Nanoparticules, les consommateurs interpelés
Plus de 1000 prodits intégrant des nanos sont disponibles sur le marché et ce champ ne cesse de s'élargir

La Fédération romande des consommateurs et l'Interface sciences - société de l'Université de Lausanne organisent une exposition itinérante sur les nanotechnologies. Deux containers abritant des produits qui intègrent des nanos sont présentés au public. But de la démarche: susciter le débat sur des matériaux qui changent de propriétés dans le monde de l'infini petit et dont les effets sur la santé comme l'environnement demeurent inconnus.

Des chaussettes empêchant l'apparition d'odeurs, des casques pour moto munis d'une visière antibuée, des cadres de vélo, des raquettes, des balles de tennis ultralégers et solides, des crèmes solaires dont les filtres UV ne laissent plus de traces blanches sur la peau, des baignoires antitaches, des épices contenant des antiagglomérants, des emballages alimentaires antibactériens... Autant de produits usuels qui recourent déjà à la nanotechnologie sans pour autant que l'on connaisse ses effets. Faut-il se réjouir des possibilités supposées ou avérées de cette science ou craindre ses conséquences? La situation a été jugée suffisamment préoccupante par la Fédération des consommateurs (FRC) pour qu'elle organise, avec Interface sciences - société de l'Université de Lausanne, une exposition itinérante sur le sujet, complétée par des débats. Deux containers abritant des produits qui intègrent des nanos vont circuler en Suisse. Ils sont aujourd'hui installés sur la place Saint-François à Lausanne et y resteront jusqu'au 28 octobre. «Notre but? Inviter les consommateurs à s'interroger sur les effets des nanos. Susciter le débat sur la question. Nous aimerions aussi, par ricochet, qu'une partie des budgets alloués à la recherche dans ce domaine soit consacrée à l'évaluation des risques», précise Huma Khamis, responsable du dossier nanotechnologie à la FRC et coorganisatrice de l'exposition.

Futile ou utile?
Par sa démarche, la FRC entend également dénoncer le fait qu'il est impossible de savoir si un article comporte des nanos, aucune information dans ce sens n'apparaissant sur l'étiquetage. «Du coup, les consommateurs ne peuvent décider en connaissance de cause de leur éventuelle acquisition. Ils sont contraints de poser la question aux fabricants», déplore Huma Khamis, non sans relever que les cosmétiques concernés, ne pourront plus, dès 2013, faire l'économie de cette mention. Un progrès qui devrait, estime la FRC, être étendu à tous les produits nanos. «On ne dispose aujourd'hui d'aucun monitorage des substances. Impossible, dans ce contexte, d'exiger par exemple que des articles soient retirés du marché.» Faudrait-il dès lors interdire l'usage des nanos? «Non. La technologie est intéressante mais il est nécessaire de s'interroger si elle est utilisée de manière utile ou futile. Inutile d'opter pour des chaussettes antiodeurs quand il suffit de se laver les pieds. En revanche les vitres autonettoyantes permettent de faire l'impasse sur les détergents. Un avantage écologique indéniable. L'autorisation pour les nanos devrait être délivrée en fonction de chaque particule, toutes réagissant différemment», note encore Huma Khamis, précisant que la FRC et d'autres partenaires, dont Unia, participent aujourd'hui à la réflexion sur le processus de normalisation des nanos. Un travail de longue haleine, les spécialistes ne parvenant déjà pas à une définition commune de ceux-ci.

L'amiante de demain?
Pour faire court, la collaboratrice de la FRC explique qu'un nanomètre représente un milliardième de mètre soit, de façon imagée, la proportion d'une pomme par rapport à la terre. Dans le monde de l'infiniment petit, ces atomes changent de propriétés. «Poudre blanche à l'échelle macro, le dioxyde de titane devient, par exemple, dans le monde nano, transparent avec d'excellentes propriétés contre les UV.» Reste à savoir si les personnes utilisant des produits de cette trempe mettent leur santé en danger. Allergies? Baisse des défenses immunitaires? Effets néfastes sur l'environnement?... Les risques n'ont pas été évalués. Les personnes qui fabriquent des produits recourant à la nanotechnologie doivent en tout cas se munir de protections particulières. Mais le problème pour ces travailleurs n'est pas résolu pour autant, nombre d'entreprises ignorant si les matières premières manipulées contiennent des nanos. Ceux-ci seront-ils l'amiante de demain? «La question ne peut être écartée», conclut Huma Khamis.


Sonya Mermoud

Prochain débat: 26 octobre à 18h au Cellier «Café de Paris», place Saint-François, à Lausanne.
Davantage d'information sur l'exposition itinérante, les lieux, dates et durée, sur le site Internet www.frc.ch

 


 

Edition n° 42/43 du 19 octobre 2011

 
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