Des travailleurs payés 5 à 10 euros l'heure
15 travailleurs slovaques travaillaient sur un chantier de la Poste à Berne pour 5 à 10 euros de l'heure et logaient au sous-sol

Dans la construction, la sous-enchère salariale et sociale ne cesse de gagner du terrain. Unia vient de dénoncer deux nouveaux cas, l'un sur un chantier des Services industriels à Genève (voir encadré) et l'autre sur l'ancien site de La Poste de Berne. Dans la première situation, quatre travailleurs français touchaient 10,50 euros de l'heure; dans la seconde quinze Slovaques percevaient un tarif horaire entre 5 et 10 euros. Des salaires largement inférieurs aux minimums fixés par la Convention nationale. Le syndicat exige des comptes.

Le pot aux roses a été découvert suite à un appel anonyme. Avisés d'un grave cas de sous-enchère salariale et sociale, des représentants d'Unia se sont rendus sur le chantier mis en cause, un chantier de démolition et de désamiantage ouvert sur l'ancien site de La Poste de Berne, à la Schanzenstrasse numéro 5. Ils ont alors été confrontés à des conditions de travail «particulièrement insupportables». Employés par l'entreprise allemande Howe, quinze ouvriers slovaques étaient payés entre 5 et 10 euros de l'heure. Un tarif largement inférieur aux salaires minimums en vigueur. Ces hommes étaient contraints de surcroît de vivre sur le chantier, au deuxième sous-sol, dans l'abri antiatomique! «Il y avait des lits, des sanitaires mais pas de cuisine. Les hommes en ont bricolé une», précise Nico Lutz, porte-parole d'Unia.

Bizarre...
La société Howe, qui a fondé une succursale à Kölliken et emploie des travailleurs slovaques, a été mandatée par La Poste. Cette dernière affirme n'avoir pas été au courant de la situation. «Bizarre... Les noms des Slovaques engagés depuis la mi-juillet par Howe figuraient sur la boîte aux lettres du chantier, au vu de tous...» relève encore le collaborateur d'Unia. «On peut aussi s'étonner que La Poste ne se soit pas interrogée de savoir comment l'entreprise mandatée pouvait pratiquer des prix plus bas que ses concurrentes suisses.» Quoi qu'il en soit, le géant jaune a décidé de suspendre ses paiements à Howe jusqu'au règlement du litige. «Grâce à la pression d'Unia et la convergence de position de La Poste, des solutions ont rapidement été trouvées. Non seulement les travailleurs ont été relogés décemment, mais Howe s'est engagée par écrit à payer les différences de salaire et ce au plus tard avec le versement du salaire de novembre.»

En négociations
Il reste encore à déterminer précisément les montants dus. «Unia négocie actuellement avec l'avocat de l'entreprise allemande. Nous devons aussi clarifier la question du paiement des heures supplémentaires - certains ouvriers ont travaillé jusqu'à 80 heures par semaine -, des qualifications et des frais» note encore Nico Lutz. Aujourd'hui, le chantier a repris. Les travaux préparatoires de désamiantage qui y sont effectués précéderont la construction d'un vaste complexe qui abritera la nouvelle Poste, des bureaux, etc. pour un coût de quelque 235 millions de francs.
De son côté, Unia continuera à surveiller le site pour faire barrage à d'éventuels autres cas de sous-enchère salariale.

Sonya Mermoud


Chantier fermé à Genève

Quatre employés français travaillaient sur un chantier des Services industriels genevois (SIG) pour 10,50 euros de l'heure (12.60 francs), bien en dessous des minimums conventionnels fixés à 25 francs. Ils recevaient également 60 euros par jour (72 francs) pour se loger, se nourrir et se déplacer. C'est lors d'une visite de routine sur ce chantier public du canton de Genève que les syndicalistes d'Unia ont pris connaissance de ces conditions de travail illégales. Les travailleurs étaient chargés de remplacer une conduite sous-lacustre d'eau potable. Pour ce faire, les SIG avaient mandaté l'entreprise Rampini Construction qui avait elle-même sous-traité les travaux à l'entreprise française Bauland. Unia a donc interpellé les diverses entreprises afin qu'elles fournissent les justificatifs des conditions de travail des ouvriers présents sur ce chantier. Une réunion urgente a alors été organisée par les SIG.
Deux semaines plus tard, soit vendredi passé au moment où nous mettions sous presse, le chantier était toujours fermé et Unia attendait toujours le paiement rétroactif des salaires conventionnels. «Aux dernières nouvelles, l'entreprise Bauland a expliqué son erreur par le fait qu'elle ne connaissait pas le système suisse. Sa direction se serait engagée à verser les salaires», indique Filipa Fazendeiro-Chinarro, secrétaire syndicale d'Unia Genève. Une fois de plus, Unia déplore l'absence de responsabilité solidaire de l'adjudicataire face à ses sous-traitants qui auraient pu éviter un tel abus. Surtout que les cas de dumping social et salarial se multiplient.
A Genève, les SIG sont encore confrontés à une autre situation de sous-enchère. Le Syndicat interprofessionnel de travailleuses et travailleurs (SIT) a, en effet, dénoncé le cas de 15 Roumains payés 10 euros de l'heure. Mais, pour l'instant, la construction de la centrale photovoltaïque sur le toit de Palexpo n'a pas été suspendue, car les SIG attendent toujours les résultats de l'enquête menée par l'organe paritaire.

Aline Andrey

 

 

 


 

Edition n° 44 du 2 novembre 2011

 
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