également «le fossé qui reste beaucoup plus profond qu'on le croit», entre cols blancs et cols bleus. «Il y a encore de gros préjugés de part et d'autre: des gens des bureaux qui prennent les ouvriers de haut et, à l'inverse, des gens des ateliers qui pensent que ceux des bureaux se la coulent douce. Ces clichés sont dépassés. Nous sommes complémentaires, nous avons besoin les uns des autres et tout travail mérite le respect. De plus, on est tous des êtres humains et je ne fais pas de différence entre un grand directeur et un manutentionnaire.»
Cette perception des choses, Natacha la doit aussi à son caractère. Elle est généreuse, ouverte au dialogue et aux rencontres. «J'aime les gens. Quand j'ai du monde autour de moi, je suis heureuse. Je suis aussi curieuse. Tout m'intéresse.» Pour preuve, parmi ses quelques hobbies comme la natation ou les balades sur les crêtes jurassiennes, elle en pratique un qui étonne ses amis: le tir. «J'adore ça. J'ai commencé à 11 ans.» Ses parents ont essayé de l'en dissuader mais ils n'y sont pas parvenus. Un côté militariste? «Surtout pas! C'est pour le plaisir, pour le sport. Je fais du petit calibre. Le tir à 300 mètres ne m'intéresse pas.»

Licenciements scandaleux
Son engagement et son franc-parler, Natacha l'a parfois payé très cher. Dans l'entreprise où elle travaille en 2006, elle ne cache pas son militantisme syndical. Au point de se voir invitée par ses collègues à recréer la commission d'entreprise interne qui avait disparu après le départ de son responsable. Active dans le soutien des grévistes de la Boillat, elle n'hésite pas à afficher près de la timbreuse un appel à la solidarité. Mais tout cela ne l'empêche pas de faire correctement son travail, avec une efficacité et une loyauté reconnue par son patron. Elle subira pourtant un double choc. D'abord, une surcharge de travail, une mise sous pression constante avec des objectifs et des tâches intenables qui la conduiront au burn-out. Ensuite, à un licenciement abrupt alors qu'elle avait été réaffectée à d'autres tâches. Motif avancé par le patron: elle aurait trop discuté avec sa collègue. «C'était faux. De plus, le patron a dû reconnaître qu'il n'avait absolument rien à me reprocher sur le plan professionnel.»
Deux ans plus tard, dans une entreprise rachetée par un groupe étranger sans état d'âme, Natacha figure sur la liste des licenciés pour cause de restructuration. Elle fait alors valoir ses droits pour le paiement des heures supplémentaires notamment. «Ils ont découvert que j'étais syndiquée et ils ont sûrement eu peur que mes revendications fassent tache d'huile. Du coup, la direction m'a jetée dehors sur-le-champ. Elle a bloqué mon ordi, m'a interdit d'y toucher. Elle a ordonné à mon chef de m'escorter jusqu'à la porte en m'interdisant même de dire au revoir à mes collègues. J'ai fondu en larmes. Je me suis sentie rabaissée, humiliée, j'étais traitée comme une criminelle. J'ai mis par la suite pas mal de temps à surmonter ce choc, à reprendre confiance en moi.» Dans ces épreuves, «le syndicat m'a appuyé à fond, y compris moralement. Cela m'a énormément aidé.»
Natacha Guerne n'est pas une va-t-en-guerre. «Je peux aussi défendre mon patron, s'il est juste et correct. Et en tous les cas, j'ai toujours un grand plaisir à faire mon travail au mieux. Malheureusement, certains employeurs ne tolèrent pas le fait qu'on se permette simplement de défendre ses droits.» 


Pierre Noverraz

 


 

Edition n° 41 du 12 octobre 2011

 
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