On peut obtenir des choses, il faut agir
L'un des combats de Jennifer Ackermann, militante de l'industrie à Unia, est la création de solutions de garde pour les enfants

Adolescente, elle s'imaginait devenir éducatrice de la petite enfance. Elle est devenue «acheteuse» dans l'industrie. Mais la petite enfance, la question des garderies, elle en a fait son combat, pour elle, pour son fils, et pour toutes ces personnes qui travaillent et ne trouvent pas de solution de garde. Un combat qu'elle porte aussi au sein des commissions d'entreprise de la métallurgie vaudoise. Jennifer Ackermann, 31 ans, maman de William, 8 ans, qu'elle élève seule, a finalement choisi de se former comme employée de commerce.
Son CFC en poche, et après une année à Londres, elle trouve un emploi, en 2001, chez ATI Stellram à Gland. Elle s'occupe des achats, une tâche qu'elle apprécie par son côté analytique et son autonomie, et dans laquelle elle se spécialise en décrochant son brevet fédéral de spécialiste achat. En 2003, naîtra son fils. A la joie d'être maman, succède le cauchemar: «Quand je suis revenue de mon congé maternité, je n'avais plus ma place aux achats. La direction avait placé quelqu'un à mon poste. Ils m'ont mis sur une voie de garage, à la comptabilité, sans me dire ce qu'il y avait à faire. C'est moi qui devais aller chercher le travail...» Pour Jennifer, c'est une période terrible. «J'ai vécu ça comme une punition: "tu as voulu un bébé, un congé maternité, ça ne se fait pas dans le milieu du travail".» La jeune femme résiste au mobbing. «Je ne sais pas comment j'ai fait pour tenir, avec la fatigue de nuits perturbées par les pleurs de mon bébé...»
L'entreprise ayant de nouveau besoin d'elle aux achats, elle retrouve son poste. Mais ce qu'elle a vécu la pousse à s'engager dans la commission du personnel. Une commission dynamique, où elle siègera 3 ans. «C'est là que j'ai connu le monde des commissions d'entreprise, les liens forts existant entre les gens, la solidarité, et le fait que l'on peut faire bouger les choses en se mettant ensemble.»

Lutte victorieuse
N'ayant pas de possibilité de progresser, Jennifer quitte Stellram en 2007 et fait un court passage chez Lavotel à Nyon. Puis elle réintègre le secteur conventionné des machines avec un emploi d'acheteuse dans une grande entreprise de l'Ouest lausannois, où elle siège aujourd'hui à la commission du personnel.
En 2008, Jennifer déménage à Orbe. Là, c'est la galère pour trouver une garde pour son fils. Rien n'existe pour l'accueil des écoliers. Elle s'engage alors pour l'ouverture d'une structure d'accueil. Contacts avec la commune, les municipaux, rien ne bouge. «Avec plusieurs parents, nous avons créé le Collectif pour l'accueil des écoliers d'Orbe et environs», raconte Jennifer. Après un an et demi de bataille acharnée, le projet d'Unité d'accueil pour écoliers (UAPE) est accepté, à une voix près, par le Conseil communal. Puis approuvé en votation. L'UAPE a ouvert ses portes en janvier 2011. «Il y a 24 places, et c'est complet!» relève fièrement Jennifer, non sans décocher une flèche aux opposants: «Dire qu'il y en a qui nous servaient l'argument que cela ne valait pas la peine d'ouvrir quelque chose pour 2 ou 3 enfants!»

Une heure de plus par jour?
Auparavant, Jennifer avait lancé la bataille au niveau syndical pour des places d'accueil de qualité, en quantité suffisante, avec des horaires suffisamment larges, pour toute famille en faisant la demande. En particulier en 2007, lors des Assises de la place industrielle vaudoise, afin que les entreprises et les autorités se saisissent de la question. Un combat qu'elle poursuit, n'hésitant pas à se confronter à des personnalités ou des patrons, comme elle l'a fait récemment lors d'un forum à Nyon.
A ce problème de garde vient se greffer celui de la hausse du temps de travail sans compensation, souhaitée par de nombreuses entreprises, dont la sienne. Une exigence qui aurait de lourdes conséquences. «Passer de 8 heures de travail par jour à 9 heures impliquerait que je passe une heure et demie de plus au travail, car à midi, je serais obligée de prendre une heure de pause, et non plus 30 minutes», explique Jennifer. Si elle ajoute le temps de déplacement, il ne lui sera plus possible de confier son fils uniquement à l'UAPE, pour des questions d'heures d'ouverture. «Une hausse du temps de travail, ce n'est pas seulement une baisse du salaire, c'est aussi une augmentation des dépenses car il faut trouver une solution supplémentaire de garde, et ça coûte. En plus, cela nous fait rentrer à point d'heure, avec les devoirs à faire et le souper à préparer...»

«Ne pas hésiter!»
Mais Jennifer est une battante et compte bien, avec ses collègues, résister à cette offensive. Ce qui la motive dans son engagement? «Parfois, je me le demande aussi, car j'ai peu de temps pour moi... Je crois que c'est l'idée d'apporter une petite contribution à la société, pour les gens qui subissent le système, qui ont des problèmes au travail ou pour placer leurs enfants. Je ne supporte pas l'injustice. Et je suis quelqu'un de combatif, même s'il y a tellement de choses à faire bouger pour que ça change. Mais ce que j'ai obtenu à Orbe prouve que c'est possible.» Et Jennifer d'appeler chacun à s'engager: «Il ne faut pas hésiter à tenter le coup, à soulever les problèmes, proposer des solutions. Ce n'est pas vrai que ça ne sert à rien. Il y a des possibilités, il faut agir!» 


Sylviane Herranz

 


 

Edition n° 42/43 du 19 octobre 2011

 
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