Les syndicats veulent un taux plancher de 1,40 franc pour 1 euro
Pour assurer la protection des salaires et des emplois, l'Union syndicale suisse a exposé ses solutions

Un franc trop fort, des mesures d'accompagnement insuffisantes: selon l'Union syndicale suisse, la pression sur les salaires et le dumping salarial sont en passe d'échapper à tout contrôle. Lors d'une conférence de presse tenue à la mi-octobre à Berne, la faîtière syndicale a tiré la sonnette d'alarme et a demandé qu'une série de dispositions soient prises pour protéger les revenus et les emplois. Eclairages.

Diminution des exportations de marchandises, baisse des nuitées, pertes comptables des caisses de pension estimées à 30 milliards de francs, augmentation des entreprises s'approvisionnant à l'étranger au détriment de fournisseurs indigènes, tourisme des achats dans le commerce de détail...: lors de sa conférence de presse du 18 octobre dernier tenue à Berne, l'Union syndicale suisse (USS) a rappelé les conséquences dramatiques de la cherté du franc. «Malgré un taux plancher de 1,20 franc pour un euro, le franc reste fortement surévalué», a déclaré Daniel Lampart, économiste en chef de l'USS. Dans ce contexte, la faîtière syndicale demande à la Banque nationale de revoir le cours du change. «Un taux de 1,40 franc pour 1 euro serait temporairement supportable sans qu'il découle de pressions sur les salaires et les emplois. Mais si le franc se renforce encore plus par rapport à aujourd'hui, les salariés de Suisse en souffriront.» Une situation qui pèse déjà sur nombre de travailleurs.

Pressions sur les salaires
«Nous observons actuellement toutes les formes possibles et imaginables de pression sur les salaires», a relevé Renzo Ambrosetti, coprésident d'Unia. Simple réduction des salaires, prolongation de la durée de travail sans compensation financière, introduction de salaires en euros pour «seulement» une partie du personnel, fixation du montant des revenus en fonction de marges de fluctuation du taux de change totalement arbitraires font partie des mesures prises par des entreprises. Des dispositions qui en violent d'autres, a fait remarquer le représentant d'Unia, comme celles de l'équité salariale garantissant un salaire égal à un travail égal ou encore la clause de la loi sur le travail qui interdit de reporter le risque de l'entrepreneur sur les travailleurs. Les mesures d'accompagnement à la libre circulation prescrivent elles aussi que des salaires localement usuels doivent être payés pour des travaux en Suisse. La Convention collective de travail de l'industrie des machines stipule par ailleurs que la durée de travail ne peut être allongée que dans des conditions très spécifiques et d'un commun accord avec le personnel et/ou le syndicat.

Offensive contre le dumping
Dans ce contexte, l'USS a aussi dénoncé les failles importantes dans le dispositif de défense des mesures d'accompagnement à la libre circulation et demandé la mise en place d'un bouclier plus efficace contre le dumping. «Les mesures visant à protéger les salaires doivent être adaptées aux nouveaux défis et donc capables de déployer leurs effets quelle que soit la conjoncture», a estimé Paul Rechsteiner président de l'USS. Concrètement, les syndicats exigent que la moitié des nouvelles embauches et des entreprises qui détachent de la main-d'œuvre soit contrôlée. La Confédération devra affecter un crédit spécial à cet effet. L'USS veut aussi des sanctions plus sévères à l'encontre des entreprises pratiquant le dumping salarial, «pour qu'il n'en vaille pas la peine». Et la prescription, par le gouvernement et les cantons, lors de sous-enchère, de salaires minimums, «qui protègent les salaires suisses». La multiplication des cas d'abus découverts dans les chaînes de sous-traitance l'incite à réclamer l'introduction du principe de responsabilité solidaire. Les syndicats attendent aussi du Conseil fédéral qu'il prolonge de 12 à 18 mois la durée maximale du chômage partiel pour éviter les licenciements - une attente depuis satisfaite. Et de prendre des mesures contre les baisses de rentes du 2e pilier. Enfin, l'USS estime que les petites et moyennes entreprises doivent elles aussi pouvoir s'assurer conte les fluctuations du cours du change. «Les banques cantonales et l'assurance contre les risques à l'exportation doivent offrir des possibilités à cet égard.»

Sonya Mermoud


 

Edition n° 44 du 2 novembre 2011

 
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